‹ Un hiver en LaponieChapitre 18 sur 228 · LE FERMIER HANS · texte numérisé non relu

LE FERMIER HANS

en partie sous de petits mouchoirs en calicot retenus sous le menton par un nœud gracieux.

Parmi ces beautés, quelques-unes appartenaient à des fermiers aisés, mais la plupart étaient enfants de pauvres gens; deux d'entre elles servaient dans la ferme, car ce n'est point une honte de gagner honnêtement sa vie, et la richesse n'a rien à faire avec l'amitié. Toutes connaissaient Hans, qui leur persuada que j'étais un des meilleurs garçons du monde. J'en avais déjà vu une ou deux précédemment, mais presque toutes m'étaient étrangères; néanmoins nous eûmes bientôt fait connaissance. Nous sommes restés bons amis et quelques-unes, encore aujourd'hui, correspondent avec moi.

Pendant que nous bavardions, notre bonne hôtesse vint mettre la table, qu'elle couvrit d'une nappe blanche dont on ne se sert que dans es occasions de gala. Puis on servit le dîner, et, comme c'est souvent le cas, ni l'hôte ni l'hôtesse ne mangèrent avec nous, voulant ainsi nous témoigner un honneur tout particulier. On plaça une haute pile de galettes au centre de la table, et, à côté, du pain noir et frais, un grand fromage, et un immense pain de beurre pesant de trente à quarante livres, &de sorte que les convives purent en prendre autant qu'ils le voulurent. Le beurre est l'obligé de toutes les fêtes . Hans s'assit à côté de moi ; Jacob et sa femme demeurèrent debout, l'étiquette exigeant qu'ils veillassent sur leurs invités pour les exciter à manger. Si l'on veut rendre heureux un fermier de la Scandinavie, c'est de manger tant et plus.

Nous eûmes de la soupe, du poisson salé, du mouton rôti, des saucisses et un immense plat de pommes de terre bouillies. De temps en temps un grand bol de bois rempli d'ale faisait le tour de la table. Le dessert consistait en deux énormes écuelles de riz au lait sucré et mélangé de raisins, formant une sorte de bouillie épaisse Ces plats étaient placés de façon que chacun pouvait se servir soi-même Nous avions tous des cuillers d'argent, au lieu de celles de bois dont on se sert ordinairement. Comme le dîner se prolongea, nous nous échauffâmes et nous bavardâmes à qui mieux mieux ; avant la fin du repas, ces demoiselles étaient aussi intimes avec moi que si elles m eussent connu depuis longtemps. Tout en mangeant, je m'aperçus que 1 une d elles était amoureuse de Hans, et je pus constater, parles regards malins que se lançaient les jeunes filles, qu'elles s'en amusaient beau-

coup ; on savait parfaitement qu'elle aimait éperduement mon ami, qui s'était assis loin d'elle et faisait le galant avec toutes excepté avec elle. Sa jalousie devint si forte qu'elle ne put manger, et deux ou trois fois elle eut les yeux remplis de larmes. Hans ne voulait pas se marier. Quatre ans ont passé depuis, et je viens d'apprendre qu'elle et lui sont encore célibataires.

Après le dîner, nous remerciâmes l'hôte et l'hôtesse en leur serrant les mains. Quand le café eut été servi on se mit à danser, et comme nous n'avions point de musiciens nous dansâmes en chantant. Ensuite on joua au colin-maillard. Dans la soirée, trois hommes qui avaient un peu trop célébré la fête par des libations et qui avaient entendu parler de la réunion, vinrent pour y prendre part, mais on ne leur permit pas d'entrer. Enfin les traîneaux arrivèrent et la société se dispersa. « Paul, dirent-ils, ne parlez pas demain pour Christiania; demeurez encore avec nous; passez ici le vingtième jour de Noël. Vous avez bien le temps d'aller en Laponie et de vivre avec les Lapons ; il y fait bien sombre maintenant. » Et nous nous souhaitâmes une bonne nuit. Lorsque Rônnog et Marit, deux sœurs, montèrent dans leur traîneau , elles me dirent : « Venez à Skiena ; papa et maman vous recevront avec plaisir ; nous avons des parents en Amérique. Venez demain. »

Hans avait invité pour le lendemain tous les convives qui s'étaient trouvés à Selsiord à venir prendre le café chez lui. J'observai Frédrika la servante de Hans, forte et puissante gaillarde, mais de manières douces et aimables. Elle faisait les honneurs de la maison comme si elle en eût été la maîtresse. Hans n'ayant point de femme, son devoir lui commandait de veiller sur les convives. La cafetière était Constamment remplie au moyen d'une grosse bouillotte tenue sur un feu doux. A peine avais-je bu une tasse de café qu'aussitôt Frédrika m'en versait une autre; elle avait l'œil à tout. Le temps passa rapidement, et le soir tomba sans que nous nous en fussions aperçus. Bientôt un traîneau s'arrêta devant la porte, et Anders Pedersen, le frère de Frédrika, dut conduire Rônnog, Marit et moi-même à Skiena, demeure de ces demoiselles. La soirée était belle, les étoiles étincelaient comme des diamants et les montagnes se dressaient majestueuses dans le silence de la nuit. En passant devant les fermes, nous apercevions la lumière d'une lampe filtrer à travers les volets des fenêtres, et, de loin en loin, nous enten-

FREDRIKA

dions la voix d'un fermier lisant ses journaux, ou celle d'un père récitant un chapitre de la Bible à sa famille.

