‹ Un hiver en LaponieChapitre 66 sur 228 · LA RIVE OCCIDENTALE DU CAP NORD · texte numérisé non relu

LA RIVE OCCIDENTALE DU CAP NORD

Neiden el la Pasvig, toutes riches en saumons, se jettent dans le fiord. Quand on remonte le dernier cours d'eau, — le plus grand qui sorte du lac Enare, — les collines sont chargées d'arbres jusqu'à leur sommet. On dit que ces forêts couvrent un espace de 230 milles carrés, à peine effleurées par la hache, excepté près de l'eau, et beaucoup d'arbres sont assez volumineux pour servir de bois de construction. On s'étonne de la possibilité qu'ont les arbres d'atteindre de telles dimensions à une latitude aussi élevée. Plus on approche de la mer, moins les arbres sont liants, mais meilleure est la qualité du bois ; plus on va au nord, plus pauvre devient le bois de construction. Le bouleau, l'aune elle tremble abondent ; le dernier atteint souvent une circonférence de trois pieds; dans bien des parties, le feu a causé de tristes ravages dans les forêts. Les rives du côté occidental du cap Nord, quoique moins couvertes de bois — qui sans doute ont été détruits dans les temps anciens — jouissent d'un climat beaucoup plus doux que celles du côté oriental ; car, ainsi qu'on l'a vu sur le fiord Alten, à la même latitude que le Varanger, l'orge, le seigle et les fruits poussent, tandis qu'ici on n'en sème pas. L'eau de la mer devient graduellement plus froide et les vents de l'est sont aussi plus glacials. Dans ces dernières années, la population s'est beaucoup accrue en cette partie extrême du nord-est de la Norvège, malgré son sol stérile, à cause de la pêche et des communications faedes. Deux nouvelles paroisses ont été créées dans le Varanger méridional. La population qui, à une certaine époque, ne comptait que cent individus, a augmenté d'après le dernier recensement (1805) jusqu'à 1,170 âmes. On a construit deux églises ; on a installé un docteur el un lensmand, et on a établi des écoles.

La côte adjacente, connue comme Laponie russe, abonde en poisson. On y rencontre beaucoup d'établissements, qui emploient plusieurs milliers de bateaux de pêche. Un nombre immense de poissons est pris même par des Norvégiens; mais, comme il ne leur est pas permis de débarquer, ils sont souvent assaillis par de violentes tempêtes dans lesquelles ils perdent leur avoir et quelquefois leur vie.

Pasvig, le dernier port régulier et ia dernière station de pèche sur la côte norvégienne, a pris son nom du mot lapon basse (saint) : probablement les Lapons Pasvig avaie.pl choisi ce lieu pour y faire autrefois leurs sacrifices. Elle a un excell4l havre presque circulaire el entoure

de ruchers. L'entrée est étroite, mais on dit que l'on peut s'y introduire par tous les vents.

La partie la plus orientale de la Norvège est bornée par la rivière Pasvig, qui coule dans la mer en face de Vadsœ et par la rivière Jacob. La connaissance de cette région prouve que, pendant une certaine distance à l'est, la côte est ouverte toute l'année. A l'égard de la côte russe bordée de glace, je dirai simplement que la Russie pourrait établir un port sur ses propres possessions ; que le fiord Kola ne gèle pas ; que la mer demeure ouverte comme sur la côte norvégienne pendant une distance considérable, et que les forêts croissent sur les bords de ses rivières et de ses lacs ; — faits qui démontrent qu'il n'est nullement nécessaire pour elle de conquérir la partie septentrionale de la Norvège afin d'avoir un port ouvert toute l'année.

De Vadsœ à Nyborg, la distance par eau est d'environ 35 milles. Sur les bords, on aperçoit deux ou trois pêcheries, des gammer lapons, et l'église de Nacsby. Plusieurs bateaux, montés chacun par deux femmes comme rameurs, vinrent auprès de notre steamer ; car, en ce moment, on ne voyait que des femmes traverser le fiord.

Le 25 avril, j'étais à la pointe du fiord Varanger; à une distance d'environ 3 milles, la mer étant, gelée, notre steamer dut côtoyer la glace. Des traîneaux attendaient pour prendre les courriers et les passagers.

Dans une belle maison blanche, non loin du rivage, habitait le lensinand norvégien, Brun, avec sa charmante famille, composée de sa femme et de deux filles nubiles : des livres, des journaux, apportés hebdomadairement par la malle et un piano les aidaient à passer le temps agréablement dans leur foyer solitaire, où, en fait de société, ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. La saison était déjà 1res avancée elles Lapons étaient partis avec leurs rennes. « Si vous étiez venu seulement une semaine plus tôt, me dit le lensmand, vous n'auriez eu aucune difficulté pour aller au sud. » Je n'aurais pas dû venir plus tard que le 1" avril. « Il faudra que vous restiez chez moi un jour ou deux, reprit-il, et je verrai s'il y a encore des Lapons dans le voisinage et s'ils veulent vous prendre. » Qu'elle était délicieuse l'hospitalité de cette maison! combien ma chambre à coucher me sembla paisible et confortable! comme le lit de plume me parut bon!

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