Thermomètre de Fahrenheit
traîné le bagage; les enfants, montés sur des patins à neige, couraient tout alentour à la recherche de branches de genévrier et de bouleau nain pour combustible, et, tout près de là, on voyait un grand troupeau de rennes dont prescpie tous étaient couchés dans la neige. Ils venaient de loin et semblaient trop fatigués pour chercher la mousse en creusant. Les chiens, blottis près du feu, paraissaient épuisés.
Nous fûmes bien accueillis clans la tente, où immédiatement on nous servit du café, du lait, et l'on tira d'un petit sac les cuillers d'argent, Cecim'étonna, car la saison de traire n'était pas encore venue; les femmes s'en aperçurent et me firent remarquer que c'était du lait de vache, que leur mère, qui demeurait à Kautokeino, leur avait donné la veille. « Alors, dis-je, votre mère n'est pas une Laponne montagnarde? — Non, répondit l'une d'elles; mais, j'ai épousé un Lapon montagnard et je dois suivre les rennes; cependant, je vais souvent à Kautokeino voir mes gens. J'ai une sœur en Amérique. » — Je crus avoir mal compris. « Oui, reprit-elle, j'ai une sœur à Chicago; elle se nomme Ella. Elle a épousé un homme de Tromsœ et ils sont partis pour Chicago. Ma mère vous donnera son adresse quand vous irez à Kautokeino. » Pendant qu'elle parlait, elle lavait les tasses et les cuillers avec de l'eau de neige qu'elle avait fait fondre dans un pot de fer sur le feu. Puis elle prit du sucre dans un petit coffre, pour mon usage personnel, le cassa avec ses dents et remplit la tasse jusqu'au bord; elles font toujours ainsi, car elles rougiraient de paraître avares. Quand je partis elle me dit : « N'oubliez pas d'aller voir ma sœur, et dites-lui que nous nous portons tous bien, et que Dieu est bon pour nous. Que Dieu la bénisse! c'est souvent notre prière. »
Je vis sa sœur à Chicago dans l'hiver de 1878. Personne ne s'imaginerait qu'elle est Laponne ; sa tenue bienséante, ses yeux noirs, ses cheveux foncés et ses pommelles hautes ne l'indiquent pas. Son mari était tailleur ; ils vivaient modestement, mais confortablement et la piété de leur foyer septentrional les avait suivis dans leur nouvelle demeure. Plusieurs Lapons de Finmarken ont émigré en Amérique où iïs se disent Norvégiens. Il en est qui sont devenus riches, un entre autres qui habite une belle maison et a un grand magasin. Beaucoup de Lapons sont bien élevés, et l'on en trouve en Norvège qui pratiquent les professions de marchand et d'instituteur; ils oui beaucoup
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