‹ Un hiver en LaponieChapitre 144 sur 228 · ANCIENNES COUTUMES · texte numérisé non relu

ANCIENNES COUTUMES

chaque province formait un État indépendant, ayant ses lois propres et ses taxes séparées; le roi, après son avènement au trône, devait aller dans chacune d'elles séparément et recevoir le serment de fidélité de leurs différentes populations. De même que le royaume était une union d'États indépendants ou provinces, de même chaque province était une union de plus petits districts; le district, à son tour, était une union de plusieurs familles qui se réunissaient pour se protéger mutuellement. Non seulement les membres de la famille avaient u'ne commune origine, mais encore ils se prêtaient une assistance et une protection mutuelles. Si un membre était assassiné, toute la parenté devait venger sa mort et avait le droit de recevoir une indemnité que l'on distribuait également entre tous.

La terre était divisée de la même manière; mais, en cas de vente, les parents du vendeur avaient les premiers la faculté d'enchérir. Ces francs tenanciers furent les conservateurs de la société; à la fin de l'époque païenne, ils n'avaient au-dessus d'eux que lesjarls (comtes) et le roi. On s'est imaginé généralement qu'anciennement les habitants de la Suède jouissaient d'une complète égalité politique; c'est une erreur : chez eux, comme chez les autres nations, les droits politiques complets n'appartenaient qu'aux libres possesseurs du sol n'ayant pris de service militaire chez personne.

En quittant le Boren, la montée se fait par cinq écluses successives. La distance entre le lac et le Wettern est d'à peu près 2 milles, et offre les perspectives les plus charmantes. Au sud de la voie liquide court le déversoir du Wettern, la rivière Motala, qui forme de temps en temps de petites chutes donnant le mouvement à des moulins et à des forges. Motala se trouve à l'embouchure du canal Gôla dans le lac Wettern; c'est un village de 1,800 âmes, non compris les employés des forges qui sont établies un peu plus haut sur son cours. Ces forges font les plus grandes machines de la Suède et sont très importantes pour le pays; elles emploient environ 1,700 personnes pour lesquelles on a institué des écoles, des maisons, des hôpitaux, etc. Les sources d'eau minérale de Medevi sourdent à 12 milles au nord de Motala, dans un paysage excessivement agreste. Ces eaux étaient déjà connues dans les premières périodes du christianisme; mais elles n'ont attiré l'attention générale que vers 1674, où elles furent ouvertes au public Medevi

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ressemble à une petite ville; elle a une église, un bureau de poste, unhôpitil etnn grand nombre d'habitations pour les malades, des parcs, des promenades, etc.

Comme grandeur, le Wettern est le second des lacs de la Scandi-

Intérieur de l'église de Vadslcna.

navie. Bon nombre de petits cours d'eau l'alimentent. Il paraît si clair et si azuré, que, quand il est calme, il ressemble à un miroir de verre bleu. Mais les mariniers le redoutent, car il est extraordinairement capricieux; souvent il s'agite sans qu'on s'y attende et sans cause appareille ; il est connu pour ses remous, ses tourbillons et ses

LE WETTERN

mirages. Quatre provinces le ceignent : Nerik, Ostergôtland, Smaland, et Vertergôtland. Il n'y a que peu d'îles, dont la plus grande est

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Eglise de Yadstena.

Visingsô. Cinq villes animent ses rives : Vadstena, Grenna, Jônkôping, Askersund et Hio.

Réfectoire dans le eluitre de Vadstena.

La célèbre Yadstena, qui renferme 2,500 habitants, occupe son rivage oriental, à. quelques milles au sud; elle exporte du grain,

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du fer et des spiritueux. La localité, fameuse dans les anciens temps du catholicisme, avait un couvent au xf siècle. En 1383, sainte Birgitta (sainte Brigitte) y fonda un beau monastère, qu'elle fit consacrer en grande cérémonie. Cet établissement, alors le plus riche delà Suède, reçut des dons en argent et en terres de tous les coins du pays. Être enterré dans son enceinte assurait l'entrée au ciel; aussi reçut-il de splendides offrandes.

