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Les iles Lofoden. — Le voyage depuis Tromsœ. — l'n coucher de soleil magnifique. — Le Raftsund. — Svolvaer. — Milliers de bateaux pécheurs. — Migration de la morue. — Henningsvaer. — Une grande pêcherie. — Hospitalité aux Lofoden. — Attentions du gouvernement norvégien pour les pêcheurs. — Hôpitaux. — Règlements de pèche. — Télégraphes. — Vêtements confortables des pêcheurs. — Les bateaux de Finnemarken. — Le départ. — Retour. — Prix de la morue. — Nettoyage de la morue. — Lapons pêcheurs. — Départ pour la pèche de la morue. — Signal du départ. — Filets de pêche. — Un après-midi avec les pêcheurs. -- Une bonne femme. — Stamsuud. — Fabrique d'huile de foie de morue. — Un dimanche à l'église. — Un digne pasteur. — Amourettes du dimanche. — Départ des Lofoden.
Non loin de la côte norvégienne, au delà du cercle Arctique,
entre les 67° et 69° de latitude, il y a un groupe d'îles nommées Lo-
foden.
Leur sauvage beauté ne peut être surpassée; une mer tempétueuse
vient battre presque toute l'année contre leurs murs de rochers ; les
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eaux chaudes du Gulf-Stream lèchent leurs bords. Quand on vogue au
milieu d'elles, leurs formes fantastiques semblent changer sans cesse,
quelques-uns de leurs pics apparaissent comme des aiguilles qui vont
percer le ciel bleu.
Leurs contours se détachent clairs et nets et leur couleur pourpre
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devient de plus en plus faible lorsqu'ils s'évanouissent comme une
vision depuis la mer. Rien d'étonnant qu'aux temps anciens, les
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mariniers les aient regardées presque avec terreur, et qu'ils aient cru
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LES ILES LOPODEN
qu'un malstrom1 gardait leur approche depuis le sud. En regardant de ces îles vers la terre ferme, on peut voir une centaine de pics sur les montagnes couvertes de neiges et de glaciers, et de la côte nue les Lofoden apparaissent comme un gigantesque mur crénelé sortant de la mer.
Nulle part je n'ai vu d'aussi admirables couchers de soleil qu'en ces régions. Au printemps, l'éclat est si brillant qu'il semble symboliser le feu de la jeunesse. A l'automne, les couchers de soleil sont les plus beaux : comme s'ils présageaient le repos de la nature avant la venue de l'hiver, leur teinte d'or est plus moelleuse. En été, le soleil de minuit reluit pendant un certain temps sur les montagnes et sur la mer qui lave leurs bords. En hiver, de furieuses tempêtes de neige revêtent d'un manteau blanc les collines altières pendant que les bourrasques précipitent les vagues contre leurs murs inébranlables ; mais parfois se produit une nuit claire, quand l'aurore boréale, dans toutes ses beautés variées, couronne les Lofoden d'une splendide auréole. Quelquesunes des îles sont grandes, possèdent des étendues de terres fertiles, et leurs rivages sont garnis de hameaux et de fermes protégés contre une mer orageuse. L'approche, soit par le nord, soit par le sud, est très belle.
De Tromsœ, la navigation vers le sud est par moments grandiose à l'extrême : de sauvages montagnes déchiquetées, alpines dans leur aspect, leurs pentes abruptes dépourvues de neige, avec un glacier par-ci par-là, sont nombreuses ; le fiord West, formé par le groupe des Lofoden à l'ouest et la terre ferme à l'est, se rétrécit vers le nord et se perd peu à peu dans un labyrinthe d'îles et le fiord Ofofeo.
Le 31 mars, vers sept heures du soir, lorsque nous arrivâmes vers Lodingen, situé sur l'île d'Hindœ, nous eûmes sous les yeux un spectacle d'une splendeur indescriptible : c'était un des plus magnifiques couchers de soleil que j'aie jamais vus. Vers l'est se découpaient les montagnes sourcilleuses de la terre ferme, avec leurs abîmes apparais-
1 . Par suite dos grandes masses d'eau que les marées forcent de passer par les détroits qui séparent les îles Lofoden, le courant devient extrêmement fort et forme ce que l'on nomme le Maëlstrom, qui est le plus rapide entre le cap Lofoden et Mosken. Sans avoir l'importance qu'on lui attribue, il peut, en hiver, par les coups de vent d'ouest, courir en violents tourbillons avec une vitesse de vingt-six milles à l'heure, suivant les statistiques officielles.
sant comme des vallées dorées, entourés de pics neigeux, pendant que les îles émergeaient l'une après l'autre de la mer dans une douce lumière. La vue était si belle que je ne pus réprimer une exclamation d'enthousiasme. Quand vint la nuit, les formes fantastiques des montagnes semblèrent encore plus étranges ; les étoiles se reflétaient dans une mer calme; caria moindre brise ne se faisait même pas sentir : c'était la digne fin du dernier jour de mars sur cette contrée glaciale, stérile et tempétueuse du Nord.
Parmi les plus agréables navigations, il faut compter celle sur le Raftsund, formé par les îles de East-Vaagen et de Hindœ ; la scène y est excessivement belle et le détroit se rétrécit graduellement jusqu'à ce qu'il apparaisse comme une rivière flanquée de monts sourcilleux sortant du bord de l'eau. La mer est profonde et verte. Le paysage devient de plus en plus grandiose. Partout s'élèvent des pics fantastiques de toutes les formes imaginables, planant au-dessus de l'eau. Des glaciers et des flaques de neige s'attachent aux rampes des montagnes et de superbes cascades descendent le long de sombres rochers battus par les vents. Les montagnes raboteuses et les fissures profondes accroissent la sauvagerie de la scène. Çà et là on aperçoit des moraines, et des blocs erratiques semblent prêts à dégringoler des sommets.
Le ior avril, par une claire matinée, je sortis de ce détroit pour entrer dans une baie semblable à un lac, mouchetée d'îles, et j'approchai de l'île de Svolvaer, passant au milieu de centaines de bateaux de pêche revenant toutes voiles dehors et chargés de morues nouvellement prises. Les Lofoden sont renommées pour leur pêcheries de morues; cette pêche commence dans la seconde moitié de janvier et dure jusqu'au commencement d'avril. A celte époque les îles rocheuses et désertes sont pleines de vie ; des milliers de barques de pêche arrivent, et des centaines de petits navires sont comme nichés en sûreté au milieu de cet archipel. Les morues viennent on ne sait d'où, en nombre incalculable, pour frayer. Elles se font voir en janvier et partent à la fin de mars, ou au commencement d'avril, émigrantvers le cap Nord et le long de la côte de Finmarken ; puis elles disparaissent pour le reste de l'année.
Quelle chose étonnante que la migration du poisson ! Où va-t-il ? comme il connaît bien l'époque où il doit revenir pour déposer son frai ! On trouve la morue en masses innombrables le long de la côte ; elle
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