VARIATIONS DE LA TEMPERATURE
textes pour passer devant les maisons et saisir un coup d'oeil de leurs belles ; si l'un était assez fortuné pour rencontrer l'une d'elles, il lui adressait des compliments et essayait de lui faire la cour; mais il n'avait que peu de chances d'y arriver; car certainement, au moment favorable, un autre serait venu l'interrompre. La nature, à cet égard, est la même par toute la terre.
La vie du pêcheur est ardue, il se lève au point du jour et, lorsqu'il doit ramer contre le vent, il revient chez lui fatigué et maussade. A leur retour, après le premier repas, tous s'occupent à l'extérieur ; ceux qui ne nettoient pas et ne préparent pas le poisson, coupent des amorces pour les lignes, remplacent les agrès perdus, et réparent les filets.
Le baromètre n'avait pas menti ; la tempête qui menaçait éclata le 8, avec un très grand vent, qui parfois souffla en ouragan. On ne permit pas aux bateaux de sortir. Des nuages noirs s'amoncelèrent au nord-ouest et de violentes bourrasques les firent courir au-dessus de nos têtes; la neige tomba en épais flocons et, au bout de peu de temps, le pays tout entier fut couvert d'un manteau blanc. Je montai jusqu'au plus haut point d'Henningsvaer, d'où je pus voir les vagues furieuses battre contre les falaises, se brisant en écume le long des rivages, puis se divisant en milliers d'atomes, innocents en apparence ; mais chaque flot qui frappait contre le bord était plus fort que le rocher et laissait sa marque après lui. A Hellandsœ, le phare demeurait intact, car le ressac ne pouvait arriver jusqu'à lui ; quand vint la nuit, sa lumière brilla comme une étoile sur l'horizon. Dans le port tout était calme, la mer demeurait douce; le vent soufflait sur les mâts des navires et personne ne se serait imaginé, à voir le tranquille et étroit canal entre Henningsvaer, et Hellandsœ, qu'au dehors la tempête se déchaînait sur une mer houleuse. Cependant une partie du canal n'est pas bien protégée contre le vent du Midi. A Pâques, la tourmente n'avait pas encore cédé, et, le dimanche suivant, elle hurlait avec une telle rage que Ton se sentait heureux d'être à terre.
Dans ces îles, le climat est sujet à de grandes variations; de violentes tempêtes se succèdent par de très beaux temps et même dans des jours sereins. La température était remarquable pour ce moment de l'année : elle se maintenait plus clémente que sur la terre ferme.
Le 31 mars, sur cette dernière, la neige s'étendait du pied des collines à la mer, tandis qu'aux Lofoden elle était à quelques pieds plus haut. Dans certains coins abrités à la base des montagnes de Stamsund, où les pierres reflètent la chaleur des rayons solaires, les marguerites fleurissaient le 7 avril ; on m'affirma que l'année précédente elles étaient en fleur à la fin de février. Pendant les six derniers jours, le thermomètre varia à Henningsvaer de 42° à 45° et un jour il atteignit 52° à l'ombre, sans aucune influence des rayons du soleil; et le 7 avril, à Stamsund, le point le plus bas était de 38° à 40°. Ce fut le temps le plus beau et le plus chaud que l'on eut cette année-là.
Le steamer Etoile du Nord, arrivé au milieu d'une tempête, reposait tranquillement à l'ancre, protégé parles montagnes. La mer était unie bien que le vent soufflât avec force entre les îles ; mais il n'avait pas assez d'espace ici pour se lever. Pendant quatre jours, personne n'eut la permission d'aller pêcher. Avant cela, les prises avaient été médiocres et les pêcheurs qui allaient au nord étaient déjà partis par centaines, beaucoup voulant passer les fêtes de Pâques à Tromsœ. Leur voyage dut être dur dans leurs petits bateaux découverts, et ces fils courageux de la Norvège eurent à braver les bourrasques, les tempêtes de neige, la pluie et le grésil, le froid et l'humidité ; mais la mer est leur élément , et le vent la musique qu'ils aiment. Ce sont les vrais descendants des Vikings.
Le steamer attendit que la tempête se modérât ; elle atteignit son apogée le vendredi et le samedi 11 et 12. Je quittai les Lofoden le 13, après avoir dit adieu à ceux qui avaient été si aimables pour moi. Le pont était littéralement couvert de pêcheurs et leurs lourds coffres en bois avaient été empilés partout, de même que les nombreux filets, lignes et ustensiles de cuisine. Tous paraissaient contents ; ils riaient, causaient et regardaient les pêcheries de Finmarken. Ils dormaient partout où ils pouvaient sur le pont, car le nombre n'était pas grand de ceux qui avaient pris des billets de seconde classe ; ils voulaient ménager leur argent et se montraient satisfaits d'une troisième classe. Au bout de peu de jours, les Lofoden furent entièrement désertes : bateaux et pêcheurs étaient partis, et, sur les rivages de la plupart des îles, personne ne demeura pour regarder la mer.