CHAPITRE XVI
Mœurs primitives, — « Honni soit qui mal y pense! » — Un peuple areadien. — La Sauna ou Badstuga. — Coutume de se baigner Ions les samedis. — Mon premier bain de vapeur. — Intérieur de la Badstuga. — Chaleur torride. — Eau froide. — Flagellation mutuelle! — Sortie de la Badstuga. — Sensation délicieuse à l'air froid. — Je nie roule dans la nei c. - Retour à la ferme. — Une scène primitive.
Les mœurs décrites en ce chapitre régnent dans la partie la plus septentrionale de la Suède, de la Norvège et "de la Finlande; on les rencontre aussi dans quelques endroits écartés d'autres provinces, plus spécialement clans la région entré le golfe de Bothnie et le cap Nord, bien qu'autrefois elles aient régné plus au sud et probablement par toute la Scandinavie. Il en est qui prouvent une innocente simplicité dont je fus étonné d'abord. Ce qui me frappa, le plus, c'est que ces gens n'y voyaienlpas la moindre impudeur et qu'ils étaient inconscients de tout mal; aussi la devise anglaise : Honni soit qui mal 1/ pense ! me revient-elle à l'esprit, et c'est sur le principe de cette devise que je prie le lecteur de lire ce chapitre. Je décris simplement des choses que j'ai vues dans mes voyages. Ces mœurs, comme beaucoup d'autres, disparaîtront, et je veux conserverie souvenir de ce qui, bientôt, ne sera plus qu'une chose du passé!
Si je n'avais l'ait que visiter une fois ou Amx ce pays, sans y demeurer 1res longtemps à chaque voyage, j'aurais entièremenl ignoré m:r
foule de ses coutumes. Ce que je constate ici ne provient pas d'ouïdire ; c'est le résultat de mes observations personnelles, lesquelles confirment le fait que plus un peuple est éloigné des grands centres de civilisation, plus il est primitif, plus étranges sont ses habitudes, et ses usages plus honnêtes et plus simples. Partout où j'allais j'étais reçu avec des démonstrations de joie et des exclamations de bonheur. « Soyez le bienvenu, Paul ! vous voilà de retour de chez les Lapons ! » Tels étaient les premiers mots dont on me saluait dans les fermes et les hameaux où je m'étais arrêté plusieurs fois déjà. Ma manière de vivre parmi eux comme si j'eusse été un natif m'avait acquis leur confiance et leur estime. Ils avaient appris de plusieurs façons à savoir qui j'étais, et. si quelque crainte leur était d'abord venue à l'esprit, il n'en restait plus l'apparence. Ce n'est que comme ami et frère que l'on peut entrer dans les secrets des ménages et obtenir la connaissance approfondie de leur vie réelle.
Voici comment j'en fis l'expérience : J'exprimai le désir de prendre un bain chaud, et aussitôt on en commença les préparatifs. L'étable aux vaches subit une complète transformation ; le grand pot de fer, enchâssé dans une solide maçonnerie et qui sert à cuire le fourrage pour le bétail, fut nettoyé de fond en comble et rempli d'eau ; quand elle fut chaude, on éteignit le feu ; on avait balayé partout et répandu de la paille pour que je pusse marcher sans me salir les pieds. Je venais d'entrer dans la cuve, lorsqu'une vigoureuse jeunefille de vingt ans sauta dedans tout habillée en me disant : « Paul , je suis venue pour vous aider. » A peine avait-elle prononcé ces mots, qu'elle se mit à me frictionner avec du savon de la façon la plus énergique, puis elle me flagella avec des ramilles de bouleau. La seule chose que j'eusse à faire était donc de me considérer comme son petit frère et de me laisser frotter avec docilité. J'ai été soumis au même traitement, moins la flagellation, à Stockholm et dans d'autres villes ; mais les femmes auraient pu passer pour mes grand'mères tant elles étaient vieilles.
Une des institutions les plus caractéristiques du pays, c'est la Sauna (maison de bain) appelée Badstuga en suédois. C'est une petite maison en rondins, bien close, sans fenêtres, ayant une seule ouverture au dessus pour laisser sortir la fumée ; au centre est une construction en forme de four, en pierres détachées, sous lesquelles on l'ait du feu jusqu'à ce