TEMPÊTE DE NEIGE
piste, et chaque véhicule prenait sa droite, les chevaux s'enfonçant dans la neige presque jusqu'au col, faisant souvent les plus violents efforts pour en sortir, secouant le traîneau, que parfois ils renversaient en nous jetant dehors. Seuls, ceux qui y étaient absolument forcés voyageaient en cette saison.
La rencontre de la malle-poste fat un motif d'animation. Sur cette route, elle reçoit deux passagers à l'intérieur et un à l'extérieur; le postillon est armé d'un grand sabre et même d'un vieux pistolet d'arçon, bien que, depuis nombre d'années, il ne se soit commis aucun vol de grand chemin et que ces précautions paraissent inutiles ; cependant, au siècle dernier, on attaquait les malles-poste quand on savait qu'elles transportaient de grosses sommes d'argent. Quiconque, dans un moment d'ivresse, essaye d'engager une querelle ou d'arrêter le courrier, est sévèrement 'puni. Nous eûmes bientôt fait connaissance avec les voyageurs de la malle et nous échangeâmes des politesses sous forme de cigares ; mon ami répondit au compliment en faisant passer à la ronde un flacon d'eau-de-vie. L'un des Suédois ayant fait remarquer que, dans un climat aussi rude que celui de la Scandinavie, on avait besoin 'd'un tonique plus fort que de l'eau claire : « Oh! s'écria un autre, avez-vous jamais entendu dire qu'un grand homme, un grand écrivain, une haute intelligence, ou un guerrier, n'ait bu que de l'eau toute sa vie? — Pour moi, dit le troisième, je n'ai jamais vu d'homme à l'âme noble, généreuse, désintéressée, qui n'ait pas pris un verre de vin. » Comme il faisait trop froid pour discuter le sujet sur la grand'route, je me mis à rire et je répondis que je n'avais pas souvenance de grands hommes n'ayant bu que de l'eau. En tout cas, il valait mieux éviter la discussion.
Les petites villes suédoises paraissent étranges en hiver. A Hudikswall, nous trouvâmes les rues bloquées par la neige et éclairées par d'anciens réverbères à l'huile suspendus à des cordes. Là, je fus témoin d'un nouvel acte d'honnêteté. En atteignant la station de Gnarp, je m'aperçus que le conducteur du précédent traîneau avait oublié de transborder ma sacoche contenant tout mon argent. C'était une forte somme et, en outre, je n'avais pas un centime sur moi. Mon compagnon semblait convaincu que le seul mal se réduirait à une perte de temps. On envoya un messager réclamer le sac manquant, et, à quatre heures
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du matin il était revenu, rapportant la sacoche et son contenu.
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Le temps devint plus froid pendant la nuit. La forêt présentait un nouvel aspect lorsque nous approchâmes de Sundsvall; on ne voyait
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pas un atome de neige sur les pins et sapins, et le vert foncé de leurs branches formait un délicieux contraste avec le tapis blanc qui couvrait
la terre. Les chevaux et les chiens des pays septentrionaux aiment la
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neige; de temps en temps, les chevaux y mordent, et les chiens, quand ils sont altérés, en mangent; ils s'y roulent volontiers et semblent
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jouir de la froide et sèche atmosphère de l'hiver.
Le quatrième jour, nous atteignîmes Sundsvall. Mon compagnon,
bien avisé, avait télégraphié de Hudikswall, et, à notre arrivée, un bon
dîner qu'il avait commandé nous attendait.
La distance entre Sundsvall et Hermôsand est d'environ trente-cinq milles ; il me fallut trois jours pour accomplir ce petit trajet. A quelques
milles au nord se trouve Aland, hameau composé de plusieurs fermes.
Le paysage était glacial et le fiord gelé; mais, en été, les bosquets de
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bouleaux, les vertes prairies et les eaux de la mer forment un charmant
tableau. Le voyageur, en suivant la route, aperçoit une jolie maison
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blanche à une faible distance de la station : c'est l'heureux foyer d'un
jagmestare (garde général de la forêt d'un district), puissant Nemrod,
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pour lequel j'avais des lettres d'introduction.
En franchissant L'entrée de sa maison, j'aperçus une jeune fille d'en-
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viron dix-huit ans, véritable enfant du Nord, aux beaux cheveux, aux
yeux bleus et doux, aux joues vermeilles, jouant avec la neige, qu'au moyen d'une petite pelle, elle lançait dans toutes les directions. Elle
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ouvrait un chemin et semblait beaucoup s'amuser. La gentillesse et la grâce de tous ses mouvements, la délicatesse de ses traits et la finesse de
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sa peau, démontraient, à première vue, qu'elle était de bonne famille,
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en même temps que la naïveté de ses manières indiquait qu'elle avait
été élevée à la campagne. Lorsque j'approchai, elle s'arrêta et me
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regarda d'un air qui semblait dire : « Que désirez-vous, monsieur? »
Je la saluai et lui demandai si le jagmestare était chez lui.
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« Oui, » répondit-elle en me priant de la suivre dans la maison, où
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elle me laissa dans le parloir. Bientôt le jagmestare entra et lut mes
deux lettres d'introduction, l'une collective du directeur général de
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Stockholm à tous les gardes forestiers, et l'autre d'un de ses collègues.
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Après la tempête.
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