‹ Un hiver en LaponieChapitre 65 sur 228 · SUREXCITATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

SUREXCITATION RELIGIEUSE

de la baleine, qui se fait d'une manière peu usuelle. On lue les baleines, qui sont nombreuses sur cette partie de la côte, avec un fusil qui lance un harpon contenant un corps explosible. Celles que l'on prend ainsi sont remorquées dans Vadsœ. Depuis quelques années, on en a obtenu beaucoup de celte manière. Le grand steamer côtier norvégien ne va pas plus loin ; mais un autre plus petit parcourt hebdomadairement les fiords. Vadsœ est la dernière station télégraphique. Qui croirait que , même sur cette côte délaissée, les importantes nouvelles du monde s'élancent chaque jour sur les fils du télégraphe à un taux unique pour tout le pays ! et, de cette partie septentrionale au point le plus méridional de la Norvège, un message ne coûte que une krona. En Suède, c'est de môme, et, quoique les distances soient grandes, le gouvernement n'y perd pas; les tarifs diminueront encore dès que les recettes permettront une réduction.

Les écoles sont bonnes; on y enseigne le grec, le latin, l'hébreu, le français, l'allemand et l'anglais. Dans ce district, quelques instituteurs ont besoin de connaître les langues norvégienne, finnoise et laponne. Dans bien des maisons, on trouve des pianos, des guitares, des violons et des concertinos. Les demeures des marchands sont grandes et très confortables; leur hospitalité est sans limites. Un de mes compagnons de voyage sur le steamer, herrW. . . , m'invita à demeurer chez lui. La bonté envers l'étranger semble être la loi du pays, et je fus bien reçu partout.

Pendant l'hiver, les habitants, n'ayant rien pour occuper leur esprit, sont souvent enclins à une surexcitation religieuse très intense. L'an passé, il y à eu parmi les Finnois un mouvement si menaçant, que, n'eût été la crainte de la loi, il aurait pu finir par une effusion de sang. Le pasteur n'était pas assez fanatique pour ces gens : aussi prêchaient-ils dans leurs chambres ; on employait les menaces et même la force contre ceux dont la foi ne semblait pas assez robuste; beaucoup déclaraienl qu'ils avaient l'esprit du Seigneur et le don de prophétie; d'autres croyaient que certains étaient possédés des démons; l'ecclésiastique refusant de marcher d'accord avec eux, dans leur surexcitation ils le menacèrent. Pendant un temps assez long, les Norvégiens furent soucieux ; ils ne savaient pas comment les choses se termineraient, et ils craignaient une émeute, comme à Kautokeino, quelques années plus

tôt, où il fallut appeler la troupe pour faire cesser les troubles et punir les assassins, lesquels pensaient agir selon la volonté de Dieu en ôtant la vie à ceux qui ne croyaient pas comme eux. L'histoire se répète sans cesse.

La capture du lodd (Malotus arcticus) produit un grand mouvement dans les pêcheries et les enfants sont continuellement occupés à guetter ces petits poissons. Quand leurs bancs sont poursuivis par les morues, ils viennent se réfugier près du bord. Pendant que nous étions à Vadsœ, on en prit des quantités inouïes, à la grande joie de la population; on les attendait pour commencer la saison de la pêche, qui était tardive cette année, à cause des tempêtes; elles avaient empêché ce poisson de sortir, et, sans lodds, point d'appâts pour pêcher.

L'émigration de Finlande en Norvège est en augmentation, et, tous les ans, de nouveaux colons viennent s'établir sur la côte. Un fort courant a commencé à se diriger vers les États-Unis ; ces gens viennent de Finlande en traîneau et partent pour l'Amérique au printemps. Plusieurs centaines ont quitté par la voie de Vadsœ l'année précédente, et des steamers les ont pris à Trondhjem, à Bergen ou à Christiania.

Les longs jours arrivent avec une remarquable rapidité; le soleil, dans ces régions, était sous l'horizon jusqu'à la dernière moitié de janvier, et, aujourd'hui 25 avril, par un temps clair, j'ai pu lire un journal à ma fenêtre, à minuit.

J'ai trouvé ici les plus grands spécimens de rennes que j'aie jamais vus; ils venaient du pays des Samoyèdes, où l'on dit qu'ils sont plus grands qu'en Norvège et en Suède.

Le Varanger est le dernier des fiords norvégiens , et le seul sur la côte de Finmarken qui coure de l'est à l'ouest. Son rivage septentrional est presque entièrement privé de végétation, et même les broussadles y sont rares; mais le rivage méridional a une production de bois abondante. Bien des maisons de Vadsœ et d'autres localités ont été construites en bois tiré de cette forêt. Les grands arbres sont rares près de la mer. Sur les fiords Kiœ, Bugœ et Neiden, branches méridionales du Varanger, les bouleaux se montrent et les bruyères tapissent les rochers; l'herbe y est exubérante; les arbres deviennent de plus en plus grands vers les extrémités des Bords, el les belles forêts de pins el de sapins son! continuelles. Trois grandes rivières, la Jacob, la

Page 1