Skiena est une très vieille ferme. J'y fus bien accueilli par Engebret, le père, et Marit, la mère, ainsi que parle reste de la famille. La réception fut si cordiale, que je me crus chez moi. Deux ou trois filles allaient et venaient avec des clefs en main ; on apporta toute une pile de galettes, des pommes de terre, des tranches de lard frit, un grand bol d'ale et une cruche de lait; puis on nous invita, Anders et moi, à entrer dans une petite chambre à côté de la cuisine, où on avait allumé du feu et dressé une table proprement servie. Un lit était placé dans un coin, et on avait accroché aux murs les photographies de la famille et des amis. Je demandai à Rônnog si elle consentirait à me donner son portrait ; elle me répondit que oui, si je lui donnais le mien. En revenant à la cuisine, un beau tableau de la vie domestique des bônder frappa mes yeux : quatre filles tricotaient, la mère fdait, le père lisait la Bible, etFredrik était assis auprès du feu. Dans un coin se trouvait le lit du vieux couple, dont les draps étincelaient de blancheur. Tous nous accueillirent par un bon sourire, et, selon la coutume, nous serrâmes les mains du père, de la mère, et de toute la famille, en les remerciant de la manière dont ils nous avaient reçus.

Anders se prépara à retourner chez lui; rien ne put le décider à rester jusqu'au lendemain matin. « Allez-vous me laisser seul ici? » lui demandai-je. — Oui! répondit-il, il faut que demain, de bonne heure, je sois au travail ; Noël est passé maintenant et j'ai beaucoup à faire. » Quand il monta dans son traîneau, je lui glissai quelques pièces d'argent ; mais, quoique pauvre, il me les rendit. « Non, vraiment, ditil comme si j'avais blessé sa fierté, non, vraiment... Paul, nous sommes amis. » Je ne pus le déterminer à les accepter. Il faut connaître les bônder de Norvège comme je les connais pour apprécier la dignité de leur caractère. Sous leur extérieur rude en apparence, bat le cœur le plus noble que l'on puisse trouver.

Lorsqu'il me dit adieu, il me serra la main avec une telle force, que j'eus toutes les peines du monde à retenir un cri de douleur. A mon retour à la cuisine, les filles allumèrent une lanterne et disparurent. Peu après, elles rentrèrent; elles avaient été dans la maison voisine me préparer une chambre à laquelle me conduisirent Rônnog et Marit.

Cette petite chambre, donnant sur la grand'route, était chaude et confortable; on me laissa seul dans la vieille maison en bois où des gêné rations entières de la famille Skiena avaient vécu, et je m'endormis dans un excellent lit de plume aux draps blancs comme la nei-e

Le lendemain, de bonne heure, Rônnog m'apporta une tasse de café avec du gâteau ; elle alluma le poêle et dit : « J'espère cpie vous avez bien dormi. Vous savez, ceci est un simple lit de bonde. Pendant que vous vous habillerez, nous préparerons votre déjeuner. Vous viendrez dans la maison voisine. » Et, après avoir dit ces mots, elle se retira Je quittai à regret ces bonnes gens. Nous sommes toujours demeurés grands amis et je vais donner la traduction exacte des dernières lettres que j'ai reçues de Hans et de Rônnog, afin que l'on connaisse le style d une fille de bonde et celui d'un honnête cultivateur.

LETTRE DE RONNOCx

Cher Paul,

Il y a hui jours, j ai reçu ta lettre qui m'a rendue heureuse, car j'y ai vu crue u es bxen portant, ce à quoi nous nous attendions à peine; car/depu s bi , 3 temps nous n'avons rien appris de toi. Je puis te donner de nou les Lo» bonnes nouvelles : nous allons bien, jeunes et vieux, et c'est certainement la menteur c en ce monde. Frederick et moi, nous sommes allés dernièrement à l'entenlen Tron Loffsgaard ; c'étaxt une belle affaire et j'y suis restée trois jours ; cet homm es mort subornent ; U est tombé matade un jour : le lendemain, 1 «ait Je t di que, , et ermer je fus fille de saeter et je m'y suis bien plu mais, u u * ^ est venu a la dérobée et tu peux croire si j'ai eu peur pour mes ou ailles. I, at ! cmq moutons, mais aucun des miens. Si tu étais venu au saeter, tu aurais eu u coup de crème et de lait ; mais j'espère que tu viendras l'été pro hain et tu sera 1 nouveau le bienvenu à Skiena. Cet hiver a été très froid et comme on n'en a p eu

::: z^^r maintenant ie temps est bon- je *»«■**■* *5ï

mon fte.e Ole, nous avons reçu récemment une lettre de lui, et il est bien Hans

prirrr, M~* sont to;jours comme qua-d * ** * ^.à c :S

Preder ka Bredevanger va bientôt épouser Amun Selsiord. La mère de Prederika

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souvenir que tu m as envoyé; je ne m'attendais pas à recevoir un présent de toi Mamtenant je n'ai plus rien d'intéressant à te dire, c'est pourpoi"* £

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