DÉPART POUR L'EXTRÊME NORD
étaient bien ; il faisait cependant un temps de dégel et le thermomètre se tenait à plusieurs degrés au-dessus de zéro. Pas un atome d'air n entrait dans le compartiment où se tenaient six personnes toutes emmitouflées dans des fourrures. Comme le vieux gentleman craignait que sa famille n'eût froid, je ne pouvais décemment demander qu'on ouvrît un peu les glaces, et, si je l'avais fait sans permission, j'aurais été en butte à trop de récriminations. Tous semblaient me considérer avec stupéfaction de ce que je n'avais sur moi que mon paletot d'hiver, sans bottes fourrées et que je souffrais de la chaleur. Au bout de peu de temps, je crus que j'allais suffoquer; mes tempes battaient : j'avais besoin d air. Je me demandai comment ces gens pouvaient endurer une telle atmosphère? heureusement, à l'une des stations, toute cette compagnie quitta le train, et je pus baisser l'une des glaces et respirer librement.
Lorsque je traversai la péninsule de Christiania à Stockholm par chemin de fer, le 10 janvier, la neige ne couvrait pas encore le pays. A Stockholm, le lac Mélar n'était pas gelé et la glace ne fermait pas encore le port. Partout le peuple désirait la neige ; car le transport des minerais de fer et le traînage des bois étaient arrêtés, le trafic par terre suspendu ; le gibier, qui arrive à la ville en énormes quantités de forêts lointaines, commençait à faire défaut, et le chauffage dans les villes de l'intérieur était difficile.
Le roi Charles XV était mort et Oscar II venait de lui succéder.
Stockholm n'avait pas l'aspect animé et réjouissant de l'été; ses jardins et ses parcs demeuraient déserts: on n'entendait plus que dans les cafés les délicieux airs de musique qui frappaient habituellement l'oreille; le tintement des clochettes des traîneaux et la foule rieuse des patineurs sur le Mélar étaient encore à venir. Dans les hivers rigoureux, le traînage dure de trois à quatre mois. La saison théâtrale s'ouvrait et tous les soirs les cafés se remplissaient de monde. Néanmoins la ville paraissait morne et glacée.
Toutes les maisons avaient maintenant des doubles fenêtres (ce qui est rare à Christiania); leurs joints étaient calfeutrés de coton pour absorber l'humidité. En Suède et en Norvège, on a adopté la fenêtre française au lieu de la fenêtre à coulisses; dans chacune, on laisse une vitre libre qu'on ouvre pour la ventilation. Les chambres n'ont point de tapis, absolument comme en été. Les méthodes de chauffage en Norvège
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et en Suède diffèrent. Dans le premier de ces pays, on se sert de poêles
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en fer; en Suède, de poêles en porcelaine blanche qui atteignent presque le plafond. Les uns sont ronds, les antres carrés, avec des
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portières de cuivre qui brillent comme de l'or. Pendant la journée, on n'a besoin que de peu de bois, et, par les temps très froids, on
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n allume le feu que trois fois par jour. Quand le bois est réduit en
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tisons et que les gaz délétères se sont évaporés, on ferme une soupape qui retient la chaleur dans les systèmes en briques et en porcelaine.
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Depuis Stockholm, la grande voie qui mène au Nord lointain suit
les rivages de la Baltique et le golfe de Bothnie jusqu'à Haparanda, et
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continue au nord, comme nous l'avons vu en été, jusqu'à Pajala, pour
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