‹ Un hiver en LaponieChapitre 147 sur 228 · L'ABBESSE DE SAINTE-GLAIRE · texte numérisé non relu

L'ABBESSE DE SAINTE-GLAIRE

l'un est bien plus beau que l'autre. Des steamers remontent la rivière By et le canal Seffle pour s'avancer jusque dans l'intérieur du Vermland occidental. Il existe encore une autre route plus charmante par le canal Dalsland et une série de lacs qui conduisent à la frontière norvégienne. Par moments, la scène est extrêmement belle et le canal, en maints endroits, révèle la grande habileté des ingénieurs, surtout près de Hafverud. Enserrée d'un côté par des rochers perpendiculaires, se précipite une cataracte au delà de laquelle il faut porter les navires. On a toujours considéré comme impossible de construire le canal et ses écluses sur le côté gauche parce que le fond n'est pas sûr ; il était tout aussi difficile de le faire à droite à cause des rochers au-dessus de la cataracte qui sont d'une nature telle, que, si on avait voulu les creuser, la dépense aurait été énorme. Les ingénieurs ont vaincu ces obstacles en plaçant la partie basse du canal et les écluses du côté droit, mais en portant d'abord la partie supérieure au-dessus de la cataracte, dans an colossal aqueduc suspendu, en fer, de 122 pieds de long, sur 15 1/2 de large, puis dans un angle obtus, en suivant la rive gauche du courant, contre laquelle on a construit un mur, tandis que, de l'autre côté, on a fait sauter le rocher. Quand les navires sont dans l'aqueduc, on croirait qu'ils se balancent en l'air.

Parmi les lieux les plus aimables du lac, nous citerons les collines de Kinnekulle, qui s'élèvent à plusieurs centaines de pieds et du haut desquelles on a une vue magnilique sur la baie Keime et tout le pays environnant. A la base se trouve Hellekis, vaste domaine avec un beau manoir. Dans la partie méridionale de la baie est la ville de Lidkôping, où la rivière Lidan se jette dans le lac ; elle a une population qui dépasse 4,000 âmes.

A quelques milles au sud de l'entrée du canal se trouve le château de Bôrstorp, construit par le baron Falkenberg; des lettres en fer font connaître le nom de l'architecte et la date de la construction, 1646. Dans une chambre, est suspendu un remarquable petit tableau représentant Elna, la fille duroiMagnus Ladulas. Sur le bord de ce tableau, qui est un portrait original, on a écrit : «Elna des Kôniges Magni Ladlos Tochter zu Schweden, ihr Herr Vater hat sie in heilige Clara gegeben. Anno 1288 da Sie, nicht ihr siebente Jahre erreichtet ist ge (illi-

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sible). Anno 1299. » — Un écu royal avec trois couronnes repose aux pieds de la princesse, qui porle pour ornement deux chaînes ciue lui donna son père et qu'elle eut toujours sur elle, quoique étant nonne du couvent de Sainte-Claire. Ces chaînes ont depuis lors été toujours portées par les abbesses de ce couvent, et, quand il fut aboli par Gustave Ier, elles devinrent la propriété de la dernière abbesse, Anna Reinholdsdotter Lenhusen, à la famille de laquelle échut le domaine. L'une des chaînes se compose de quatre-vingt-dix-huit anneaux d'or pur et pèse 400 penny weiffkt1; l'autre est un rosaire consistant en cent une petites boules en argent, sept en or filigrane, quarante-cinq plus petites en or, avec des figures d'apôtres, pesant environ 3 onces. La parure est complétée par deux pendants d'oreille en or très finement ouvragés, dans chacun desquels il y a des ciseaux, un couteau et une fourchette, en acier. Le tout est depuis trois cents ans dans la famille Lenhusen, et on le conserve avec soin dans une grande caisse ; ces bijoux et une très riche bibliothèque ont été transmis au fils aîné. Si, aux trois siècles pendant lesquels ils appartinrent aux abbesses de Sainte-Claire, on ajoute ceux de la possession de la famille Lenhusen. on arrive à un total de six cents ans, durant lesquels ils descendirent régulièrement de main en main.

Il n'est point de pays en Europe où l'un trouverait autant qu'en Suède de vieilles églises en pierre des xi% xif et xme siècles; elles abondent depuis le centre du royaume jusqu'à son extrémité méridionale. Leurs flèches et leurs tours, leurs arceaux arrondis et pointus, offrent les plus gracieuses proportions; beaucoup sont des spécimens parfaits de l'architecture de ces périodes et leurs portes sont d'un dessin exquis. Quelques-unes sont particulières et furent sans doute des parties de temples païens auxquelles on a fait des additions. Souvent elles apparaissent quand on s'y attend le moins, car elles sont comme ensevelies dans les bocages. On y trouve maints souvenirs de ces jours passés, sous la forme de peintures grossières illustrant des sujets de l'écriture, ou des sculptures en bois sur les mêmes sujets; des fonts baptismaux en pierre avec des figures bizarrement sculptées, entourées d'inscriptions latines ou runiques; des broderies d'un modèle

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