‹ Un hiver en LaponieChapitre 45 sur 228 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

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Départ de Karesuando. — Le Lapon Peter. — Vuokainen. — Grand nombre de voyageurs. — Un renne entêté. — Un fugitif. — Arrivée à Sikavuopio. — Maison d'abri de Mukkavuoma. Une grande tempête. — Nous nous mettons à notre aise. — Un parfait ouragan. — Souffrances. — Un masque de glace. — Nous faisons halte. — Continuation du voyage. — Descente des collines. — Grande vitesse du renne. — Un sermon. — Renne sur la glace. — Neige friable. — Renne exténué de fatigue. — Préparatifs avant de descendre une gorge rapide. — Helligskoven. — Autre grande tempête. — Arrivée sur la côte norvégienne. — Skibotten. — La foire. — Le fiord Lyngen. — Le hameau de Lyngen. — Un presbytère. — Docteurs de districts. — Dure existence d'un docteur. — La ville de Tromsœ.

Quatre kerres, attelés de rennes et prêts à partir, nous attendaient

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sur le bord de la Muonio, à côté du presbytère. Trois étaient destinés à

Pehr, à Eisa et à moi ; le quatrième contenait notre bagage, que l'on

avait assuré en le couvrant d'une peau, de façon à ne rien perdre en cas

de bousculade. Eisa n'avait qu'un sac où se trouvait toute sa garde-robe,

composée de deux vêtements, deux paires de bas de laine, une paire de

souliers en cuir, et deux ou trois beaux mouchoirs. Après le dîner, le

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digne pasteur et sa femme nous accompagnèrent et donnèrent à mon

Lapon tous les avis concernant mon voyage.

Bien que nos rennes fussent partis en toute vitesse, ils ne tardèrent

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pas à ralentir leur allure et semblèrent bientôt fatigués : on s'en était

peut-être servi récemment et ils me parurent inférieurs à ceux de

Muoniovara. La piste était excellente et nos kerres paraissaient s'ense-

velir ■ dans les sillons profonds tracés par ceux qui nous avaient pré-

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cédés; car, évidemment, on y avait considérablement voyagé. Vers onze heures du soir, nos bêtes étant harassées, nous nous arrêtâmes à une ferme appelée Vuokainen ou Vuokaimo, à la pointe du lac Kellotijarvi, large expansion de la rivière, qui ensuite prend le nom de Kongama. Un tableau étrange nous frappa quand nous approchâmes de la cour ; — une centaine de kerres chargés étaient rangés de front, et la maison de ferme regorgeait de Finnois et de Lapons couchés tout près les uns des autres sur le plancher et profondément endormis. Cette chambre exhalait une odeur infecte. Une lampe suspendue au plafond jetait une lueur blafarde sur la foule des dormeurs ronflant et soufflant. Dans la chambre voisine était couchée dans un lit la femme du fermier avec un bébé âgé de deux ou trois jours. Là même, sur le plancher, des gens étaient endormis. « Si ma femme pouvait se lever, me dit le mari, je vous donnerais le lit ; mais elle ne le peut pas. » Nous donnâmes à nos rennes de la mousse que nous achetâmes, et nous repartîmes.

Le lieu d'arrêt suivant se trouvait à la ferme de Sikavuopio, à douze milles plus loin. D'abord Pehr ne voulait pas partir; mais je lui fis observer que j'aimerais mieux dormir sur la neige que de respirer cet air fétide, et il me suivit. Nos rennes étaient obstinés et deux fois ils revinrent sur leurs pas, malgré toute l'habileté de Pehr; il dut sortir de son kerre et conduire l'animal pendant un certain temps, puis nous reprîmes notre course folle. Cette fois, je tenais la tête ; mais tout à coup mon renne fit un brusque demi-tour qui m'aurait jeté hors du traîneau si j'avais manqué d'expérience; puis il partit à fond de train dans la direction de Vuokaimo, et, au bout cle quelques minutes, je me retrouvai dans la cour de la ferme au milieu des kerres. Une Laponne voulut bien venir à mon secours en dirigeant la bête jusqu'à une assez longue distance pour que la fantaisie ne lui reprît pas de retourner à la ferme. Tout en suivant ce que je supposais être la piste de Pehr, je m'aperçus qu'en dépit de mon allure rapide, j'avais fait fausse route. L'inquiétude s'empara de moi, car j'étais seul, ne sachant où j'allais et sans aucune provision. Je m'arrêtai et j'appelai : « Pehr! » Nulle réponse ne m'arriva ; je continuai d'avancer. Cependant, dans l'éloignement, il me sembla distinguer quelque chose cle noir sur la neige. Je m'arrêtai de nouveau et criai : « Pehr! Pehr! » Cette fois, j'eus le bonheur d'entendre une voix qui me répondit : « Paul! Paul! » C'était mon

Comne on voyage en Laponie.

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