‹ Un hiver en LaponieChapitre 78 sur 228 · LES FORÊTS DE SAPINS 20<J · texte numérisé non relu

LES FORÊTS DE SAPINS 20<J

Pour les Lapons, le printemps était venu, et tous étaient vêtus de leurs longs costumes en vatlmal. Les femmes ne portaient point de ceinture chez elles et semblaient être ainsi dans de grandes robes de chambre. Les Lapons de Karasiok et ceux de leur voisinage se font remarquer par leur beau physique et sont les plus grands de ce peuple étrange; le maître d'école n'avait pas loin de six pieds; les femmes aussi sont de haute taille et solidement bâties; leurs pommettes sont saillantes; beaucoup ont des cheveux foncés et il en est peu de blondes ; elles ont généralement les yeux d'un gris verdâtre, mais on en rencontre avec des yeux noirs; les yeux bleus et les cheveux blonds sont rares. Beaucoup proviennent de sang mêlé et portent tous les signes caractéristiques de la race prédominante. Les hommes se coiffent de bonnets carrés en flanelle rouge ou bleue, ornés de duvet d'eidcr; les femmes mettent dans leurs coiffures des carcasses de bois qui leur donnent un air singulier. Les habits d'été sont généralement bleus; quelques-uns en ont de blancs avec des rubans de couleur éclatante.

Des forêts de sapins, remarquablement belles, se faisaient voir sur les bords de la Karasioki et de la Tana; certains arbres atteignaient 18 et 20 pouces de diamètre; ils poussaient sur les terrasses alluviales et disparaissaient graduellement à mesure que le sol s'élevait, pour reparaître de l'autre côté du talus, vers Karesuando. Une fois coupés ils ne repoussent plus, comme plus loin au sud, et c'est à peine si l'on voyait de jeunes arbres ; dans les circonstances favorables, il faut de deux cents à trois cents ans pour qu'ils atteignent leur pleine croissance. Le pays au loin est couvert de gravier glaciaire; le fond des rivières et des "vallées se compose de matières stratifiées, de sable fin en quelques endroits, et, dans d'autres, de gravier grossier. Nous avons déjà dit précédemment qu'on trouve de l'or dans ces régions, mais aucun essai n'a été tenté pour utiliser cette découverte. Ici, les forêts appartiennent au gouvernement et il faut une permission spéciale pour les abattre; les arbres à couper sont marqués par le lendsmand, et l'on paye lanl par arbre. Les règlements sont tellement stricts que les endroits de eoupe sont indiqués, et même les arbres qui doivent servir pour le chauffage sont marqués tous les ans. L'été est trop court pour que les céréales puissent mûrir. Le climat de Karasiok est chaud en élé et excessi-

vement froid en hiver. A cette époque de l'aimée, dans ces latitudes élevées, les variations quotidiennes de température sont très grandes.

Le soleil était devenu si brûlant, qu'il me fut impossible de voyager de jour, je dus le faire pendant la nuit. A cinq heures du soir, la neige recommençait à geler; le renne pouvait alors marcher et les kerres glissaient facilement. A Karasiok, le 2 mai, le crépuscule n'était pas aussi brillant qu'à Vardœ le 24 avril, parce que l'endroit est plus au sud. Le moment le plus obscur de h nuit arrivait un peu après onze heures ; mais alors môme on pouvait lire. On distinguait encore Jupiter et Vénus à une heure et demie, mais on n'apercevait aucune autre planète.

Un après-midi, au coucher du soleil, un cortège funèbre traversa Karasiok. Un Lapon, venu de très loin, conduisait un kerres auquel était attaché un autre — le cercueil — et une jeune femme laponne suivait par derrière. Ces deux gens venaient de faire 03 milles pour enterrer un vieillard qui était décédé à l'âge de quatre-vingt-seize ans. Le lendemain, je suivis le convoi jusqu'à la tombe; trois personnes munies de cordes et d'une scie, avec l'homme et la femme déjà cités, le composaient. Les hivers sont si rigoureux en Laponie et dans bien des parties de la Scandinavie, que le sol est gelé à une profondeur considérable cl qu'il offre autant de dureté qu'un roc; c'est pourquoi, en automne, ou creuse une fosse commune dans laquelle on dépose les morts jusqu'au printemps, époque a laquelle on les déplace pour les mettre dans les tombes de leurs familles respectives. Le cimetière n'étant pas loin, nous marchions lentement et en causant jusqu'au monastère où nous arrivâmes à l'entrée On ne voyait au-dessus de la neige que les sommets de trois croix de bois ; sur l'une d'elles était écrit en grandes lettres grossières, M. I D ce qui signifiait, probablement, Marit, fille d'Ivor. Les planches qui couvraient le trou, pour empêcher la neige de le remplir, furent enlevées, et au tond nous vîmes quatre cercueils ; c'étaient des kerres couverts, dont les extrémités avaient été sciées. Ils scièrent aussi celles du kerres que l'on apportait, le descendirent dans la fosse, sur laquelle ils replacèrent les planches, mais non avant que chacun v eut jeté un peu de terre et dit une prière silencieuse

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