UNE ANCIENNE FERME
pierres étaient hautes, et, dans la première habitation, le sous-sol servait à conserver le lait, le fromage et le beurre. Un escalier menait à une sorte de porche et de là aux chambres du premier étage; par un autre escalier j'arrivai à la galerie supérieure fermée par des planches, ayant une ouverture au-dessus pour permettre au jour et à l'air d'y péné- Irer. Certaines chambres avaient des lits; mais, dans d'autres, on ne voyait aucun meuble ; dans l'une, huit ouvriers dormaient. Évidemment celle maison avait d'abord été seule; mais Ja coutume s'était introduite dès longtemps en Gudbrandsda) d'ajouter de nouvelles demeures aux anciennes et de les joindre ensemble d'une façon ou d'une autre. On atteignait la piazza de la deuxième maison par un escalier 1res raide. Dans l'une des chambres, les vitres étaient toutes petites et enchâssées dans du plomb. Deux autres vieilles maisons formaient le côté opposé du carré; le rez-de-chaussée de l'une servait d'élable et contenait dix-huit slalles; celle du centre conduisait à un passage d'où l'on faisait arriver le foin dans les crèches. La suivante était un bâtiment bizarre contenant deux chambres au premier étage ; dans l'une on emmagasinait dans des sacs de cuir la farine nécessaire à la consommation de la famille; chaque sac portait uu numéro; dans le même appartement se trouvaient aussi d'énormes piles de galettes. Un escalier conduisait à l'étage supérieur, <|ui contenait une grande chambre où l'on conservait la viande dont il était resté une forte provision de l'année précédente; la saison de l'ahalage pour l'hiver prochain n'était pas encore arrivée. Dans les magasins, on voyait un nombre immense de saucisses, d'énormes tranches de porcs, des puddings, des bandes de lard, plusieurs épaules de moulons et de chèvres séchées et un lot de fromage. Le carré se complétait par la maison des hôtes, de date plus moderne; un grand hall, éclairé par une fenêtre à son extrémité, formait le centre et, de charpie côté, on avait disposé deux chambres à coucher confortables; un escalier rapide conduisait au-dessus, où régnaient les mêmes dispositions qu'en bas. Tout était d'une propreté scrupuleuse; on ne voyait pas une tache sur le plancher, elle mur en rondins polis à l'intérieur paraissait tellement neuf, qu'on se serait imaginé qu'il venait d'être construit, et pourtant la maison avait été terminée en 1818. Ce bâtiment reposait sur une solide fondation en pierres et ses caves étaient spacieuses.
Prés delà cour, une vieille maison servait de grenier; le grain y
IN HÎVER EN LAPON i J-i
était emmagasiné dans de grands compartiments en bois. On avait établi sur la déclivité d'une colline un spacieux bâtiment pour les vaches qui s'y trouvaient au nombre de quatre-vingt-huit; un autre, à côté, en logeait vingt-huit. Il serait fastidieux de cataloguer les nombreuses maisons de celte ferme où, indépendamment de celles formant la cour, vingt autres étaient disséminées et servaient pour l'emmagasinage du foin, des traîneaux, des voilures, des chariots, de la forge, etc.
Partout, dans celle ferme, je voyais des signes des siècles passés. Voici un endroit où autrefois se trouvaient un cimetière et une église; celle dernière, une des plus anciennement érigées en Norvège, a disparu, et il n'en esl resté d'autre Irace qu'une des vieilles portes. Çà et là, on rencontre des restes des temps antiques; entre autres, deux croix comme celles du Gotland, placées autrefois sur des lombes; leurs caractères runiques, en partie effacés, attestent leur ancienneté. J'ai vu sous la maison un morceau de croix de bois avec ces lettres et celle dale : « T. T. S. 1735 », signifiant « Tord fils de Tliord » ; celle croix avait été placée sur la tombe d'un membre de la famille Tofte.
Outre que Biolstad était la plus grande ferme en Hedalen, c'élail aussi une sorte de station postale. Elle comportait une vaste étendue comprenant dans ses limites des espaces considérables de terrains montagneux, lesquels, bien que n'ayant pas beaucoup de valeur, renfermaient cependant d'immenses forêts de bouleaux et de bons pâturages; plusieurs saelers lui appartenaient. La terre propre à la culture du grain, comme dans presque loules ces fermes des montagnes, n'est pas abondante. Tofte ensemençait soixante-quinze acres en grain et ses fermiers autant. Le beurre et le fromage étaient les principaux produits de la ferme ; aussi, pendant l'hiver, il faut d'énormes quantités de loin pour les troupeaux; en temps de moisson on y emploie quarante à cinquante journaliers supplémentaires; en hiver, neuf filles, vingt hommes el quatre jeunes garçons composaient le ménage. Ou se sert peu de machines ; cela esl impossible dans beaucoup de districts à cause de la nature rude et pierreuse du sol. Les riches fermiers sont, par conséquent, obligés d'aider leurs voisins pauvres el d'employer pour un certain temps leurs filles et leurs fils; autrement leur réputation en souffrirait et ils tiennent à leur bonne renommée.
Mon hôte, qui ne connaissait pas exactement les dimension» de son