‹ Un hiver en LaponieChapitre 137 sur 228 · CHAPITRE XXVTTI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVTTI

Gfands domaines suédois. — Beaux châteaux. — Butin de la guerre de Trente ans. — Salle des chevaliers. — Le lac Mélar. — Drottningholm et ses tableaux. — Le parc de Drottningholm.

— L'ile de Biorko. — Le palais de Gripsholm. — Magnifique galerie de portraits. — Figures historiques. — Tristes histoires sur Gripsholm. — Erik IV. — La ville de Strengnas. — Demeure d'Axel Oxenstiern. — L'église Jader. — Eskilstuna. — Le lac llielmar. — Orebro.

— Lngelhrekl. — Vesteras. —Canal de Stromsholm. — Sigtuna. — Le château, de Skoklostef.

— Trésors précieux. — Restes de la guerre de Trente ans. — La province de Sodermanlaml. — Vingaker. — Châteaux de Stora Sundby et de Safstaholm.

Les ('(rangers qui parcourent la Suède ne peuvent, à moins d'en faire un objet spécial, avoir même une faible idée du grand nombre de beaux domaines, de castels, de châteaux, de maisons de plaisance qui se sont transmis dans les familles de la vieille noblesse, dont beaucoup portent des noms illustres dans l'histoire de la Scandinavie. Ces domaines se trouvent au milieu de terrains fertiles jusqu'au nord de la province d'Upland ; ils deviennent plus nombreux à partir du lac Mélar vers le sud, et, dans la partie méridionale de la péninsule, ils constellent le pays.

Beaucoup datent du xive siècle et sont d'une beauté pittoresque, entourés de bois superbes, de prairies, de champs, de lacs et de cours d'eau. Intérieurement, les salles sont remplies de trésors artistiques; les tableaux, chefs-d'œuvre d'anciens maîtres des écoles italienne, hollandaise, flamande, française et autres, abondent. Les portraits histo-

îïques offrent les peintures vivantes des siècles passés, avec les rois, reines, princes, diplomates, guerriers, hommes de grande renommée; vieilles dames, belles et jeunes femmes, dont les visages semblent sourire à ceux qui les regardent et dont les couleurs sont aussi fraîches que si elles dataient d'hier.

Ces portraits ont été presque tous offerts par les modèles euxmêmes à certains membres des familles dont elles ornent maintenant les demeures. Outre les tableaux de valeur, les salles contiennent souvent des quantités de pierres précieuses, de coffrets, de vieux meubles, horloges, armes, boucliers et des curiosités de toute sorte, — dépouilles de la guerre de Trente ans, rapportées ou envoyées par les généraux de l'armée suédoise.

Certains de ces châteaux contiennent une Riddarsal (salle des chevaliers) souvent de grande magnificence. C'est là que, dans les anciens temps, on conservait les armures des chevaliers, et, dans les niches ou compartiments, brillent et reluisent les cottes de mailles, brassards, etc. ; il s'y trouve aussi de grandes et belles bibliothèques; assez fréquemment ils sont flanqués détours, de pignons et entourés de fossés; de majestueuses avenues de tilleuls, d'ormes, de marronniers ou autres arbres conduisant à des jardins d'agrément et des serres, viennent contribuer à la beauté de la scène.

J'ai remarqué qu'un fort parti se prononce dans le pays en faveur de l'abolition du Fideikommiss (transmission des domaines); ce qui permettrait aux enfants de se partager également les biens de leurs parents. Je ne doute pas — à moins d'un retour improbable d'opinion ace sujet — que la loi de transmission ne soit abolie, et, en effet, aucun domaine ne peut déjà plus être aliéné.

S'il a la chance d'être invité comme hôte, l'étranger sera surpris de la simplicité de vie et de manières des familles; la châtelaine dirige paisiblement sa maison et un sentiment affectueux existe entre le seigneur et son fermier. L'urbanité du supérieur envers son inférieur fait plaisir à voir et pourrait être imitée avec avantage dans beaucoup d'autres contrées.

Il n'est pas un seul des pays que j'ai parcourus où les habitants ne se croient, pour une raison ou l'autre, plus religieux ou plus moraux que le reste de l'humanité; on peut dire la même chose de différentes

L'ILE DE BIORKO

sectes religieuses. J'ai remarqué aussi que partout la noblesse se croit supérieure à celle des autres nations. Les nobles ne le déclarent pas ouvertement ; mais leurs manières et leurs actions, lorsqu'ils parlent de l'étranger, indiquent évidemment une telle idée.

