‹ Un hiver en LaponieChapitre 136 sur 228 · LE CHEVAL D'ERIK · texte numérisé non relu

LE CHEVAL D'ERIK

montre vraiment sauvage. Le Besho, masse de rochers, est entre le lac Bes et le lac Rus ; le dernier est séparé de Gjendin par une étroite bande de roc que l'on pourrait appeler une selle, d'où l'on peut voir, d'un coup d'œil, le Gjendin d'un côté et le Bes de l'autre. De ces hauteurs, on descend au saeter Bes, puis on suit le Sjodal, — une des beautés de la Norvège, — et l'on atteint l'Hedal, que nous avons déjà visitée.

A peu de milles de Gjendin, on arrive au lac Bygdin. La saison était avancée quand je m'y trouvai ; les deux premières semaines de Septembre étaient passées, les saelers abandonnés et les étroites huttes de pierres construites pour les hommes qui errent avec le bétail, vides. Le silence de l'endroit n'était troublé que par les cris de quelques mouettes; celles-ci mêmes ne larderaient pas à partir, car l'hiver approchait, et, quoique le ciel fût clair et l'herbe verte, une tempête de neige pouvait venir un de ces jours. Cette région est très fréquentée comme terrain de chasse par les gens de Valders ; mais en ce moment on ne voyait aucun chasseur.

' Plus loin encore est lelacTyen; celle région paraît affreusement solitaire quand les saeters sont déserts. Arrivés à une petite maison construite par la société des Touristes, dont je suis membre, nous nous préparâmes, mon guide et moi, à y passer la nuit. Nous entravâmes noire cheval, et, après un repas des plus simples, nous nous couchâmes sur le foin en nous couvrant de nos surlouts, car l'air était froid. A trois heures, nous fûmes réveillés par un grand vent (pie nous entendions siffler aigrement autour de notre habitation. Les vitres étaient couvertes de neige et nous nous trouvions au milieu d'une tempête. Erik se leva pour aller voir son cheval, mais il n'était plus là. II essaya en vain de le chercher; la neige qui tombait épaisse l'empêchait de rien faire et, quand il rentra, il me dit d'un Ion désespéré : « Le cheval est allé à la maison. — A la maison! m'écriai-je; connaît-il donc le chemin? •—Oui, reprit-il, il est parti. » — Le pauvre garçon était tout abattu, car, avec ses entraves, son cheval ne pouvait aller vite, et, au milieu de l'obscurité, il courait risque de se perdre dans les montagnes. L'animal constituait une partie de sa fortune et sans doute il pensait qu'il aurait bien de la peine à amasser assez d'argent pour eu acheter un autre. Gomme j'étais la caii.se de ee déboire en étant venu la contrairement à

son avis, je résolus de lui acheter un autre cheval si le sien était perdu et je lui dis de m'écrire à Christiania, au cas où il ne le retrouverait pas. Les flocons de neige tombaient de plus en plus serrés et je commençais à me demander combien de temps la tempête durerait encore. Erik me rassura en me disant qu'il était trop lot pour compter sur une forte chute. Il avait raison : vers midi, le temps s'éclaircit. Je tirai plusieurs coups de fusil pour appeler des pécheurs et j'augmentai les charges pour que les détonations fussent plus retentissantes; mais aucun bateau ne se montra. Enfin, il en arriva un, et il fut convenu que les deux pécheurs me conduiraient jusqu'à la roule qui passe du Laerdalsoren sur le Filelield.

Erik dut partir à la recherche de son cheval et ramener à la ferme sa famille et son bétail; moi, j'allai dans la direction opposée. Quand nous nous séparâmes, je lui serrai la main et lui recommandai encore une fois de ne pas manquer de m'écrire dans le cas où il aurait perdu son cheval. Je savais le brave garçon trop honnête pour mentir, et j'étais sur que, s'il retrouvait l'animal, il ne me dirait pas le contraire.

La dislance de l'extrémité méridionale du lac à la grande roule est d'environ 3 milles. Ce fut avec joie qu'au bout d'un certain temps j'aperçus les poteaux du télégraphe le long de la roule; plusieurs sentiers conduisant aux pâturages s'embranchaient dans des directions diverses et les bouleaux devenaient abondants. Nous passâmes par les saeters d'Hagesaet, consistant en plusieurs huttes de pierre et en maisons dominant la vallée. Là aussi, on avait déserté les habitations, les portes en étaient fermées et un morne silence régnait partout; la vie active du sae ter était passée et l'on n'entendait plus le rire joyeux des filles de laiterie. Une courte marche me porta jusqu'à la grande route, auprès de la base du Filelield. Nous étions au 10 septembre et mes courses sur les montagnes finissaient pour celle année; je me trouvai de nouveau sur les bords du grand Bord de Sogne, ayant traversé encore une fois le pays, de la Baltique à la mer du Nord.

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