LA DANSE DES ELFES
districts de la Suède. Ce phénomène est causé par le contact subit de l'air froid avec la surface chaude de la terre, et la sécheresse de l'atmosphère occasionne la transparence. Une douce brise se fit sentir et la vapeur prit mille formes fantastiques, qui, par moments, représentaient des figures humaines et la « danse des elfes » commença. Dans les anciens temps, le peuple disait que cette danse avait toujours lieu aux endroits où de bonnes âmes avaient été enterrées et où leurs esprits demeuraient.
Les elfes étaient des êtres aimables, amis et assistants des dieux. Us se divisaient en deux classes : les légers ou véritables elfes qui demeuraient au-dessus de la terre, dans Alfkeim (demeure des elfes), et qui étaient plus beaux que le soleil; et les elfes ténébreux ou nains, plus noirs que la poix, qui vivaient sous terre, sous les pierres ou dans des cavernes. On tenait les premiers en si grande estime, qu'on leur faisait des offrandes comme aux dieux. Les nains ne pouvant supporter la lumière, se tenaient pendant le jour cachés dans leurs grottespersonne ne faisait comme eux des armes et des ornements, car ils étaient les meilleurs forgerons du monde et ils travaillaient sans cesse pour les divinités. Ces esprits, dont le nom dérive des belles rivières claires, sont les forces de la nature qui opèrent pour le bien de l'humanité, soit au-dessus de la terre, soit dessous, — dans la vie des plantes qu'ils font pousser sur les plaines fertiles ou dans les précieux trésors des mines. Cependant, il est naturel que les beaux elfes aux ailes légères se tiennent plus près de l'empire des dieux que les nains laids, difformes et grossiers ; les contes populaires ont aussi conservé la distinction entre eux.
Les elfes sont bien connus sous les noms (Y Elle folk ou Elfvefolk (le peuple des elfes), petits êtres qui habitent les monticules. L'elfe féminin est extrêmement beau; il est blanc comme un lys: sa voix a un timbre argentin et nul ne peut résistera ses charmes. Parfois avec un rayon de soleil, il se glisse dans une maison, mais il peut disparaître aussitôt ; il ne faut pas s'y fier ; — souvent il embrase d'amour l'âme d'un jeune homme, et, s'il tente de l'embrasser, il ne saisit qu'une chose informe ou un arbre. On doit bien se garder de dormir sur un monticule d'elfes; mais heureux celui qui est assez privilégié pour les entendre et les voir jouer de la harpe et chanter pendant une nuit d'été,
danser au clair de la lune, et, comme des cygnes, folâtrer en se baignant dans l'eau.
Les nains des Sagas étaient petits et mal faits ; ils aimaient à tromperies hommes et à leur dérober leurs objets les plus chers. Cependant ils faisaient preuve de gratitude, et quand leurs femmes, en mal d'enfant, demandaient l'aide de leurs sœurs terrestres, ils donnaient souvent de grands trésors à ces dernières; car, dans leurs cavernes, ils possédaient d'immenses richesses. La veille de Noël, les pierres qui ferment l'ouverture de leurs demeures se levaient, et, comme par magie, on voyait leurs somptueux foyers soutenus par quatre colonnes brillantes; il fallait éviter d'y entrer, car il aurait été très diffficile d'en sortir. C'étaient surtout les jeunes filles qu'ils désiraient, et l'on appelait « captures de montagne» celles qu'ils avaient séduites.
Peu à peu le crépuscule devint plus faible ; mais, au loin, vers le Nord, le pâle éclat du soleil brilla comme la lumière d'un jour qui s'éteint dans le ciel. La nuit était si belle que je continuai mon voyage. Les trembles disséminés çà et là dans les bocages semblaient se livrer à la joie; leurs feuilles frissonnaient et dansaient comme de joyeuses fdles quand la brise venant des collines les touchait et les baisait dans son trajet vers le lac adjacent. C'était le bal des arbres; la voûte azurée du ciel leur servait de salle de banquet; des milliers d'étoiles les éclairaient; le murmure du vent dans les branches était leur musique; les fleurs sauvages des prairies leurs spectatrices, et le calme de la nuit
présidait à leurs ébats.
Les faibles contours d'un vieux manoir se dressaient au loin comme un castel fantastique, et les chênes plus rapprochés apparaissaient comme les témoins silencieux du passé et du présent. Le bal des arbres tirait à sa fin ; les lumières disparurent graduellement et le frémissement des feuilles devint de plus en plus faible ; le vent s'éteignit avec la nuit expirante. L'obscurité se fondit lentement dans l'aube matinale et les oiseaux commencèrent à chanter pour annoncer l'approche du jour; alors les nuages prirent une teinte vermeille qui se refléta dans le lac; les fleurs relevèrent leur tête rafraîchie. L'astre immense se leva plein de majesté et de gloire sur les montagnes, et, au soleil levant, les gouttes de rosée étincelèrent comme des pierres précieuses. Un à un les cultivateurs apparurent dans les sillons ; les chants des garçons
CHANSONS POPULAIRES mi
et des filles, le bourdonnement des insectes, le bavardage des oiseaux, le mugissement des vaches et le hennissement des chevaux se mêlèrent dans un indéfinissable concert. Un autre matin était venu et la nature reprenait une nouvelle vie, telle qu'on ne la voit qu'au Nord.
En approchant d'une charmante petite maison égayée par un jardin plein de fleurs, je m'arrêtai en entendant une voix douce, fraîche el claire; j'assistai silencieux et invisible au travail matinal d'une belle jeune fille. J'écoutai avec ravissement ses chansons que je vais reproduire :
Quand j'avais quatorze ans, J'étais une fillette insouciante et joyeuse ; Je ne connaissais pas le malheur, Et n'en avais jamais entendu parler.
Tra la la la !
Lorsque j'eus mes dix-sept ans, •
Le soleil brillait, le coucou chantait, et c'était le printemps ; Tout me semblait beau, la terre verte, le ciel bleu. Mais pourtant il me manquait quelque chose. Tra la la la!
Maintenant, ce n'est plus comme c'était : Quelquefois je suis triste, quelquefois je suis gaie, Quelquefois je suis blanche, quelquefois je suis rouge. Et je ne désire ni vivre ni mourir.
Tra la la la !
Ce chant fut suivi d'une autre vieille chanson populaire, pleine de sentiment :