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UN APRÈS-MIDI AVEC LES PÊCHEURS

fixées des boules de verre d'environ quatre pouces et demi de diamètre, attachées par une corde de trois pieds de long; ces boules servent à tenir les fdets à flot pendant que des pierres maintiennent au fond la partie basse. Nous finîmes par lancer la première bouée; un homme jeta le filet tandis qu'un autre lançait le flotteur à l'arrière du bateau. Quand on atteignit le dernier filet, on y attacha une grosse pierre et on le fit descendre, puis on disposa à la surface quatre bouées pour rester là jusqu'au lendemain. A trois heures, nous rentrions à Henningsvaer, n'ayant rien mangé depuis notre départ. Les plus favorisés de cette journée furent ceux qui avaient des lignes. La moyenne de chacun des bateaux fut d'à peu près trois cents morues. Deux saumons avaient été pris dans les filets, circonstance qui se présente assez souvent.

Mes nouveaux amis m'invitèrent à passer le reste du jour avec eux; trois autres équipages de bateaux se trouvaient dans la même maison. J'acceptai, à condition que je partagerais leur ordinaire. Le dîner se composa d'une sorte de potage ou pudding fait avec du biscuit de mer, du foie et du poisson. J'y fis la meilleure mine possible, mais je ne puis dire que le menu m'ait paru ragoûtant.

Le bois est très rare et fort cher; on l'apporte des autres îles ou de la terre ferme ; les habitants en usent aussi peu que possible et y mêlent des morceaux de graisse pour activer la combustion. Quelques hommes m'offrirent une tasse de café que je ne pus refuser. Nous parlâmes de ce que promettait la saison sur le point définir; ils calculèrent que chaque pêcheur gagnerait en moyenne 60 ou 70 dollars ; dans quelques bateaux plus heureux, les hommes arriveraient à 90 et 100 dollars. Le capitaine, ou celui auquel appartient le bateau, a dToit à un certain nombre de poissons et les propriétaires des filets reçoivent aussi une part. On parla d'aventures de pêche, des tempêtes auxquelles on est souvent exposé et dont on se sauve si difficilement. Deux ou trois ans plus tôt, 123 hommes avaient été noyés en moins d'une heure. Tous s'exprimaient avec le plus grand respect sur mon hôtesse et s'écriaient : « Dieu la bénisse! » J'appris alors que, dans une partie de sa maison, elle a établi un magasin de réserve et que plus d'un pauvre diable s'y rend par une porte dérobée. Ce magasin contient delà farine, du café, du sucre, du pain et une foule d'autres choses; souvent, quand les

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hommes ne peuvent obtenir de crédit auprès du mari, c'est à sa femme qu'ils ont recours. Elle a des amis parmi les pêcheurs; elle connaît ceux qui sont pauvres et qui ont de grandes familles à entretenir : beaucoup ne quittent cette maison que munis de sucre, de café ou de pain, et fréquemment d'un peu d'argent pour la femme. « Elle fait tout cela si discrètement, disaient-ils, que personne n'en sait rien ; mais, quand nous voyons sortir quelqu'un par la porte dérobée, nous nous doutons bien qu'elle vient de faire une bonne action. »

Un des traits distinctifs du pêcheur norvégien ou du marin qui n'a jamais quitté son pays natal , c'est son respect envers Dieu; rarement il prononce une imprécation. Pendant les années que j'ai habité ce pays, je n'en ai pas entendu un seul jurer, bien qu'il ait été en colère ou sous le coup d'une provocation. Ils blâment l'offenseur sans le maudire. Sous ce rapport, ils sont meilleurs et plus dociles que leurs frères de la Suède méridionale.

Le jour suivant, j'allai pêcher à l'hameçon ; il me fallut, en conséquence, monter sur un autre genre de bateau et me mêler à d'autres hommes. Généralement, chacune de ces embarcations porte vingtquatre lignes. Le capitaine avec lequel je me trouvai se nommait Hans Mikel Nikolaisen, de Tennevohl, non loin de Tromsœ.

Il était marié, père de trois enfants, et ses yeux étincelaient de bonheur quand il me parlait de sa femme et de ses fils. Son bateau était beaucoup plus petit que l'autre ; car la pêche à l'hameçon est infiniment plus facile qu'au filet ; tout l'équipage consistait en deux Lapons vigoureux. On reconnaissait aisément les Lapons à leurs costumes en peau de renne avec le poil en dedans, et à leurs bottes finlandaises. Au départ, le vent étant bon, nous passâmes lestement devant le phare et l'île d'Hellandsoe. Environ mille bateaux étaient dispersés dans un espace de quelques lieues, près d'Henningsvaer. Au bout de quatre heures, nous arrivâmes à l'endroit où se trouvaient nos lignes et nous baissâmes la voile. On prit plusieurs bouées dans le bateau et ensuite on se mit à tirer les lignes avec l'aide du petit rouleau, le long des côtés. Quatre lignes ayant chacune cent brasses de profondeur étaient attachées l'une à l'autre avec les hameçons séparés de quatre à six pieds ; on en comptait généralement cent vingt à chaque ligne et, par intervalles, on rencontrait une bouée attachée à la ligne pour l'empêcher d'enfoncer

Le filet amené à terre-

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