LES ÉCOLES DE VILLAGE
chambre se remplissait de vieillards des deux sexes qui semblaient s'intéresser beaucoup aux questions et aux réponses. Les enfants paraissaient modestes et timides devant leur instituteur, sachant bien que toutes les personnes présentes les écoutaient. Le pasteur les examina aussi. En entendant les questions, mes pensées se portaient vers d'autres pays qui ont une population plus dense , favorisée d'un sol fertile et d'un climat fécond, possédant d'immenses richesses et de grandes ressources, ayant beaucoup de grandes villes et des villages' prospères; jepensais aux millions d'êtres de ces pays ne sachant pas même lire, et je ne pouvais m'empêcher de les comparer aux Lapons errants, qui, au moins, savent lire et dont beaucoup savent écrire. Ici, les instituteurs vont de hameau en hameau ; car la population est trop disséminée pour qu'il y ait une école régulière.
Honneur à la Suède et à la Norvège! honneur aux longs et sérieux efforts qu'elles ont tentés pour porter l'éducation jusque dans leurs régions les plus éloignées et les moins habitées.
Le district de Tornéa-Lappmark contient environ 1,200 milles carrés partagés en deux paroisses avec des presbytères. L'église de Karesuando appartient à la paroisse d'Enontekis, qui est divisée en quatre districts, ou hameaux: Kongema ou Rorto a cinquante-neuf familles; Lainiowuoma, soixante-cinq ; Romma-wuoma, vingt-cinq; Suonta-vaara, quarante-quatre. Chacune a des terrains qui lui appartiennent, où vont pâturer les troupeaux et où le lansmann suédois fait exécuter les lois.
Les Lapons partent pour la Norvège après Pâques et en reviennent entre la fin d'août et le milieu de septembre, en suivant la piste de Kilpisjarvi et en allant vers Balsfiord, Tromsô et Marknasdalen. Ils reviennent en automne, et, en hiver, ils circulent par le lac Torne vers la région de la Muonio supérieure. L'étendue de pays sise à l'ouest de Karesuando, et jusqu'à la partie la plus septentrionale de la Suède, contient le plus grand nombre de Lapons, environ onze cents, qui possèdent quatre-vingt mille rennes. Il y a aussi trois cents fermiers, principalement finlandais, disséminés sur cette région.
Jukkasjarvi, l'église métropolitaine de la partie la plus septentrionale de la Suède, a été construite en 1603, et la paroisse, lors du recensement de 1870, contenait six cent vingt-six Lapons.
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Je me plaisais beaucoup ici, car l'hiver est la saison des voyages;
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alors les rivières, les lacs et les marais sont gelés, et l'on peut aller
et venir sur ce sol sans route, avec rapidité, au moyen des rennes; ou,
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se diriger à l'est vers la mer Blanche et le pays des Samoyèdes , et même en Sibérie; à l'ouest et au nord, sur les montagnes jusqu'à la
côte norvégienne. En Suède et en Norvège, il y a des stations postales où l'on se procure des rennes, et des maisons de refuge bâties par
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les gouvernements norvégien et suédois pour abriter les voyageurs. On
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Femme laponne d'Asèle Femme laponne d'Asèle
•vue de face. vue de profil.
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peut arrivera Karesuando avec des chevaux; le voyage est facile lors-
qu'on passe sur la rivière; mais, pour aller plus loin, il faut se servir
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de rennes .
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De Tornea-Lappmark, il se fait un très grand trafic avec la côte nor-
végienne, non seulement par les Lapons, mais aussi par les Finlandais.
Les paroisses de Karesuando, Kautokeino, Karasjok , beaucoup de
hameaux sur les bords de la Muonio et de la Torne supérieure, et les
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fermes répandues dans le pays, fournissent leur contingent en produits
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de laiterie. Je ne doute pas que, même dans cet extrême Nord, on ne
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puisse entretenir une population plus nombreuse : en perfectionnant le
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TOHNEA-LAPPMARK
drainage, on obtiendrait une plus abondante récolle d'herbe, on pourrait élever plus de chevaux et de bétail, surtout que les bestiaux sont très friands de lichen; du reste, la production du beurre s'accroît tous les ans.
Quand j'allais dans les régions éloignées et sauvages du septentrion, j'avais toujours soin de donner connaissance des voyages que je me.
Lapon de Jokkmokk (24 ans).
Lapon d'Argeplong (25 ans).
proposais de faire à quelque fonctionnaire ou à une personne bien connue, et je me fiais h eux pour me procurer des guides et m'assurer les services des hommes influents. Tout ce monde est si bon, que j'ai toujours trouvé, soit le gouverneur de la province, l'ecclésiastique de la paroisse, le docteur, le juge, le garde général, le lânsmann, le principal marchand de l'endroit, ou les plus importants fermiers, prêts à m'aider et faire leur possible pour que je pusse atteindre le but que j'avais en vue. Sans eux, j'aurais été souvent incapable d'entreprendre d'intéressants voyages; leurs lettres d'introduction m'ont été également très
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précieuses. Je sentais aussi que si ces gens savaient où j'allais, cette
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circonstance seule arrêterait des malfaiteurs, si l'un deux était tenté
de me molester, et que l'on saurait où me trouver en cas d'accident ou
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de maladie.
J'étais arrivé à Karesuando au bon moment; car les habitants fai-
saient leurs apprêts pour traverser les montagnes, afin de se rendre à la
foire de Skibotten, petit hameau près de la pointe du fiord Lyngen. On
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rencontre six stations entre ces deux endroits. Les Finlandais et les
Lapons étaient prépares pour ce voyage; ils avaient emballé du beurre,
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de la chair de renne gelée, des langues fumées, des peaux, des souliers
et des gants lapons, et des ptarmigans. Ils devaient rapporter du poisson,
du café, du sucre, de la- farine, du tabac, toute sorte de quincaillerie,
des provisions, des marchandises et de l'huile. Beaucoup étaient déjà
partis avec leurs produits; de Karesuando seul, plus de vingt kerres
avaient pris les devants. Ils n'avaient pu m'attendre; car ils étaient
lourdement chargés; leurs bêtes devant marcher lentement, je pouvais
facilement les rattraper. Le pasteur avait envoyé un messager pour me
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ramener un Lapon qu'il me recommanda. On ne sait pas toujours où
chercher ces gens, et" souvent, quand on les trouve, le troupeau dans lequel on doit choisir le renne pour le traînage est à une assez longue
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distance. Un renne robuste peut tirer de deux cents à quatre cents livres, selon la contrée. Toute charge, en Laponie suédoise et norvé-
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gienne, est mise sur un traîneau en forme de bateau, tiré par un seul renne. Chez les Samoyèdes, on en attèle plusieurs à un traîneau. Si
le pays est montagneux, on prend un renne de rechange pour la descente des collines très escarpées.
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Mon Lapon étant arrivé, je me disposai à partir.
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