ERIK ET JOHAN WASA
princes allemands, complètement oubliés aujourd'hui, sont nombreux; notons aussi les portraits d'une belle femme, Catherine Opaluska, épouse de Stanislas Leczinski; celui de Guillaume d'Orange, de la reine Anne et les portraits ridicules de six dames d'honneur de la reine Ulrique, représentées avec des corps de poules.
A la mort de Gustave Wasa, Gripsholm échut à son fils Charles, qui monta sur le trône sous le titre de Charles IX. Le vieux château a
Église d'Aspo, dans l'Ile de Testera.
de bien tristes histoires à raconter. De la salle des Chevaliers, en descendant un étroit escalier, on entre dans une cellule voûtée où les victimes du massacre de Linkoping furent autrefois incarcérées. Dans une des tours, une chambre à trois fenêtres donnant sur le lac servit de prison à Joban, l'un des fils de Gustave Wasa II, arrêté pour rébellion par sou frère Erik ; il y demeura trois ans. La reine Elisabeth écrivit en 1565 à Erik, lui demandant la cause de l'emprisonnement de son frère et lui disant qu'elle serait heureuse de le savoir réintégré dans la faveur du roi.
Les quatre fils de Guslave Wasa avaient des tempéraments violents. Erik était sujet à de terribles accès de colère. Un mécontentement s'élant élevé dans le pays par suite de l'emprisonnement du duc Johan, le roi Erik, à l'esprit soupçonneux, craignit la haine de la noblesse et surtout la jalousie de la famille Sture. On répandit le bruit qu'une conspiration, à la tête de laquelle s'étaient mis ces nobles, allait bien loi éclater. Svante-Sture et ses fils, avec Erik Stenbock, Sien Erikson-Lehonhufvud et d'autres, lurent jetés en prison dans le château d'Upsal. Peu après. Goran Persson, le conseiller perfide et malintentionné du roi, lui insinua que Johan s'était échappé
Sceau de Torsh-AUa. Saint Olaf dans un bateau.
dé sa prison et qu'à la tôle de ses partisans il s'avançait contre Upsal, alors la résidence royale, avec l'intention de se venger. Erik, perdant tout empire sur lui-même, ordonna l'exécution des prisonniers. De sa propre main, il poignarda Nils-Sture et n'épargna môme pas son ancien professeur, Dionysius Beurreus, qui lui était sincèrement attaché et qui s'efforçait de le calmer. Après avoir commis ce crime, il s'enfuit, déguisé en paysan, évitant tous les gens qu'il rencontrait. Ayant recouvré en partie sa raison, il s'efforça d'apaiser les parents des nobles assassinés en leur faisant de riches présents; ceuxci déclarèrent alors qu'ils ne se vengeraient pas sur le roi et qu'ils ne rejetaient le blâme que sur son conseiller, Goran Persson. Erik se laissa persuader H remit son prisonnier en liberté. Johan recouvra
ENGELBRECHT
son duché de Finlande et se réconcilia avec son frère. Mais Erik ne tarda pas à donner de nouveaux motifs de mécontentement, et Goran Persson regagna la confiance du roi, qui redemanda les présents faits par lui aux familles des nobles mis à mort. Il épousa Katarina Mansdotter, de basse extraction, et la couronna publiquement comme reine; de là, grande irritation chez la noblesse. Les mécontents se pressèrent autour de Johan, auquel se joignit aussi le duc Charles; Erik, abandonné de tous, fut pris en 1568. Déclaré coupable de crimes atroces, il demeura neuf ans en prison, jusqu'en 1577, où il fut empoisonné à Orbyhus, par ordre de Johan. Il avait passé à Gripsholm plusieurs années de sa captivité.
En quittant Gripsholm et en suivant les bords dentelés du Melar, on arrive à l'ancienne ville historique de Strengnas, qui a peu d'importance aujourd'hui. La cathédrale est un bel édifice datant de 1291. Charles IX y est enterré, ainsi que beaucoup d'autres personnages célèbres, entre autres Slen-Slure l'aîné. En face de la ville, on voit l'île de Tostero, avec la vieille église d'Aspo.
Un peu plus loin que Strengnas est situé le vieux château bien connu de Fiholin, appartenant autrefois à Axel Oxenstiern, le grand conseiller de Gustave-Adolphe. A une courte distance se présente l'église de Jader, qui renferme de nombreux souvenirs de la guerre de Trente ans et la tombe du chancelier.
Au delà et non loin de la rivière Eskilsluua, on entre dans la petite ville de Torshalla et dans celle d'Eskilsluna. Celte dernière est la plus importante et la plus populeuse des villes qui sont sur le bord méridional du Mélar. Elle a des manufactures considérables d'armes, de coutellerie, etc. Près de l'extrémité occidentale du lac sont les petites villes de Koping et d'Arboga, situées sur les rivières qui portent leurs noms.
