TOILETTE DE BEBES LAPONS
café, du sucre, etc. Comme de coutume, ils •dormaient par terre sur des peaux ; à cette époque, par suite de la multitude des hôtes, les maisons étaient particulièrement malpropres et on ne pouvait les nettoyer qu'après le départ de la foule. Chaque chambre abritait au moins dix personnes, qui y faisaient leur cuisine et qui jetaient sur le plancher les os et les débris de leurs victuailles; tous fumaient ou prisaient (car ce sont d'enragés priseurs); ou bien ils chantaient, jouaient aux cartes, riaient ou causaient. L'accueil fait aux amis était cordial, d'autant plus que plusieurs mois allaient se passer avant de les revoir. Lors de ces visites, les invités apportent leurs provisions. L'hospitalité de l'hôte est sans bornes quant au logement; il reçoit généralement un grand morceau de viande de renne, ou une paire de gants ou de souliers quand un ami s'en va. Durant son séjour, l'invité régale son hôte et sa famille de café, et ceux-ci lui rendent la politesse avec le même breuvage ; lorsqu'ils sont très bons amis, la femme cuit du pain pour eux; l'aliment principal est la chair de renne, mais on mange aussi du pain, du beurre cl du fromage. Ce que les Lapons boivent de café est presque incroyable ; la bouillotte est constamment sur le feu. A Kautokeino, le grand mouvement commence à Pâques et continue jusqu'au 10 ou au 15 mai.
Ce qui m'amusait toujours, c'était de voir les bébés lapons clans leurs katkem ou komse. Ces berceaux sont faits d'un seul morceau de bois et ont environ deux pieds et demi de longueur, sur quinze à dix-huit pouces de largeur; la mère suspend ce berceau à son épaule et souvent elle affronte ainsi de terribles tempêtes dans ses courses hivernales. Par les grands froids, on les couvre d'une peau supplémentaire. On laisse les enfants dans ces berceaux jusqu'à ce qu'ils commencent à marcher.
Les bébés lapons sont tenus très proprement et lavés entièrement tous les jours. En entrant clans une maison, je vis un enfant couché par terre sur une peau et criant furieusement. Sa mère, grande et belle femme, aux cheveux châtain foncé, aux yeux bleus, se tenait à côté de lui et préparait sa toilette avant de le mettre dans son berceau. Elle avait devant elle un grand vase de bois rempli d'eau chaude, dans lequel elle trempait sa main pour en apprécier le degré, et y ajoutant de la froide quand c'était nécessaire. Lorsque tout fut prêt.
elle déshabilla l'enfant, et, le mettant dans un grand bassin ovale de bois ou baignoire, elle posa sur lui une couverture de coton; puis elle enveloppa de cette couverture le vigoureux petit gaillard qui piaillait de toutes ses forces, mais qui s'arrêta dès qu'il se sentit dans l'eau; elle le lava jusque par-dessus la tête, puis l'essuya avec douceur. Le berceau était garni au fond de beau lichen, doux et bien sec
Lapon norvégien.
sur lequel on avait étendu une petite couverture de colon. Le bébé tout nu était couché dessus et enveloppé d'un morceau de vadmal cl d'une peau de mouton, le tout retenu par une corde passée dans des trous de chaque côté du berceau. Ce procédé ne lui plut pas énormément, car il continua de pleurer et ne se calma que quand sa. mère lui donna le sein. Chaque jour l'enfanl était traité ainsi et préservé de la vermine.
TROUPEAUX DE HENNES 221
La fin d'avril elle commencement de mai constituent la saison où le renne met bas ; la période de gestation dure trente-trois semaines ; on porte les petits ou bien on les met dans un traîneau. Quand la femelle appelle son petit, elle fait entendre un grognement particulier auquel répond le veau. Beaucoup d'animaux avaient déjà perdu leurs cornes. Les grandes cornes ressemblaient à celles des cerfs; la femelle est plus massive que le mâle; elle a les membres plus forts, la tête plus
Renne avec un paquet, et son conducteur lapon.
Souliers d'été lapons.
courte, le museau plus grand et plus large, à peu près comme celui d'une vache; ses sabots sont plus développés et [dus grands. Le poil est gris, grossier et très épais, surtout en hiver; il a quelquefois une longueur de deux pouces ; la couleur du dos esl plus foncée; elle esl presque blanche sous le ventre; les jeunes sont d'une nuance plus tendre que les adultes. La couleur varie considérablement chez les différents troupeaux et c'est souvent ainsi que leurs propriétaires les reconnaissent.
Les rennes ne sont jamais mis à l'écurie ; ils aiment le froid et la neige. On ne les nourrit pas ; ils ne touchent pas à la mousse qui a été recueillie, à moins qu'on ne les y ait habitués. Souvent ils ne lèvent même pas la tête quand on les approche, et, comme nous l'avons vu, ils restent tranquilles quand les Lapons plantent leurs tentes. Certaines années sont défavorables pour leur accroissement, quand il y a trop de neige, ce qui les empêche de fouiller pour trouver leur subsistance ; le troupeau alors s'affaiblit, maigrit, et beaucoup meurent. Le printemps, non plus, n'est pas bon pour eux ; la neige fond pendant le jour, et, la nuit, elle forme une croûte qu'ils sont forcés de briser, ce qui leur cause des maladies et les fait boiter. Les cornes des mâles, qui pèsent souvent 40 livres, atteignent toute leur taille à cinq ou six ans ; celles des femelles à quatre ans. L'époque où elles tombent varie de mars à mai ; chez les adultes, elles atteignent leur taille complète en septembre ou au commencement d'octobre. Après huit ans, les branches s'en vont graduellement. Les omoplates paraissent un peu hautes et occasionnent une légère bosse ou protubérance. Sans le renne les Lapons ne pourraient exister dans ces régions septentrionales ; c'est leur cheval, leur bête de somme, leur nourriture, leurs vêtements, leurs souliers et leurs gants.
Les rennes domestiques sont un curieux mélange de sauvagerie et de soumission. A certains égards, ils sont bien supérieurs à tout autre quadrupède; en troupeau, on les élève facilement; ils restent habituellement ensemble, et, en hiver, ils demeurent où on les laisse pour se nourrir. En marche, à l'aide des chiens, ils vont en masses solides, et un troupeau ne s'éparpille pas, à moins que les loups ne viennent les attaquer ; mais, en été, quand on les laisse à eux-mêmes, ils errent au loin et à de grandes distances. Quand on les harnache, ils deviennent inquiets et défiants et il faut prendre de grandes précautions pour qu'ils n'échappent pas. Souvent le renne, quoique bien dressé, de même que le cheval, se montre réfractaire ou vicieux et il est très difficile à diriger ; c'est alors que le Lapon prouve son habileté. A l'époque du rut, la rencontre de deux troupeaux est imposante; les mâles s'avancent l'un contre l'autre pour se charger.
La vitesse des rennes varie beaucoup selon le moment de l'année ; octobre, novembre et décembre sont les mois où ils sont le plus rapides,
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