‹ Un hiver en LaponieChapitre 36 sur 228 · ALLURES DU RENNE · texte numérisé non relu

ALLURES DU RENNE

ma première leçon, car je revenais intact et sans avoir en de membre brisé. Les animaux furent reconduits à leur pâturage.

Le lendemain matin, on envoya un homme chercher les rennes les plus rapides que possédât mon hôte. Après être demeuré absent environ quatre heures, il revint avec trois magnifiques bêtes, aux cornes superbes et plus agiles que le meilleur cheval. Nous devions aller faire une visite à un campement de Lapons distant de 25 milles environ. Herr Gustaf avait endossé sa plus belle tenue, d'un blanc pur; ses gants et ses souliers étaient de la même couleur. Quand nous fûmes prêts à partir, toute la famille sortit pour nous dire adieu et nous voir démarrer.

Il faisait justement un temps qui rend les rennes plus vifs, 30 degrés au-dessous de zéro, sans un souffle de vent.

Pendant qu'on tenait mon daim, je montai dans le pulka; on me tendit la bride et je la tordis autour de mon poignet. Tout à coup, avant que Gustaf fût prêt, son renne partit; il n'eut que le temps de se jeter dans son traîneau. Ce départ subit fut le signal d'une course désordonnée, chaque renne s'efforçant de dépasser l'autre. Nous allions comme le vent. Gustaf réussit à arrêter son coursier, mais non sans dégringoler lui-même; cette circonstance barra le chemin au mien, qui fit un brusque détour à droite, tout en gardant son allure folle. Je passai auprès d'un poteau, et, si mon traîneau l'avait heurté, j'aurais été lancé au loin et sans doute grièvement blessé. Heureusement j'échappai à ce danger, mais non sans être jeté hors de mon traîneau, les pieds par-dessus la tête et roulant plusieurs fois sur moi-même; la bride m'échappa des mains et l'animal partit comme s'il avait eu le feu aux talons. Je me relevai, j'enlevai la neige qui couvrait ma figure et ma bouche, et je cherchai mon fugitif; il était hors de vue et Gustaf le poursuivait avec une vitesse diabolique. Derrière venait le domestique qui avait aussi été

renversé.

Quand les rennes sortent fraîchement des bois, le départ est toujours très difficile; s'ils n'ont pas couru pendant des semaines et, si le temps se maintient au froid, ils sont sauvages et indociles. Gustaf revint avec l'animal qu'il avait pris après une chasse d'un mille. Je compris alors pourquoi il ne faut pas que la courroie échappe des mains. Nous étions tous mortifiés, car nous aurions désiré partir dans le grand style. Gustaf enroula lui-même la bride autour de mon poignet, n'ayant pas envie

de courir une seconde fois après mon renne. « Maintenant, dit-il, l'animal ne peut plus se sauver sans vous, et, quand il sentira que vous n'êtes plus dans le traîneau, il s'arrêtera! » Mais, comme je ne pèse pas lourd, j'ai souvent roulé plusieurs fois sur moi-même et pendant assez longtemps avant qu'il s'arrêtât.

La piste sur laquelle nous voyagions était profondément sillonnée par des pulkas, ce qui aida à affermir les nôtres. Il était évident que l'on y avait beaucoup voyagé et, parmoments, nous pûmes marcher à la vitesse de quinze milles à l'heure. Avant d'arriver à la déclivité d'une colline, les rennes pressent toujours le pas, et, lorsque nous la descendions, la vitesse était si vertigineuse, que chaque objet passait devant mes yeux comme si j'avais été en chemin de fer, faisant de 20 à 30 milles à l'heure. Ce qui était désagréable, c'est qu'en trottant, le renne m'envoyait de la neige dans la figure. Quand il va vite, le daim porte invariablement le col en avant. Sans cesse j'entendais un son, comme si l'on cognait deux morceaux de bois l'un contre l'autre; cet effet était produit par les pieds de l'animal. Chaque fois que le sabot touche la neige, il s'écarte, et lorsqu'il se relève les deux côtés se rapprochent et produisent ce bruit. En descendant une colline, le pas était si précipité, que les pieds de l'animal ne semblaient pas toucher la neige ; il savait que, s'il n'allait pas de toute sa vitesse, le pulka frapperait contre ses jambes.

Au commencement, dès que j'arrivais à la base d'une colline ou que j'avais à faire une courbe un peu brusque, j'étais sûr de verser; mais, peu à peu, je compris comment il fallait manœuvrer, et, quand mon traîneau était sur le point de verser, je penchais le corps du côté opposé et j'évitais ainsi la chute. Celte attention constante rendait la course très attachante. Nous passâmes sur quelques petits lacs et à travers des forêts de pins, de sapins et de bouleaux; mais, dans ces dernières, notre chef de fde descendit de son traîneau et marcha devant son renne, de crainte que nous ne nous heurtions contre les arbres ; car j'étais encore peu expert.

Nous suivions une piste bien tracée, chacun de nous marchant devant son renne; bientôt nous entendîmes les aboiements des chiens annonçant notre approche d'un campement lapon el nous arrivâmes devant une hâta (tente). Les gens étaient des amis de herr Gustaf et nous fûmes cordialement accueillis. Ils savaient parler lapon, finnois

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