‹ Un hiver en LaponieChapitre 37 sur 228 · ALLURES DU RENNE · texte numérisé non relu

ALLURES DU RENNE

suédois et norvégien. Plusieurs femmes se tenaient à l'intérieur de la kâta, assises sur des peaux, et, comme d'habitude, occupées à différents travaux. Les Laponnes sont très industrieuses; c'est à elles que revient le soin de confectionner les vêtements delà famille. L'une tissait des rubans de couleurs voyantes, une autre finissait un habillement, pendant qu'une troisième terminait une paire de souliers; elles sont aussi fort habiles pour broder sur drap ou sur cuir. Le fil dont elles se servent provient des nerfs des jambes de devant du renne.

Les réceptions se font toujours avec les formalités voulues. On nous assigna le côté gauche de la tente en notre qualité de commensaux, tandis que la famille et les chiens se placèrent pêle-mêle à droite sur des peaux. Après les salutations usuelles, les Lapons devinrent plus sociables. On mit sur le feu un chaudron plein de neige, et, quand elle fut fondue, on versa l'eau dans un pot à café que l'on fit bouillir et que l'on clarifia en le filtrant dans une peau de poisson destinée à cet usage. Les invités reçurent des cuillers d'argent de forme ronde, avec les manches tordus. Après avoir fait honneur à leur excellente hospitalité, nous les quittâmes pour nous rendre dans une autre famille dont les membres étaient grands amis de Gustaf et dans une position plus aisée que ceux-ci. Leur campement ne se trouvait qu'à une faible distance. Il devenait impossible de continuer notre route en traîneau à cause des arbres et des trous profonds que les rennes avaient faits dans la neige; nous marchâmes donc devant nos bêtes, qui nous donnèrent bien du mal pour les obliger à nous suivre. Nous ne tardâmes pas à discerner à travers les arbres une kâta; c'était celle où nous avions l'intention de demeurer. Le chef de la famille était un Lapon très à l'aise, qui possédait plus d'un millier de rennes.

Les furieux aboiements d'une demi-douzaine de chiens prévinrent de notre approche les habitants de la tente. Un homme de petite taille, trapu, d'âge moyen et aux yeux bleus, sortit, ordonna aux chiens de se taire, et, reconnaissant Gustaf, nous pria d'entrer. On ouvrit la porte de la tente et nous nous trouvâmes au milieu d'une nombreuse famille. De même que dans l'autre kâta, on nous livra le côté gauche et on étendit par terre de belles peaux d'ours posées d'abord sur des branches de bouleaux, pour nous servir de matelas. La plupart des membres de cette famille avaient les yeux bleus, et la peau des parties

du corps protégées contre le contact de l'air très blanche ; leurs figures rouges, qu'ils devaient sans doute à leur exposition constante aux vents froids et au grand air, me rappelaient fort le teint des matelots. Gomme d'habitude, on fit du café, et, dès que nous fûmes assis, on nous offrit une prise de tabac ; c'est l'étiquette chez eux.

Le campement se trouvait dans un bois et la tente élait en vadmal épais et grossier, d'un diamètre d'environ douze pieds à la base. Au centre flambait le feu, dont la fumée s'échappait par l'ouverture d'en haut. Deux chaudrons remplis de viande bouillaient sur la flamme, et contenaient le souper; latente était si encombrée, que je me demandais comment nous pourrions tous y dormir convenablement. Tout autour on voyait de nombreux pulkas et des kerres ; des patins à neige traînaient par terre ou se dressaient contre les arbres. Çà et là pendaient des harnais et on avait suspendu aux branches des quartiers de chair de renne gelée. Dans une sorte de râtelier, à six pieds du sol, était empilée de la viande gelée. On voyait des provisions de viandes et de langues fumées, des seaux remplis de lait gelé, — car on trait les rennes jusqu'à Noël, ainsi que nous l'apprit notre hôte, — et des outres contenant de ce lait glacé et des pieds de renne. Les peaux d'animaux récemment tués étaient clouées, étendues sur des chevalets de façon à ne pouvoir se rétrécir en séchant. Des selles, des seaux vicies, des chaudrons, des pots de fer, des vases en bois et des vêtements traînaient partout.

Quand le souper fut cuit, on le mit sur un plat de bois, et le père, selon la coutume, le partagea aux membres de la famille. Les parties grasses sont considérées comme les plus délicates, et je remarquai qu'on les mettait de côté pour nous. Alors commença notre repas, pendant lequel nous nous servîmes de nos doigts en guise de fourchettes.

On entretint le feu, carie thermomètre marquait 40 degrésau-dessous de zéro, et, de plus, nous avions besoin de lumière. Pendant que nous mangions, on nous fit toutes sortes de questions ; après le souper, les hommes et les femmes fumèrent leur pipe et me firent subir un véritable interrogatoire sur la religion.

Ils tenaient particulièrement à savoir si je croyais à la Trinité. Après une longue conversation, la nuit s'était avancée et le moment de dormir

Un campement d'hiver.

cm

mm

Page 1