CHAPITRE XXV
La Hedal. — La ferme de Slette. — L'ancienne ferme de Biolstad. — Signes des siècles passés, — Anciens droits des fermiers. — Ivor Tofte. — Vie à Biolstad. — Travaux du samedi. — Le dimanche à Biolstad. — Départ de Biolstad.
Nous allons nous rendre maintenant dans un district où nous trouverons quelques-unes des plus anciennes maisons de ferme.
Par un bel après-midi, je traversai sur un pont de bois la bruyante Logen, et, peu après, j'entrai dans l'Hedal, l'une des vallées transversales de la Gudbrandsdal. Les feuilles des trembles avaient déjà cbangé de couleur et le rouge vif faisait un joli contraste avec le sombre feuillage des conifères. Après une course de quelques milles, je mis pied à terre devant Slette et j'arrivai dans une cour formée par huit maisons d'une architecture particulière. A gauche de l'enclos était située la maison d'habitation, où l'on pénétrait par une porte avec une tourelle pointue ; une piazza fermée protégeait l'étage supérieur ; l'herbe avait poussé sur le toit en terre; la maison était construite en baliveaux bruts, foncés et durcis par l'âge. Au. rez-de-chaussée il y avait une grande chambre d'environ 28 pieds carrés, avec un plafond de 10 pieds de haut soutenu par huit fortes traverses sous lesquelles une poutre servait d'armature et donnait de la solidité à la construction. Dans un coin, on avait placé le foyer ordinaire, largement ouvert ; le mobilier
consistait en une table longue, un buffet antique, quelques bancs en bois et un lit. Le plancher était très propre, quatre fenêtres basses éclairaient la chambre où l'on voyait des pots remplis de fleurs; on avait peint les murs en jaune clair et le plafond en blanc. Une veuve, propriétaire de la ferme, filait ayant à côté d'elle son unique enfant, blonde petite fille de neuf ans. Deux servanles confectionnaient des vêlements. Je m'excusai d'être entré sans invitation ; mais l'endroit, dis-je, me paraissait si étrange, que je n'avais pu résister à la tentation de m'arrèler et de regarder la maison. Elle me pria d'y passer la nuit, ce que je refusai, devant me rendre à une ferme située plus loin. Elle me répondit que je ne pouvais la quitter sans prendre une tasse de café, qui fut précédée d'un petit verre de liqueur en signe de bienvenue. Au delà de Slette, les fermes sont nombreuses. Beaucoup occupent les sommets des collines; ce qui, de loin, les fait ressembler à une suite de terrasses. Chacune avait l'air d'un petit village à cause de la quantité des bâtiments. Prés de l'église, on voyait la vieille ferme d'Héringstad avec son stabbur particulier et ses piazzas supérieures.
Un-peu plus loin se montrait Biolstad, ferme très ancienne, possédée depuis un temps immémorial parla famille Tofte. Il était tard quand je l'atteignis : la faible lumière de la lune faisait paraître les bâtiments encore plus fantastiques. En regardant ces murs silencieux avec leurs piazzas, je pensai aux scènes qui durent s'y passer dans les temps anciens. A gauche était la stue ou maison d'habitation, construite eu baliveaux bruts à l'intérieur comme à l'extérieur, élevée sur d'épaisses fondations en pierres. Cette maison avait 40 pieds de long sur ,'10 de large, et tout le long de trois côtés courait une piazza en partie close par des planches; on y entrait, comme à Slette, par un beau vieux porche aux sculptures élaborées, d'où un escalier fort raide conduisait a la piazza d'en haut. Ici, on arrivait à une chambre occupant presque toute la largeur de la maison; elle contenait un lit, mais le mobilier n'était pas antique ; le hall était tendu de vêtements d'hiver en fourrure, de robes, de couvertures et d'aulnes articles de toilette.
Dans la cour, deux maisons formaient un des côtés du carré; elles paraissaient plus bizarres et plus antiques «pie la précédente, surtout le beffroi, les piazzas, les porches et l'escalier en forme d'échelle; les baliveaux semblaient délier les ravages du temps. Leurs fondations en
Jiulstad.
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