MM
AURORE BOREALE
taurant et un café, des salons particuliers et souvent une salle de billard. La cuisine y est généralement bonne ; les chambres sont confortables et bien supérieures aux stations postales sur la route.
Quand j'eus quitté Skelleftea, le froid dura peu, et, quand j'atteignis Pitea, l'atmosphère était redevenue douce. L'air était parfaitement calme, on ne voyait pas un nuage, mais l'horizon paraissait brumeux. Il était sept heures, lorsque je remarquai un point éclairé vers le nord; c'était le précurseur d'une aurore boréale. Peu après, apparut un grand arc de vapeur lumineuse à travers laquelle on pouvait voir les étoiles. La clarté du ciel au-dessus et au-dessous de l'arc était remarquable. L'arc entier parut vouloir s'ébranler, le mouvement devint de plus en plus perceptible d'une extrémité à l'autre, la masse étincela tout à coup et se porta dans tous les sens en vagues ondulantes. Au bout d'une demi-heure, un autre arc se forma sous le premier en donnant à peine des signes de mouvement ; son éclat ressemblait à celui de la voie lactée. Des ondes de lumière un peu faible jaillissaient de l'horizon, disparaissant et reparaissant tour à tour. La lumière devint de plus en plus brillante, et le mouvement des vagues s'accéléra; elles se portaient en tous sens d'une extrémité de l'arc à l'autre, les décharges d'étincelles électriques se succédaient sans cesse, variant d'éclat et indiquant que la grande tempête magnétique était dans toute sa force.
Bientôt on put remarquer des changements au centre du corps lumineux ; les vagues en roulant passèrent du blanc au bleu, du vert au violet, puis vint une fusion de toutes les couleurs. Pendant ce temps, l'arc inférieur s'était mis en mouvement ; les nappes de lumière venant de l'horizon apparurent plus ardentes à mesure qu'elles montaient, c'était un spectacle de toute beauté. La partie supérieure de la masse branlante était frangée d'une magnifique bordure d'un rouge sombre, contrastant singulièrement avec la couleur de la partie inférieure jusqu'à ce que l'arc entier devînt d'un rouge vif ; alors les vagues commencèrent à se mouvoir plus lentement, les jets de lumière se firent plus obscurs et la grande tempête arriva à sa fin ; la masse rouge se brisa en innombrables fragments qui se répandirent dans le ciel, et enfin il ne resta plus au-dessus de nos têtes que le ciel bleu et étoile de cette nuit d'hiver.
La vie, dans beaucoup de localités voisines de la mer, est très
monotone. Ces endroits paraissent morts en raison de la stagnation du commerce ; les fermiers ne viennent pas dans les villages pour avoir des nouvelles ou traiter des affaires ; peu de traîneaux dans les rues, et seulement de temps en temps un chargement de bois ; il est rare qu'il arrive des marchandises de Stockholm; car ce serait trop long et trop coûteux ; chacun attend la saison d'été. Le seul moment où il semble régner plus d'activité, c'est lorsqu'une foire doit se tenir dans l'intérieur; alors les négociants envoient des marchandises à la vente, mais cette agitation ne dure qu'un jour ou deux.
Les Suédois aiment passionnément les cartes. Dans les salons sont quelquefois disséminées de petites tables autour desquelles des dames et des messieurs jouent ensemble. Dans les hôtels, on dans leurs propres maisons, les hommes passent parfois la nuit à jouer.
11 y a aussi des clubs de chant qui se réunissent le dimanche après midi. Pendant que j'étais à Pitea, je fus invité chez un professeur qui enseignait l'anglais dans l'une des écoles, et qui le parlait bien. Tous les dimanches, dans l'après-midi, environ vingt dames et messieurs se réunissaient pour chanter des chœurs et des ballades que l'on apprend dans les écoles. On y entendait de fort jolies voix et l'exécution de cette petite société aurait fait honneur à des artistes ; j'y passai deux heures agréables. Le climat du pays semble avantageux pour l'organe vocal, et, pendant les longs mois d'hiver, de petites réunions musicales ont constamment lieu. De temps à autre, on donne un bal, presque toujours dans la salle du Stadshuset; en pareil cas, on vend les billets ou bien on impose une contribution pour subvenir aux dépenses. Presque tout le monde y va, principalement les demoiselles à marier avec leurs mamans; les hommes sont en grande tenue, et des chaises sont placées tout autour de la salle pour les dames. Jeunes et vieux s'y rencontrent : car même les vieux couples mariés aiment à danser, et il est très commun de voir un homme marié, ou un vieux gentleman, danser avec une jeune fille, et vice versa. La valse et le galop sont les danses favorites. Une des particularités qui me frappa fut qu'aussitôt une danse finie, les cavaliers ramenaient tranquillement leurs danseuses à leurs mères ou à leurs amies, et disparaissaient dans la chambre voisine. Là, ils fumaient, buvaient, mangeaient ou causaient jusqu'à ce que la musique leur rappelât leurs engagements pour une nouvelle danse. De temps en temps,