Quiconque a étudié l'histoire de la Scandinavie voit des preuves indubitables de l'antiquité reculée de maintes familles suédoises, et nulle part on ne trouve des annales plus brillantes en hauts faits et en talents militaires.

Nous allons maintenant visiter la région du Mélar. Je ne connais point de lac en Scandinavie sur les bords duquel soient agglomérés tant de monuments historiques, tant de souvenirs du passé, depuis l'âge de la pierre jusqu'à la période de la dynastie des Wasa, sous lesquels la Suède s'éleva au rang de grande puissance et exerça une influence prépondérante dans les conseils de l'Europe. En naviguant au milieu d'îles charmantes, le voyageur touche à une place autrefois célèbre comme site païen, ou à une ville dont l'église ou la cathédrale rappelle les jours glorieux de l'Église catholique romaine au moyen âge, alors que les moines possédaient les meilleures terres dans presque tous les pays.

A une distance d'environ 7 milles de Stockholm se présente l'île de Lofo, l'une des plus belles du lac Mélar, sur les bords de laquelle on a construit Drotlningholm, superbe résidence royale. La première pierre du château actuel a été posée par la reine Hedvige-Ëléonore de Holstein, veuve de Charles X, ce valeureux guerrier qui osa faire passer son armée sur le Sund glacé et la conduisit de victoire en victoire jusqu'au cœur de la Pologne. Les architectes de cette noble résidence furent les deux frères Tessin. Le palais est un édifice imposant qui se mire dans l'eau du lac. Des avenues de tilleuls divergent en différentes directions vers des points délicieux. Les terrains sont disposés dans les vieux styles français, hollandais ou anglais. D'une terrasse, un escalier conduit à un jardin qui rappelle ceux de France avec ses vases et ses groupes en bronze et en marbre, avec ses fontaines jaillissantes, ses étangs artificiels et ses pièces d'eau où voguent des cygnes. On y voit un théâtre de verdure, structure unique et charmante élevée par Gustave III, avec scènes et coulisses taillées dans les arbres, sur lequel ce souverain aimail à jouer des pièces fran-

çaises. Il y a aussi un labyrinthe caché par des arbres et des buissons, un chalet suisse; la colline de Flore avec la statue de la déesse; le Kina slott, ou castel chinois, — sorte de joujou construit en 1752 par le roi Adolphe-Frédéric et offert par lui à sa femme, la reine Louise Ulrique, pour l'anniversaire de sa naissance. Cet édifice est rempli de curiosités chinoises. A côté de ce que l'on appelait le village de Canton, composé de nombreuses villas, se trouvait un hameau où l'on avait établi une manufacture d'objets en acier et en fer dirigée par le roi lui-même, qui se vantait d'être le plus habile serrurier et le meilleur tourneur de son royaume.

En gravissant de larges degrés conduisant au palais, on entre dans un hall qu'à sa décoration on reconnaît, à première vue, comme l'œuvre de Tessin. Un monumental escalier mène aux chambres supérieures, où l'on peut passer plusieurs heures à regarderies tableaux, les tapisseries, les collections de céramique, et les portraits du roi Adolphe- Frédéric (1751-1771) et de sa jolie femme aux yeux bleus, la reine Louise-Ulrique, sœur du grand Frédéric de Prusse. Ses lettres h sa « très chère maman » la reine de Prusse, lettres qui sont nombreuses et écrites en français, contiennent les preuves de l'amour que professai! [tour les arts celte femme remarquable, et du grand intérêt qu'elle portail à Drottningholm.

La « salle des Contemporains » contient les portraits de souverains modernes, entre autres ceux de la reine Victoria, de Napoléon III, de l'impératrice Eugénie, etc.

On s'arrête devant le beau portrait de Peler Olsson, homme remarquable de son temps, quand la Suède avait un parlement composé des quatre étals du royaume : les nobles, le clergé, les marchands et les paysans.

Plus loin, à l'ouest de Drollningholm, est située l'île de Biorkû, port fameux dans les derniers siècles de l'ère païenne. A l'extrémité septentrionale, on voit encore de nombreux restes de l'ancienne Birka. Ici, la terre est, pour ainsi dire, pétrie de charbon et de cendres dans lesquelles on trouve quelquefois des articles de ménage, des ornements, des armures et un nombre immense d'os d'animaux; ainsi, jusqu'à un certain point, on pourrait faire correspondre ces monceaux avec les Rjokkenmoddinger des anciennes périodes.

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Gripsliolm.

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