‹ Un hiver en LaponieChapitre 43 sur 228 · JEUNES PILLES LAPONNES · texte numérisé non relu

JEUNES PILLES LAPONNES

pas même rencontré d'enfant lapon qui fût timide; aussi devenionsnous bientôt bons amis. Hommes et femmes prisent et fument beaucoup, La grande chambre était bondée de monde en grande animation. Sur notre ferme, je vis un Lapon à cheveux blancs, âgé d'environ quatre-vingts ans, qui passait son temps, le dimanche aussi bien que les

Jeunes Lapons et jeunes Laponnes de Sorselle.

autres jours, à lire la Bible, surtout les psaumes et les prières. Il avait cessé de parcourir les montagnes, ne pouvant plus supporter la fatigue, ïl aimait à demeurer près de l'église et du cimetière environnant, où ses ancêtres avaient été enterrés. Il regardait maintenant au delà de la tombe, et la mort, qu'il savait proche, ne l'effrayait pas. Cette tombe

froide et glacée du Nord, couverte de neige une grande partie de l'année, et sur laquelle ne s'épanouit aucune fleur, ne lui inspirait aucune terreur. « Ce sera ma couche tranquille, me disait-il, sur laquelle souffleront les tempêtes sans me déranger. Mon esprit sera avec Dieu et le Seigneur Jésus-Christ, en qui j'ai foi. »

On laisse les malades dans les fermes solitaires et les petits hameaux de la Laponie, et, comme je l'ai déjà dit, on rémunère les bons soins qu'en prennent les.fermiers par des présents et en gardant leurs rennes. Dans ces hameaux, quelquefois très éloignés de leurs foyers, les jeunes gens sont confirmés et finissent leur éducation religieuse. On les baptise dans l'église et on les enterre dans le cimetière qui l'entoure. Pour eux l'église est milieu sacré et chéri ; ils s'y rendent le cœur joyeux et tous ceux qui le peuvent, à certains moments de l'année, se font un point d'honneur de participer au service religieux. Les Lapons viennent toujours s'asseoir à la sainte table à Pâques, avant de se rendre avec leurs troupeaux dans les montagnes pour y passer l'été et demeurer absents plusieurs mois.

Ils décident souvent les mariages lors de leurs réunions religieuses ou aux festivals. On permet aux jeunes filles de se marier à seize ans ; souvent les mariages sont convenus d'avance entre les parents, et le fiancé doit donner au père ou à la mère de sa prétendue un certain nombre de rennes; mais quelquefois des engagements se contractent entre deux amoureux sans le consentement des parents. Si les présents faits aux parents do la fiancée leur paraissent insuffisants, ils le disent sans le moindre scrupule. Lors de la fête des fiançailles, on offre l'anneau d'engagement et fréquemment une cuiller d'argent. Après la noce, on se livre aux excès habituels de nourriture et de boisson. Quand un enfant est né, on lui donne un renne; c'est également une coutume pour la famille d'en donner un à la personne qui a signalé les premières dents. Les produits de ces animaux deviennent la propriété de l'enfant et ne sont pas comptés lorsqu'on fait un partage de biens. Le parrain donne souvent un renne à son filleul.

Beaucoup de jeunes filles laponnes que j'ai rencontrées dans mes différents voyages étaient fraîches et florissantes ; mais j'ai remarqué qu'elles semblent plus vieilles qu'elle ne le sont réellement, malgré la bonne santé dont elles jouissent et qui leur assure un âge avancé.

an

Costumes des Lapons.

Quelquefois des jeunes filles de quatorze ou quinze ans paraissent en avoir dix-huit et vingt. Ceci est dû sans doute à leur vie errante et laborieuse, et à l'exposition continuelle aux vents secs et froids; on peut attribuer leur développement précoce aux durs travaux qu'elles accomplissent de bonne heure. En vieillissant, elles deviennent très laides et ridées. Les vieilles femmes, avec leurs longs cheveux emmêlés et tombant sur leurs épaules, leur figure non lavée, et l'absence absolue de tout désir de plaire, font certainement partie des plus hideux spécimens de l'espèce humaine. Parmi les plus jeunes, il arrivait souvent que je ne pouvais, d'après la figure, distinguer un garçon d'une fille quand leur coiffure était enlevée.

A cette époque de l'année, je vis tant de Lapons réunis, que je pus très bien observer le type caractéristique de leurs traits. Sauf peu d'exceptions, ils avaient le visage large et court, avec les pommettes saillantes ; le menton était très petit ; le nez habituellement plat entre les yeux, effilé et retroussé, comme le démontrent les planches suivantes (p. 101). Un certain nombre avait des cheveux noirs ; ceux des autres étaient blonds ; mais la couleur la plus commune était le brun rougeâtre. On voyait peu d'yeux réellement bleus; la plupart paraissaient vert clair ou gris; quelques-uns étaient noirs, et deux ou trois de couleur noisette. Ils avaient les lèvres minces; la peau de leur visage était rougie par les vents froids, mais les parties du corps protégées contre la bise étaient très blanches. En réalité, les Lapons ont la peau très blanche, et ceux qui les ont décrits comme bruns se sont trompés.

Pendant ma résidence chez eux nous devînmes bons amis ; je leur donnai des bagues d'argent, et tous les Lapons, garçons et filles, me dirent qu'ils ne s'en sépareraient jamais. Comme les Finnois, ils aimaient beaucoup les grands chapelets de verre qu'ils portaient autour du col.

Ils insistèrent fort pour que je revinsse les visiter en été. La nuit, ils dormirent chez leurs amis des différentes fermes, sur des peaux de renne étendues par terre. '

Dans l'école, à la maison de ferme près du presbytère, environ soixante-dix filles et garçons étaient assis par terre, l'instituteur au centre de la chambre, devant une petite table. Il les appela les uns après les autres et les examina longuement et scrupuleusement pour voir s'ils étaient solides dans leur foi et s'ils savaient bien leur catéchisme. La

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