De la rivière Arboga, un canal se rend au lac Hielmar. Un trajet d'une couple de milles depuis l'extrémité occidentale de ce lac, conduit à la vieille cité d'Orebro, située dans une plaine qui est divisée par la rivière Svarta, formant ici plusieurs îlots. Orebro, 1 1 ,000 habitants, a joué un rôle important dans l'histoire de la Suède. Le plus remarquable de ses anciens édifices est le château, construit dans une île de la rivière. C'est un carré avec quatre tours don! une
a conservé encore ses meurtrières. L'hôtel de ville est un beau bâtiment neuf, de style gothique et remarquable par une petite tour. L'église a été édifiée au xiv° siècle et contient les cendres d'Engelbrekt-Engelbrektsson, homme célèbre, né en Dalécarlie et dont la statue orne la place de l'Église.
Sous le règne d'Erik XIII (1397-1439), ses baillis commirent les actes les plus illégaux et les plus cruels; parmi eux, Josse Eriksson se distingua particulièrement par des cruautés révoltantes; il résidait au château de Vesteras et son district comprenait une partie du Veslmanland et du Dalarne. Par des taxes énormes et injustes, il dépouillait les paysans de leurs propriétés, et, quand il avait saisi leurs chevaux et leurs bœufs, il attelait à la charrue les paysans et leurs femmes, môme enceintes. Il faisait enlever les jeunes filles qu'il forçait de céder à ses infâmes passions. Beaucoup d'hommes riches furent emprisonnés sur de fausses accusations, puis condamnés, pour lui permettre de confisquer leurs biens. Quand les paysans venaient se plaindre, il ordonnait qu'on leur coupât les oreilles ou qu'on les fouettât, et môme qu'on les suspendit au-dessus de la fumée jusqu'à ce qu'ils fussent étouffés.
A celle époque vivait, près de Falun, Engelbrekt-Engelbrektsson ; il était noble, mais pas de très haute naissance. Quoique de petite taille, il possédait un courage indomptable; de plus, il était éloquent et versé dans les sciences et les arts de son temps, ayant fréquenté dans sa jeunesse les cours de quelques grands personnages. L'oppression sous laquelle gémissaient les Dalécarliens éveillèrent sa pitié ; il promit d'aller trouver le roi, «l'essayer de leur faire rendre justice et d'obtenir le renvoi de Josse. Il partit en conséquence pour Copenhague. Erik XIII refusa d'abord de le croire; mais Engelbrekt offrit de soutenir ses paroles par les armes, ce qui obligea le roi de le renvoyer à son conseil, lequel se rendit en Dalécarlie pour examiner la plainte, qui fut reconnue juste. Quand Engelbrekt reparu devant le roi, celui-ci lui dit avee colère : « Tu le plains toujours; va-t'en et ne le montre jamais devant moi. » Engelbrekt obéit; mais, en se retirant, il dit: « Je reviendrai encore une fois . » De retour chez lui, il communiqua la réponse royale aux paysans, qui résolurent de mourir plutôt que d endurer davantage une telle tyrannie. Us se levèrent comme un seul homme et, sous le commandement d'Engelbrekt, marchèrent sur Ves-
MORT D^ENGELBRECHT
leras, où ils rencontrèrent le Conseil, qui leur promit de porter remède à leurs griefs. Mais on ne fit rien pour tenir celte promesse et Josse recommença à envoyer ses hommes d'armes forcer les paysans de payer leurs taxes. lisse soulevèrent pour la seconde fois, et, au lieu de descendre à Vesteras, d'où on les avait renvoyés avec de belles promesses, ils marchèrent sur le château de Borganas, près de la rivière Dala, au sud-ouest de Falun, et le brûlèrent le jour de la Saint-Jean de
Église d'Arboga.
l'année 1434. La rébellion prit bientôt des proportions gigantesques, et, au bout de peu de temps, les Danois lurent chassés de tout le royaume; un armistice fut conclu el Engelbrekl choisi comme régent du royaume; à la conclusion de la paix, on le nomma aussi commandant du château d'Orebro. Le roi Erik n'ayant pas tenu parole, une nouvelle révolte éclata, toujours sous la conduite d'Engelbrekt, devenu alors très puissant et par conséquent un objet d'envie pour la noblesse du royaume. Un de ces nobles, Bengt, Stensson, eut avec
notre héros une querelle qui fut accommodée à Orebro, en avril 1436. Mais, le 3 mai suivant, Engelbrekt, se dirigeant vers Stockholm, campa dans un îlot du lac Hielmar, tout près de Goksholm. Le fils de Bengt y vint aussi et assassina Engelbrekt, qui ne soupçonnait pas les mauvaises intentions de son ancien adversaire après leur réconci-
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Église il'Orebro.
lialioii. Dès que la nouvelle de ce traîtreux homicide se répandit, les paysans accoururent pour le venger; mais le meurtrier avait fui. Ils se rendirent alors dans l'îlot pour y recueillir le corps de leur chef bien-aimé, qu'ils portèrent en larmes à l'église de Mellosa, où ils enterrèrent celui qui avait été leur seul prolecteur cl leur appui dans leur oppression.
A 20 milles d'Orebro est située la jolie petite ville de Non, centre