UNE TEMPETE DE NEIGE
une distance de cent vingt-huit milles. La grand'route côtoie de nombreux fiords, franchit des collines et des vallées, traverse de grandes forêts de pins et de sapins, offrant en été de superbes paysages auxquels succèdent des districts lugubres remplis de tourbières et de marécages; puis, circulant autour de lacs solitaires et sauvages, elle passe par des terres cultivées, par des bois épais, par des villes belles et propres, par des villages et des hameaux pittoresquement situés auprès de petits bras de mer, ou près de rivières plus ou moins rapides, où la vie déborde en été, mais où règne le silence en hiver.
Avec un bon traîneau et une quantité médiocre de neige, on peut faire le voyage en quinze jours [sans difficulté. La plupart des stations postales sont confortables et l'on rencontre plusieurs villes pendant le trajet. Mais, moi, j'entendais errer dans les vastes régions qui s'étendent de la Baltique au cap Nord ; traverser pendant l'hiver la chaîne de montagnes formant la côte de la Norvège, dans l'espoir de faire connaissance avec les tempêtes qui me donneraient une idée de la fureur des vents hivernaux qui balayent les altitudes en dedans du cercle arctique ; puis je voulais visiter les îles Lofoden pour voir les grandes pêcheries de morue de la Norvège, et ensuite faire un tour par mer vers l'autre côté du cap Nord, jusqu'au fiord Varenger, et enfin revenir, conduit par les rennes, à Haparanda assez à temps pour assister à la transformation soudaine de l'hiver en printemps. Ce n'était pas une petite entreprise que cette excursion ; car elle exigeait un traînage de plus de trois mille milles, un voyage maritime de plusieurs milles et une durée d'environ cinq mois. Pour bien des personnes, un tel voyage serait long et ennuyeux dans cette saison; pour moi, il devait être plein de nouveauté et d'instruction, et je considère encore les mois que j'y ai consacrés comme les plus intéressants de mes pérégrinations.
D'Upsal à Haparanda, il y a soixante et onze stations postales. Pour celui qui désire voyager lestement et à peu de frais, la malle-poste est le meilleur moyen de transport. On ne s'arrête ni jour ni nuit; des chevaux sont toujours prêts aux stations, et on choisit les meilleurs; mais il faut retenir ses places d'avance.
Par une soirée obscure du milieu de janvier, je quittai la vieille ville universitaire en société d'un charmant compagnon, herr A***, docteur en philosophie , qui retournait à Sundswall , son lieu de résidence.
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Nous montâmes clans une bonne voiture attelée de deux chevaux. Peu après notre départ, tombèrent quelques flocons de neige, précurseurs d'une des tempêtes les plus violentes et les plus continues qui se soient abattues sur la Suède depuis cent ans. La neige tourbillonnait et devenait épaisse; plus nous avancions vers le nord, plus elle augmentait, et nous ne faisions que des progrès bien lents; mais, après avoir voyagé toute la nuit, nous arrivâmes à cinq heures du matin à Yfre, troisième station de poste après Upsal. Trois heures de sommeil et un bon déjeuner nous réconfortèrent, et nous repartîmes. Les traîneaux suédois de ces stations sont très commodes et bien meilleurs que ceux de la Norvège; deux personnes y trouvent facilement place. Enquitttant Yfre, nous entrâmes dans de vastes forêts de pins et de sapins. A partir de la ville de Gefle, la neige s'épaissit encore davantage et les chevaux s'y engloutissaient à chaque pas. La tempête se faisait surtout remarquer par son silence et les forêts de pins devenaient extrêmement belles sous leur couche blanche.
L'aurore boréale lançait vers le ciel des jets enflammés; ses ondes lumineuses arrivaient sur nous, et l'on voyait tous les objets distinctement. Les arbres majestueux de même que les buissons étaient couverts d'un manteau blanc, et les branches ployaient sous le poids de la neige. On ne distinguait pas une particule de verdure, les pins semblaient supporter une tourelle de neige haute de plusieurs pieds. C'était un superbe spectacle; car des milliers de ces arbres bordaient chaque côté de la roule, aussi loin que l'œil pouvait atteindre. Je croyais parcourir un pays enchanté, dans le silence solennel et la merveilleuse beauté de cette nuit d'hiver. Parfois je m'imaginais voir sortir de la neige des étincelles de lumière, et celle scène me surexcita tellement, que je dis à mon compagnon que, quand même je ne serais venu d'Amérique que pour assister à un spectacle pareil, je serais entièrement satisfait. Il s'aperçut de mon exaltation cl me dit que , même en Suède, on ne voyait pas souvent d'aussi belle scène. Ici, au sud, la tempête s'était arrêtée pour un moment, mais le télégraphe nous apprit qu'elle faisait encore rage au nord.
Nous rencontrâmes de nombreux traîneaux façonnés comme des caisses à claire-voie, chargés de gibier que l'on envoyait à Stockholm du Jemtland et des forêts du .Northland. Tous nous suivions la même
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Charrue a neige.
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