DIFFÉRENTES SORTES DE TRAINEAUX
La coiffure des Lapons varie selon le district : à Muoniovaara, elle est carrée au sommet ; la partie supérieure, bleue ou rouge, est garnie de duvet d'eider, et la large bordure, qui est souvent en peau de loutre, peut être retroussée contre la gelée ; le duvet, épais de plusieurs pouces, était trop chaud pour moi. On protège aussi la figure avec un masque de fourrure ; mais on ne s'en sert que par les grands vents. Leurs mitaines, faites en peau prise près du sabol, sont assez larges pour que l'on puisse en avoir encore une autre paire, et, comme elles recouvrent l'extrémité des manches de la kapta, je n'eus jamais froid aux mains pendant cet hiver.
L'aspect de la cour de la ferme me démontrait que j'étais en Laponie. Les moyens de transport sont particuliers. Le kerres, employé pour porter des personnes ou des marchandises, et sur lequel une peau est attachée avec des cordes, ressemble beaucoup comme forme à un bateau ; on le fabrique avec des planches de sapin solidement doublées à l'intérieur, d'environ sept pieds de long et de deux pieds et demi dans la partie la plus large. La quille est très solide, d'environ quatre pouces de large, mais variant beaucoup en épaisseur; car elle s'use vite par le frottement continu. Plus elle est haute, plus vite on peut voyager; lorsque la neige est bien tassée et durcie, les côtés la touchent à peine et la quille agit en ce cas comme une lame sous un patin à glace. Il était absolument nécessaire que j'apprisse à conduire le renne et à me tenir dans ces petits traîneaux lapons. — Les pulkas (en norvégien, akja), construits pour les voyages rapides, ont des quilles d'environ deux pouces et demi d'épaisseur. Plus ils sont hauts, plus il est difficile d'apprendre à s'équilibrer et par conséquent à n'être pas renversé. On se sert aussi des pulkas pour charger des marchandises. Il y a des pulkas de poste qui sont plus soigneusement finis ; la partie en avant est couverte dans un tiers de sa longeur, formant ainsi une sorte de boîte avec une trappe qui s'ouvre ; le sommet est couvert en peau de phoque. La forme en est tout à fait gracieuse; la quille haute et disposée pour les locomotions rapides. Le dos est souvent matelassé et tenu par des boutons de cuivre. Tous ont sur le devant un solide anneau de cuir auquel on attache le trait. — D'autres, appelés lakkek, plus grands mais de même forme, sont couverts par-dessus comme le pont d'un vaisseau, et servent de coffres ; l'un de
ceux que j'ai vus était recouvert en peau de phoque et contenait les vêtements, les joyaux, la Bible, le livre d'hymnes, les mouchoirs, et une grande partie de l'habillement de la famille ; ou du café, du sucre, de la farine, et d'autres provisions qui ont besoin d'être protégées. Chacun est tiré par un renne et ne porte qu'une seule personne. Le harnais est très simple ; le plus habituel consiste en un collier à la partie basse duquel est attaché un seul trait en cuir, que l'on accroche au véhicule. On ne se sert pas de mors, et les brides sont faites en lanières de cuir tressées, que l'on noue à la base des cornes. Il y a aussi des harnais de fantaisie, ornés de courroies éclatantes. Le harnachement doit toujours être fait avec grand soin, car le renne s'effraye aisément, et souvent, au moindre bruit, il bondit et s'échappe.
Le conducteur tient la bride, qu'il a d'abord le soin de tourner autour de sa main droite. On ne doit pas la tenir tendue ni la laisser toucher la neige, car il serait à craindre qu'elle ne passât sous le traîneau ; en ce cas, les bras du conducteur pourraient être empêtrés et il serait traîné assez loin avant de pouvoir se détacher. C'est pourquoi un novice devra toujours être sur ses gardes. Si l'on veut arrêter le renne, on tire à gauche ; si l'on veut aller plus vite, on tire à droite ; pour moi, je n'ai jamais été capable de faire aller un renne lentement ; — jamais ces animaux ne vont au pas, à moins qu'ils ne soient fatigués. 11 faut s'attendre à être renversé bien des fois avant de savoir les conduire.
Le moment le plus dangereux et le plus difficile, c'est celui où l'on descend des collines escarpées; car la vitesse du traîneau devient plus grande que celle du renne. Les Lapons s'assoient à califourchon, les genoux repliés, et se servent de leurs pieds comme de gouvernails et de frein. Pour un novice cette pratique est très dangereuse. Jamais ils n'ont voulu me permettre de descendre de cette manière, et eux-mêmes, avec leur pratique continuelle, se brouillent quelquefois pour ce motif. En descendant, je me servais d'un bâton court, dont je faisais entrer avec force la pointe dans la neige, ce qui agissait comme frein. Mais parfois les collines et les montagnes sont trop rapides, même pour les Lapons. En ce cas, on attache le renne derrière le véhicule; cet animal, qui ne peut souffrir d'être tiré par les cornes, fait des efforts énergiques pour se dégager et diminue ainsi la vitesse du traîneau. Il est aussi fort difficile d'apprendre à se balancer, de manière à tenir le pulka en équi-
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Costume lapon d'hiver.
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