Le couvent de Vadstena fut en communication constante ayec l'Italie. On donna à ses moines la maison de Rome où avait demeuré Birgitta, et ils s'en servirent souvent pendant leurs visites à la ville éternelle. Mais les rapports ne se limitèrent pas aux voyages des moines.

En 1405, arriva de Florence une requête demandant que l'on envoyât quelqu'un en cette ville pour y fonder un couvent brigiltin, que plus tard on appela Paradis. Les étrangers firent de fréquents pèlerinages à son sanctuaire, et ces pieux dévols, qui laissèrent toujours des marques libérales de leurs visites, accrurent énormément les richesses des pères. A cette époque, le clergé suédois et les moines se composaient principalement de gens du peuple ; les hautes couches de la société y donnaient rarement de leurs membres. Pour les nonnes, ce fut différent: la plupart étaient des filles de la plus haute noblesse. Les nonnes du couvent de Vadstena ne se recrutaient pas uniquement de Suédoises, il y en eut beaucoup du Danemark, de la Norvège et des pays environnants. Les familles nobles prouvaient leur estime pour ce saint lieu en achetant le droit d'être enterrées dans le territoire de son église. Les religieuses n'avaient pas pour but unique d'enrichir leur couvent et d'entasser de l'or et de l'argent, néanmoins elles ne refusaient jamais les présents.

La reine Philippe donna à l'église deux couronnes d'or garnies de pierreries valant 1,170 marks, un collier d'or, une ceinture en or et un entablement d'or évalué 1 ,080 marcks. En 141 2, le sanctuaire reçut des deux frères Sten et Ture Bjelke un reliquaire pour conserver les ossements de sainte Birgitta; il était d'argent pur, et valait 40,000 livres de notre monnaie.

Il faut que les nobles de cette période aient été énormément riches, car on rapporte que, lors d'une fête, Karl Knutsson avait sur

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SAINTE BIRGITTA

sa table 1,400 assiettes en vaisselle plate, sans compter d'autres pièces d'orfèvrerie innombrables en or et en argent.

Les moines et les nonnes vivaient grassement en ces jours de liesse pour les cloîtres. On raconte que les 25 moines et les 160 religieuses consommaient annuellement 480 boisseaux de seigle, 96 boisseaux de froment, 1,152 de malt, 192 d'orge, 26 barils de beurre, 120 bœufs, 300 moutons, 3,600 livres de porc, 2,000 livres -de fromage, une grande quantité de poisson et autres choses en proportion.

Parmi les restes les plus intéressants du monastère, nous citerons l'église de Sainte-Birgitta, construite en pierres bleues taillées, commencée en 1395 et terminée en 1424. Elle possédait autrefois un sanctuaire carré à l'ouest et des entrées à l'est. Aujourd'hui, malgré les changements qu'elle a subis, la majeure partie du pavé de l'église est composée de dalles sur lesquelles sont sculptées ou gravées les armes des nobles qui y ont été enterrés. Ici sont les restes de la reine Philippe d'Angleterre et de la belle Catherine; la première, femme d'Erik XIII, qui régna de 1396 à 1439, et la seconde, épouse de Charles VIII (1448-1457). L'inscription latine sur la pierre tombale de la reine Philippe est la suivante : « Ici repose Son Altesse la reine Philippe, épouse d'Erik, autrefois roi de Suède, Gôtaland, Danemark et Norvège et duc de Poméranie, fille d'Henry IV, roi d'Angleterre, France el Irlande, qui mourut le 5 janvier 1430. »

Anciennement les cendres de sainte Brigitte et de sa fille, sainte Catherine, se trouvaient dans un énorme reliquaire d'argent; mais le roi Jean III le fit fondre pour le convertir en monnaie; aujourd'hui, on les conserve dans une cassette recouverte de velours rouge. De grands hommes à leur époque, Gustave Olofsson, Stenbock, Jôsse Eriksson el d'autres, sont enterrés ici. Le prince Magnus, le fils insensé de Gustave Wasa, dort sous un beau sarcophage soutenu par quatorze colonnes corinthiennes.

