‹ Un hiver en LaponieChapitre 88 sur 228 · MON PREMIER RAIN DE VAPEUR · texte numérisé non relu

MON PREMIER RAIN DE VAPEUR

qu'elles soient brûlantes ; on éteint alors le feu et les femmes nettoient partout, enlèvent la suie, les cendres et ferment l'ouverture de la fumée. On apporte à l'intérieur un grand vaisseau rempli d'eau, dans lecpiel trempent généralement des brindilles de bouleau qui doivent servir de verges. La maison de bain est isolée et à une certaine distance des autres bâtiments ; c'est une mesure de précaution pour le cas où elle prendrait feu. Tous les samedis soir, été comme hiver, dans toute la contrée septentrionale, on voit la fumée sortir de ces huttes. Il est de coutume invariable pour toute la maisonnée de prendre un bain ce jour-là ; le travail de la semaine est fini et le commencement du dimanche est venu. Après s'être lavés, tous mettent du linge propre et leurs meilleurs vêtements.

L'étranger, l'habitant des villes qui passe, ne se baigne pas avec eux; il peut avoir un bain, mais tout seul. Ce ne fut que quand ils me regardèrent comme un des leurs que j'eus la permission de les accompagner; alors les voisins, jeunes et vieux, voulurent souvent venir se baigner avec Paul et lui tenir compagnie. Je me rappellerai toujours mon premier bain en famille. Un samedi après-midi, lorsque les filles eurent fini de nettoyer la badstuga, deux jeunes gens de mes amis s'écrièrent : « Paul va prendre un bain avec nous aujourd'hui ! — Oui, oui ! » s'exclamèrent les autres, parmi lesquels se trouvaient le père et la mère delà nombreuse famille. Il faisait un froid pénétrant, le sol était couvert de neige et je fus heureux que la salle de bain ne se trouvât qu'à un jet de pierre de l'habitation. De ma fenêtre, je remarquai plusieurs jeunes filles se dirigeant à pas rapides vers ce lieu, dans un costume qui me rappelait celui de l'Afrique, moins la couleur de la peau. Je ne m'étonnai pas de leur marche précipitée avec le thermomètre au-dessous de' zéro. Bientôt après, trois vieilles femmes prirent le même chemin depuis une ferme voisine, mais les deux plus âgées portaient des écharpes autour de la taille ; d'autres jeunes femmes les suivirent et ne tardèrent pas à se dérober à ma vue derrière la porte qu'elles fermèrent sur elles. « Il doit y avoir une sorte de réception au bain, » pensai-je. Plusieurs vieillards se montrèrent aussi et furent suivis par des jeunes gens et des enfants de toute taille; aucun ne portait de vêtements et tous allèrent rejoindre la foule à l'intérieur.

Quand je vis le champ libre, je me dis qu'il était temps de courir jusqu'au bâtiment. Je sortis de ma chambre en me pressant autant que possible, n'étant pas plus vêtu que ceux qui m'avaient précédé. Je poussai hâtivement la porte et je fus accueilli par les acclamations de toute la compagnie. La chaleur était si intense, que je pus à peine respirer et je priai que l'on n'augmentât pas la vapeur pendant un certain temps ; la transition subite de 20 degrés au-dessous de zéro à une telle atmosphère m'accablait. Quand mes yeux furent accoutumés à l'obscurité du lieu, je pus, au moyen de la faible lumière qui perçait à travers les fentes de la porte, reconnaître mes amis. Il y avait plus de monde que d'habitude , tous les voisins étant venus pour se baigner avec Paul. D'abord je m'assis sur un des bancs inférieurs, puis sur un autre plus élevé. On jeta de l'eau sur les pierres brûlantes, ce qui produisit un tel volume de vapeur, que je ne pus l'endurer et redescendis de mon banc afin de respirer plus librement. Au bout de peu de temps, j'étais eu transpiration abondante; peu à peu on augmenta la vapeur en jetant de l'eau sur les pierres, jusqu'à ce qu'enfin l'air chaud et la vapeur devinrent presque intolérables.

Par moments, nous nous jetions de l'eau froide l'un à l'autre, ce qui nous causait une délicieuse sensation; puis, avec les brindilles, nous flagellâmes nos dos et nos reins jusqu'à ce qu'ils nous fissent mal. « Laissez-moi vous fouetter, Paul, me disait une belle demoiselle ou un jeune garçon, et, après, vous m'en ferez autant. » C'est une opération bienfaisante qui active la circulation du sang. — Au bout d'une demi-heure, mes gens commencèrent à s'en aller, après s'être soumis à une flagellation finale dans laquelle on leur jetait de l'eau froide sur le corps; ils retournaient alors chez eux aussi peu vêtus que quand ils étaient venus. Lorsque je sortis de la hutte, j'éprouvai un bien-être indéfinissable; l'aspiration de l'air froid me donnait une nouvelle vigueur et me réjouissait; je me roulai dans la neige, comme je le vis faire par les autres, puis je courus à la ferme. Dans certains endroits les hommes et les femmes ne rentrent pas ensemble ; les vieilles femmes portent une écharpe autour des rems lorsqu'elles vont au bain on qu'elles en reviennent. J'étais sorti de la maison de bain par une température de 33 degrés au-dessous de zéro. On ne court point

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