UNE BOUSCULADE
vite que les deux autres, et celui de renfort, au lieu de retenir mon traîneau par derrière, partit devant. Nous étions donc dans le plus grand désordre et nous nous heurtions aux arbres ; avec la rapidité de notre course nous risquions d'être lancés au loin. Je m'empressai de défaire la bride qui entourait mon poignet, afin que, si j'étais renversé, je ne fusse pas jeté contre un rocher ou un arbre. En approchant du bord de la rivière, les rennes devinrent encore plus déchaînés et allaient avec une vitesse vertigineuse. Soudain le premier véhicule toucha le tronc d'un arbre et toute la dextérité de mon Lapon ne put l'empêcher d'être renversé, précisément à l'instant où nous allions atteindre le bord de la rivière. Sa jambe s'entortilla dans la bride et son kerres passa sur lui. Le second animal fit un tour à gauche, et le traîneau contenant le bagage frappa le premier, heureusement sans toucher le Lapon. Le mien, avec une vitesse double, arriva sur les deux autres; le renne de renfort m'entraîna dans un mauvais chemin et j'allais être précipité contre un des kerres, lorsque, par bonheur, les animaux s'arrêtèrent.
Tout se passa en moins de temps que je n'ai mis à le raconter ; ce fut la seule bousculade dangereuse à laquelle je fus exposé cet hiver. Mon guide se releva, furieux de sa mésaventure, mais non blessé. Ceci passé, nous n'étions plus en danger, car nous arrivions à la rivière où nous n'avions pas à nous garer des arbres et où nos rennes pouvaient prendre leur plus grande vitesse, ce qui serait même un avantage pour nous.
Après avoir un peu respiré et rajusté les harnais, nous remontâmes dans nos kerres. Au bout de quelques milles, les rennes donnèrent des signes de fatigue, carie soleil était chaud et la neige molle. Nous nous arrêtâmes à Utsioki, le hameau le plus important après Sirma, sur le côté finnois ; il a une église située près de la rivière de ce nom, à sa jonction avec la Tana : il appartient à la Finlande russe. Nous trouvâmes ici des fermiers finnois et une grande maison d'habitation ; c'était aussi la résidence d'un lensmand. Le nombre de rennes appartenant au district montait à plus de 40,000. Dans l'après-midi, la gelée se fit sentir, et, quand la neige fut redevenue solide, nous repartîmes. Le chemin continuait sur la rivière, avec de légères coupures sur la terre ferme pour éviter les courbes. Un autre accident arriva ici.
Comme nous traversions un bois de bouleaux l'un des kerres fut pris dans un arbre, s'arrêta brusquement en brisant le trait. Le renne, se sentant libre, partit au loin et la question fut de savoir comment le reprendre. Mon Lapon essaya de lui jeter le lasso, mais il dut y mettre beaucoup de finesse ; car, lorsqu'il s'approchait, l'animal partait vivement. Il s'arrêta, marcha doucement, comme s'il ne s'occupait pas de la bête, et enfin réussit à lancer son lasso et à le réatteler. Peu après, comme nous descendions à grande vitesse le rivage escarpé de la rivière, une courbe brusque me renversa de mon traîneau avec une telle violence, que, nonobstant l'épaisseur de la neige, je vis trente-six chandelles, et les particules granulées laissèrent leurs empreintes sur mon front.
Le voyageur en ces districts trouve difficilement des quartiers d'une propreté tolôrable, et même ceux dans lesquels il est finalement obligé de se tenir ne sont propres qu'en comparaison des autres. Beaucoup de Lapons des rivières sont terriblement sales; mais l'épuisement force le voyageur à s'arrêter sous leur toit. Par un beau temps d'hiver, il sait exactement où il peut stopper et reposer sans encourir un tel désagrément;
A minuit, nous arrivâmes devant une maison isolée où nous trouvâmes u\\ homme plongé dans un profond sommeil, couché tout nu entre deux peaux île mouton noires de saleté. Il y avait une telle ordure dans celle chambre et la vermine y semblait si abondante que je ne pus y rester. Mon Lapon, très fatigué, ne semblait pas partager mon sentiment, vnv il était accoutumé à la malpropreté, et voulait arrêter. Après une course d'environ 60 milles depuis Sirma, j'atteignis Port, au bout de quinze heures de route, y compris quatre heures à Utsioki el une heure de repos pour les rennes sur la rivière. Ici, la chambre principale était un autre modèle de saleté; les lits" malpropres avaient été remplis de vieux foin : dans l'un se trouvaient trois enfants, dans l'autre deux femmes, une vieille et une jeune, el dans le troisième le mari, la femme et un enfant. Aucun n'avait le moindre vêlement; ils s'enveloppaient dans des peaux de mouton dégoûtantes. Une me fut pas facile de réveiller l'homme, que je dus secouer plusieurs fois avant de réussir. Il passa 3 longue chemise de laine,
entra dans une autre chambre el fil du feu dans le poêle, .le fus heu-
Lapons montagnards de Ivorosjok.
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