Parmi les personnages notables qui ont leurs tombeaux dans l'église de Vadstena, nous mentionnerons Bo Jonsson Grip, qui mourut en 1386, laissant la plus grande fortune qu'un homme ait jamais eue en Suède. A sa mort, il possédait le château de Nykôpings avec le sud-est du Sôdermanland ; le château de Stockholm et le sud-est de l'Upland ; une partie du Veslmanland et les districts miniers de Dalarne; le châ-

teau de Kalmar et la plus grande partie de la lân actuelle de Kalmar; les châteaux d'Aby, Viborg, Raseborg, Tavastehus et Korsholm, avec

Crucifix sculpté en bois,[dans l'église de Vadstena.

Armoiries de Bo Jonsson.

toute la Finlande; les châteaux d'Oresten et d'Opensten, aussi les districts de Mark jet de Kind du Vestergôtland ; le château de

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Dalle couvrant la tombe de liu Jonsson et de son [ils

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BO JONSSON 379

Forsholm et une partie du bord méridional du Wennern. 11 possédait encore tout le Norrland, Ringstadholm et autres châteaux, avec une bonne partie de l'Ostergôtland; le château de Stâkeholm, avec le district de Tjust, en Smaland; les districts d'Ydre et Kind en Ostergôtland ; le château de Rumlaborg avec le Smaland septentrional et Jônkôping. Que l'on ajoute à tout cela de grands domaines dans tout le royaume, en partie hérités, en partie acquis , et l'on pourra s'imaginer l'immensité de sa fortune. Il fit un don volontaire de 57,000 onces d'argent, ce qui de son temps était une somme fabuleuse. Il était propriétaire aussi de Gripsholm, qui reçut de lui son nom. Jamais un particulier en Europe ne disposa d'autant de terres. La renommée de Bo Jonsson franchit les frontières de Suède. Il osa un jour déclarer la guerre à la puissante ville hanséatique de Dantzig, et les bourgeois de Lûbeck conseillèrent aux magistrats de cette ville de faire leur paix avec lui.

En 1383, cet homme extraordinaire fit son testament, par lequel il confia l'administration de tous ses fiefs et d'une partie de ses biens à dix personnes, qui durent les gérer jusqu'à ce que les dettes qu'il avait contractées pour le bien du royaume fussent payées. Ses héritiers légitimes ne durent rien avoir à faire avec ces fiefs. Il tenait tellement à l'exécution de cette clause, qu'il choisit des suppléants pour remplacer ceux des curateurs qui viendraient à mourir.

Bien qu'il eût hérité de grandes richesses, il mit en œuvre pendant sa vie toutes sortes de moyens pour les augmenter. Quand sa première femme, Margaretha Porse, mourut en couches, il fit ouvrir son corps en présence de témoins, pour attester que son enfant vivait encore, et, selon la loi suédoise, il hérita des propriétés de sa femme par son enfant, qui, cependant, n'était pas né. Le clergé considéra cet acte comme un grand péché, et l'évoque Nils de Linkôping l'en réprimanda vigoureusement. Pour l'apaiser, Bo Jonsson donna au couvent de Vadstena douze fermes et 250 marks en argent.

Bo Jonsson avait fait élever et instruire un pauvre jeune homme de naissance noble, Karl Niklasson ; il l'avait aussi créé chevalier en raison de ses prouesses et de ses nobles qualités. Il lui donna le domaine de Farla, ainsi que d'autres en Ostergoland et ailleurs. Ce jeune homme était fiancé à une belle jeune fille du nom de Margaretha, dont le père,

gentilhomme nommé Lambert Eriksson, habitait son domaine de Rimstad, sur les bord du lac Roxen.

Château de Vadstena. — Côté de la tetre.

Or, il arriva qu'un jour Bo Jonsson la vit, en devint amoureux, et la demanda en mariage à ses parents. Ceux-ci n'osèrent pas la refuser au

Château de.Vadstena. — Cûté du lac.

puissant chancelier qui fit partir l'amoureux sous prétexte d'affaires quelconques, et épousa la fille en l'absence de sou fiancé. Quand le jeune chevalier revint et vit que son bienfaiteur lui avait dérobé son plus précieux trésor, sa colère ne connut point de frein; il se rendit à

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