‹ Un hiver en LaponieChapitre 145 sur 228 · MEURTRE DE KARL · texte numérisé non relu

MEURTRE DE KARL

la résidence de Bo Jonsson à Stockholm, et, rencontrant d'abord son ex-fiancée, il l'accusa de l'avoir trahi. Mais elle s'en défendit et lui prouva si bien qu'elle n'avait pu faire autrement, qu'il lui jura de ne point tirer l'épée contre Bo Jonsson. Pour sceller sa promesse, il s'agenouilla devant elle, et, comme elle lui tendit la main, il la couvrit d'ardents baisers. Au même instant entra Bo Jonsson, qui, voyant le jeune chevalier dans cette posture, l'accusa de chercher à séduire sa femme et tira son épée en le sommant de se défendre. Fidèle à son serment, Karl refusa de se battre contre son ancien protecteur et se retira poursuivi par l'enragé chancelier. Pensant qu'il serait en sûreté

Église de KalsUult.

dans l'église, Karl se sauva dans le cloître des frères gris, — à présent l'église de Riddarholms ; — Bo Jonsson l'y suivit, et dans sa fureur, oublia le respect dû à la sainteté du lieu. Il atteignit le jeune homme auprès du maître autel, et le tua. Ce meurtre, doublé de sacrilège, causa une profonde indignation; pour obtenir le pardon de l'Église, Bo Jonsson dut donner 1,200 marks à la cathédrale d'Upsal, 600à Linkoping, 500 à Srengnâs, 500 à Vesteras, et 600 à Abo; il donna aussi 5 marks à l'église de chaque paroisse où il avait des domaines, et, de plus, 5 marks au prêtre de la paroisse. De son temps, il avait coutume de réunir le peuple sur la Boslatten (plaine de Bo), où il haranguait la multitude du haut de ce qu'on appelait la pierre de Bo, qui

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UN IIIVEll EN LAPONIE

existe encore. A cette époque, où les nobles puissants exerçaient presque exclusivement le pouvoir, les masses, qui sentaient le plus vivement les conséquences de chaque mesure , avaient besoin de savoir ce qu'elles devaient espérer ou craindre dans l'avenir. Sauf de telles occasions, le commun du peuple avait peu ou point de chances d'apprendre ce qui se passait sur les hauteurs de l'édifice social.

Le nom de Bo Jonsson était prestigieux parmi les nobles, et plus encore dans le peuple. La conviction que, non seulement les plus hautes autorités, mais encore le roi lui-même, étaient forcés de lui obéir, lui avait gagné les masses. Le peuple opprimé du moyen âge se ralliait toujours autour de ceux qui osaient librement manifester leur opinion. Bo Jonsson conserva la coutume suédoise de convoquer a population pour discuter des mesures importantes, pour lui parler, lui communiquer sa manière de voir et entendre la sienne. Bien qu'il sût comment diriger les jugements et les résolutions des hommes du peuple pour arriver à ses fins, il leur faisait croire qu'ils y participaient et ils lui donnaient raison. Très probablement, avant et après Bo Jonsson, aucun Suédois n'a disposé d'un pouvoir aussi grand, et quoique cinq cents ans déjà se soient écoulés depuis sa mort, son nom vil encore parmi le peuple.

Sâby, sur la rivière Stângân, était un de ses châteaux favoris. L'île sur laquelle il était construit s'appelle encore Bosholmen. Autrefois, depuis le côté nord de cette place, une roule conduisait à une prairie peu distante de la rivière ; on y voit encore une pierre de haute taille, assez semblable à une chaire, entourée de trois vieux chênes énormes et que l'on appelle la pierre de Bo. C'est de là que Bo Jonsson s'adressait au peuple qtiand il le convoquait. Il est bon de faire remarquer que, bien que la prairie soit maintenant cultivée et qu'un fossé doive passer sur la route de Bo Jonsson, on n'a pu amener les gens du domaine à ouvrir ce fossé, tant est grand encore le respect pour la mémoire du chancelier. Entre autres propriétés, il possédait le château et le domaine de Gnpsholm, bâtis cl nommés par lui ; il y résidait avec une splendeur royale, y tenant des diètes et des assemblées de nobles. EnOstergôtland, il avait les châteaux de Brokind, Sâby et Vesterby, sans parler d'autres de plus ou moins d'importance. On lit l'inscription suivante sur la dalle de l'église qui recouvre ses ossements :

VADSTENA

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