‹ Un hiver en LaponieChapitre 57 sur 228 · LEVÉE DES LIGNES · texte numérisé non relu

LEVÉE DES LIGNES

trop profondément. Les lignes de tous ceux qui péchaient à l'hameçon contenaient en moyenne, par bateau, 2,400 brasses en totalité. Chaque jour, ces lignes sont jetées en nombre immense dans la mer avec les filets et occupent une étendue de plusieurs milles. Nous avions déjà parcouru plus de deux cents brasses, quand nous nous aperçûmes que notre ligne avait dérivé dans un filet et que'quatre de nos hameçons y étaient pris : — accident malencontreux mais commun; — nous pûmes cependant dégager les hameçons sans beaucoup de peine. Nous continuâmes à décrocher le poisson qui était très abondant. Une autre fois encore notre ligne fut empêtrée dans trois ou quatre autres appartenant à des embarcations différentes, et il fallut opérer avec grand soin pour la dégager. Les hommes connaissent parfaitement leurs lignes et, pour plus de certitude, chacune est marquée de place en place avec la lettre du district et le numéro du bateau. Cette besogne était difficile et ennuyeuse, car les marées et les courants avaient causé des entortillements considérables. Quand les lignes eurent été séparées, on les rejeta dans l'eau. Le bout de notre troisième ligne vint à la surface et nous vîmes qu'elle avait été coupée avec un couteau et que le reste était perdu avec les poissons, probablement au nombre de soixante-dix. Il arrive quelquefois, lorsque les lignes sont par trop emmêlées, que l'on est forcé de les couper et de les tirer clans le bateau; en ce cas, les hommes les apportent à terre et remettent à leurs propriétaires les poissons qui leur appartiennent, ce que l'on sait toujours par les marques des palans. Nous allâmes ensuite aux autres bouées ; nous retirâmes une autre ligne, et nous capturâmes en tout trois cent soixantetreize grandes morues.

Quand notre pêche fut terminée, nous nous rapprochâmes des autres bateaux pour nous informer de notre ligne perdue. En un ou deux cas, en longeant les bateaux, mes hommes jetèrent sur eux des regards soupçonneux. Parfois, lorsqu'ils trouvent des lignes entortillées dans leurs filets, ils jettent tout à bord; ils sont obligées d'agir ainsi pour les séparer et rendre le poisson. Quelques bateaux avaient des portions de lignes ne leur appartenant pas et qu'ils avaient l'intention de porter à terre. Ceux qui veulent voler le poisson jettent au loin le palan, mais ceci arrive très rarement. Évidemment certains équipages se méfiaient les uns des autres, et l'on m'apprit que des pêcheurs se permettaient

de prendre le poisson qui ne leur appartenait pas, uniquement par représailles, parce qu'ils croyaient que d'autres, qui avaient trouvé leurs lignes, avaient fait de même. Naturellement il est très difficile de prouver un vol de ce genre; mais, quand on parvient à prendre le coupable, la justice le punit sévèrement. Nous jetâmes de nouveau nos lignes \ aux hameçons desquelles nous avions attaché comme amorces dé jeunes harengs coupés en deux. On se plaignait généralement celte année de la rareté et de la chèreté des amorces. Il y a des hommes dont la seule occupation est de prendre des amorces et de les vendre aux pêcheurs; mon hôte avait un petit steamer employé uniquement pour cet objet pendant la saison de la pêche.

Une autre navigation de deux heures, en partant de Henningsvaer, nous conduisit à Stamsund. Les sombres collines rocheuses qui dominent le petit établissement de pêche lui donnent une apparence lugubre, bien qu'il y ait quelques fermes dans l'île. Le port est rendu excellent par beaucoup de petites îles près du bord, parmi lesquelles les bateaux suivent leur roule. Ici, on voyait peu de bateaux pêcheurs, parce que la majeure partie du poisson avait émigré, et il est très rare qu'il revienne dans la même saison; il ne restait que peu de petits navires complétant leur chargement avant de partir. Je remarquai une maison confortable appartenant au principal marchand de l'endroit, qui en avait fait aussi une auberge. Plusieurs bâtiments étaient supportés en partie par des piliers sur le bord de l'eau, et l'on voyait des maisons de bois, çà et là parmi les rochers, au pied des collines et près des masses de blocs erratiques qui ont été arrachés des pentes. Des navires et des bateaux étaient à l'ancre dans l'étroit bassin, ou parmi les îles, et l'endroit offrait un aspect bien plus sauvage que Henningsvaer. Des bouleaux croissaient sur l'île ; on dit qu'ils sont communs dans une des vallées. Près de l'établissement, le long de la mer, se trouve une vallée basse avec deux ou trois fermes.

Monjntention, en venant à Stamsund, était de faire une visite à herr M***, célèbre fabricant d'huile de foie de morue, qui jouit aux Etats-Unis d'une grande réputation bien méritée. La chambre où l'on fait l'huile iVest pas très spacieuse, mais tout y est excessivement propre. Plusieurs hommes sont employés à séparer les bons foies des mauvais ; tous étaient frais et provenaient dupoisson péché le jour même.

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