DEPART POUR LA PÊCHE DE LA MORUE
barils, vendus aux marchands et conservés jusqu'à ce qu'ils fussent pourris ; on en fait alors de l'huile de foie de morue. Deux barils de foies gras donnent, dit-on, un baril d'huile brune. Les pêcheurs salent les langues et les conservent pour leur propre usage. On étale les têtes sur les rochers où elles doivent sécher, et l'on s'en sert pour nourrir le bétail à la maison; ou bien on les vend avec les arêtes, pour faire de l'engrais, à une manufacture établie sur une des îles.
Quelques jours auparavant je courais sur ,'des montagnes couvertes de neige et sur des lacs et des rivières gelés ; mes coursiers étaient des rennes et ma tenue celle d'un Lapon. Aujourd'hui, je m'étais transformé en pêcheur norvégien.
Dès que je mis le pied en Scandinavie, je pris la résolution de tout voir par moi-même et de ne point me fier aux ouï-dire; je décidai donc que je ferais des excursions de pêche. Le lensmand eut l'obligeance de choisir l'embarcation dans laquelle je monterais. Quand je sortis, un profond silence régnait encore dans les maisons des pêcheurs et on n'entendait que les cris aigus des mouettes; les bateaux étaient amarrés le long du rivage et prêts à partir. La tranquillité de la scène changea bientôt; les hommes arrivèrent, et, au bout de quelques instants, tout fut en pleine activité. Mon arrivée ici avait été heureuse, car ce fut le premier beau jour de l'hiver. Précédemment on n'avait eu que des séries continuelles de coups de vent et de tempêtes de neige ; l'année s'était distinguée comme une des plus tempétueuses que l'on ait eues depuis longtemps. Mon bateau portait la lettre H — signifiant qu'il venait d'Henningsvaer — et le numéro 87; six hommes le dirigeaient. Il appartenait à Evert Arntsen Kildal, de Melœ, sur la côte du Nordland. C'était un homme important dans l'Église, ayant la réputation d'être bon chrétien. L'équipage se composait de deux marins solides un peu âgés, de deux plus jeunes ayant environ vingt ans, et d'un garçon de quatorze ans qui faisait son apprentissage. Ces pêcheries de la Norvège sont d'excellentes écoles pour former des matelots, et je ne suis pas surpris qu'on les considère comme les meilleurs sujets chez les nations maritimes du monde entier, non seulement pour leur matelolage, mais encore pour leur honnêteté, leur bon caractère et leur respect delà discipline. Tous les yeux attendaient le signal. Dès que le pavillon fut hissé, des milliers de rames frappèrent l'onde. Nous sortîmes du
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canal et, comme le vent était favorable, les bateaux approchèrent rapi-
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dement de leurs pêcheries. Les équipages se guidaient uniquement sur les positions des montagnes environnantes et arrivaient exactement à
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leurs lignes.
Chaque pêcheur a ses bouées distinctes, représentant les différents
objets qu'il peut avoir besoin de reconnaître. Nous nous dirigeâmes
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vers le premier, un rouleau de bois de pin d'environ quatre pieds de
long, au centre duquel était attaché la ligne épaisse qui tenait le filet.