PREMIÈRE COURSE EN TRAINEAU
libre et ne pas être renversé; plus la vitesse est grande, plus la tâche est ardue. Ainsi, par exemple, lorsqu'un renne, après avoir descendu avec célérité une colline, décrit subitement une courbe, le conducteur doit se pencher de l'autre côté, sinon il sera bousculé. Je n'aurais pu trouver un meilleur endroit que Muoniovaara pour faire mon apprentissage.
Les rennes ne sont pas tenus à couvert dans les maisons comme les chevaux. Ceux qui appartenaient à herr F*** étaient dans les bois, et, quand on en avait besoin, les domestiques allaient les chercher; on ne les nourrit pas non plus : ils trouvent eux-mêmes leur nourriture. Le matin où je dus prendre ma première leçon, deux hommes munis de lassos se rendirent dans la forêt sur leurs patins à neige, pour chercher les rennes ; car ceux qui sont brisés au harnais vont se nourrir avec le reste du troupeau et demeurent souvent des jours et des semaines sans que l'on ait besoin d'eux. On avait laissé le troupeau à une distance d'environ six milles de la ferme. Les hommes revinrent avec cinq animaux superbes, aux cornes magnifiques.
Les harnais dont on se servit étaient de fantaisie et de couleurs brillantes. Herr Gustaf, le fils, devait m'accompagner et être mon professeur. Quand je fus assis, il me montra comment il fallait tordre la bride autour de ma main et de mon poignet. Sur une observation que je lui fis, il me dit de ne pas la tenir autrement, parce que, si j'étais renversé, l'animal pourrait s'en aller sans moi.
« Quelle agréable perspective! » me dis-je.
Gustaf devait prendre la tête ; je le suivrais, et un domestique viendrait derrière pour veiller sur moi. On amena les rennes à côté de la maison, près d'une colline conduisant à la rivière. Les jeunes personnes ne se joignirent point à notre partie ; mais, lorsque nous fûmes prêts, je les vis qui regardaient derrière les rideaux; leurs yeux fripons pétillaient de malice, car elles se doutaient bien de ce qui arriverait, et, moi, je l'ignorais. Au signal donné, mon chef de file sejetadans son pulka, et aussitôt son renne partit. Le mien suivit en prenant la même allure ; mon traîneau se balançait à droite et à gauche et je n'avais pas fait deux yards que je fus jeté dehors, roulant sur moi-même jusqu'à ce que l'animal s'arrêtât. C'était la première chute, mais non la dernière. Quand je me relevai, Gustaf était loin en avant ; mais l'homme qui. me
suivait vint à mon secours. « Aucune personne n'ayant jamais conduit de renne ne pourrait descendre cette colline en pleine vitesse sans verser, » me dit— il comme pour me consoler de ma mésaventure. La vitesse me semblait aussi grande que celle d'un railway, bien que mon renne, à ce que l'on prétendait, fût un des moins vifs et des plus traitables. A peine nous étions-nous remis en route, que de nouveau je fus lancé hors du traîneau. Gustaf attendait au pied de la colline et me dit que l'endroit étaif[splendide pour apprendre à conduire un renne. Je ne vis
Intérieur d'une kàla en hiver.
pas alors la chose sous ce jour; mais il avait raison, d'après le principe qui dit que, quand on s'embarque pour la première fois, il vaut mieux tout d'abord être exposé à une tempête : on n'a plus le mal de mer ensuite.
Quand nous eûmes atteint la rivière, nous marchâmes sur une surface plane, sur un chemin bien sillonné, tracé par ceux qui avaient traversé de l'autre côté. Le premier renne allait lentement, je suivais sa piste, et je ne versai que quatre fois dans dix minutes. A notre retour, je fus bousculé encore quelquefois ; mais, en somme, j'étais satisfait de