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tion avec le danger dont elle pouvait se croire menacée. Sur placC;, on ne raisonne pas tant, et je n'eus aussitôt qu'une idée, celle de la rassurer sur ma discrétion. Je pris sa petite main. Je la lui baisai aussi délicatement que jadis, et je lui rappelai sur un ton de demi-plaisanterie affectueuse notre dernière rencontre.
— «Ainsi, c'est bien vous, » commençai-je, «vous, Tendresse et Malines!... Nous aurions été bien étonnés, avouez-le, si l'on nous avait raconté, quand nous soupions avec ce pauvre Vernantes, que nous nous retrouverions ainsi?»
— « Ne riez pas. il n'y a vraiment pas de quoi, » répondit-elle d'un Ion altéré par une angoisse qui commença de m'étonner. « J'ai voulu vous parler et d'abord vous dire merci... »
— " D'avoir compris que vous ne vouliez pas être reconnue? C'est Va Z> c de la sympathie, cela, et j'ai hérité un peu de celle que François avait pour vous... » Et, pour maintenir, malgré elle, la causerie sur le ton de familiarité gaie par où j'avais commencé : « Mes compliments, d'ailleurs. Vous les choisissez bien... "
— a Ah! taisez-vous, » interrompit-elle, d'un accent plus étouffé encore, en me prenant le bras, qu'elle me serra de toute sa force.
« Vous ne savez pas à quoi vous touchez... »
— « Comment? « dis-je, et sans raillerie cette fois : « Vous n'êtes pas heureuse?... Il ne vous aime pas?... »
— « Taisez-vous, par pitié, » répéta-t-elle, " taisez-vous! » Puis, lâchant mon bras : « C'est tout naturel. Vous ne savez pas. Vous le prenez pour mon amant... » Et, avec une voix que j'entends encore, elle ajouta : «C'est mon Hls... :,
Cette phrase, tombée entre nous deux, si simplement, si brusquement, fut suivie du silence douloureux dont s'accompajjncnt certains aveux, solennels à force d être irréparables. Je ne doutai pas un instant (jue Blanche ne me dît la vérité. Pourquoi m'eût-elle menti? D'ailleurs, certains accents, certains mots aussi, ne peuvent pas mentir. Ce que Vernantcs m'avait raconté sur cette étrange lille, sur ses soudaines reprises de délicatesse et de bonté dans lexistence la plus contraire à ces vertus,
sur son romanesque et sur sa fantaisie, me revint à l'esprit . Quand cet ami , le plus pareil à moi, par certains coins de sensibilité morbide, de ceux auxquels je survis, se complaisait à me portraire en héroïne de roman cette pécheresse professionnelle, je haussais les épaules. Mes rares rencontres avec elle m'avaient seulement donné l'idée d'une liberté dans les mœurs et d'une folie de grâce dans la toilette peu conciliables avec des émotions secrètes et profondes. Et, tout d'un coup, voici que j'apercevais, dans cette créature de frivolité et de caprice, une énigme plus poignante encore que les attendrissements maladifs de Vernanles ne me l'avaient fait pressentir. Ainsi la femme entretenue se cachait sous un faux nom dans ce coin retiré d Italie pour y vivre en tête à tête quelques semaines, quelques jours, avec son fils!... Son fils? Était-ce possible? Ce frêle garçon aux jolies manières, à la physionomie fraîche, aux yeux candides, paraissait avoir une éducation si différente de celle que supposait le milieu de sa mère? Ignorait-il quelle était cette mère? Était-ce pour le tromper qu'elle s'était inscrite sur
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les registres de Fhôtel sous ce nom de vaudeville. Mme de La Charme? Avait-elle réalisé ce prodige de vivre deux vies, d'être deux femmes, la Mme de Saint-Cygne des premières, des courses, des soupers fins et du reste, — et cette autre femme qui se tenait devant moi, bouleversée jusqu'à l'horreur par ma confusion de tout à l'heure quand j'avais pris ce fils pour un amant? Une pareille dualité était insensée. Elle était vraie pourtant, je la sentis vraie, avant même que je n'eusse reçu cette confession lamentable dont je me souviendrai toujours, confession prise et reprise, chuchotêc et criée tour à tour sur cette grève solitaire, durant les trois quarts d'heure que nous y })assàmes, elle, assise maintenant auprès de moi, et tous deux n'osant pas sortir de l'ombre. Si (|ucl(|u un des habitants de l'hotcl nous avait seulement vus enseml)le et qu'il 1 eût rapporté au fils, Blanche aurait dû avouer qu(î nous nous connaissions. Gomment expli(|ucr alors pourquoi je ne l'avais pas saluée à table d'hôte? Elle avait tiop réfléchi à sa situation pour ne pas en savoir le danger constant : la cruelle révélation viendrait, si elle devait jamais venir, d'une
toute petite imprudence qui éveillerait chez l'enfant le premier soupçon. Mais la pauvre fille était dans une de ces crises où nous subissons instinctivement, presque animalement, le besoin d'un témoin, d'un autre être à qui nous montrer, de qui implorer l'appui, par qui nous faire suggérer ce que nous n'osons pas vouloir. Par ce soir de détresse, je lui représentais cette chose, aussi souhaitée qu'inespérée : un confident qui 1 écoutât, qui la comprît. Je ne m'en étonnai pas trop. Je l'ai constaté souvent, les écrivains qui font profession d'analyser les passions humaines produisent sans cesse de ces phénomènes d'une défiance ou d'une confiance également excessive, également imméritée.
Gei'taines personnes ne peuvent se trouver avec eux face à face sans leur attribuer un pouvoir quasi magique de pénétration intime qu'elles réclament ou, suivant l'occurrence, dont elles ont peur. Elles ne se doutent pas que la force d'observation déployée par un auteur dans ses ouvrages n'est jamais directe. Ce n'est même pas une force d'observation, c'est une force de construction, et qui, au lieu de nous aider à bien voir, s'interpose le plus souvent entre
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• nous et les clioses, pour nous les déformer. Je venais d'en donner à Blanche la preuve la plus humiliante en lui parlant comme j'avais fait. Un mot suffit pour qu'elle l'oubliât et n'aperçût plus en moi que l'ami de François Vernantes d'abord, et surtout le docteur es sciences sentimentales dont elle mendiait la consultation, — infortuné docteur qui n'a jamais su se traiter lui-même!. ..
— a Je vous demande pardon, » lui avais-je dit, pour rompre ce cruel silence, « si j'avais su! "
— " Ah ! » répondit-elle, < j'ai tant cru que vous saviez, que vous deviniez, quand je suis entrée dans la salle à manjjer et que vous ne m'avez pas saluée... Dieu! Quelle heure je venais de passer depuis que Mme Balbi m'avait dit qu'un Parisien était dans l'hôtel et qu'elle vous avait nommé!... Un mot, et vous comprendrez mon agonie : mon fils ne sait pas qui je suis. Mais c'est toute une histoire à vous raconter... Je ne peux pas. Le temps m'est mesuré pour ce que j'ai à vous demander... S'// nous surprenait seulement.,. Non! Ce n'est pas ////'.. . )i
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Une forme masculine s'approchait, qui nous dépassa sans prendre garde à nous. C'était un paysan quelconque et qui chantonnait une phrase musicale de la Cavalleria rusticana^ la plus populaire et la moins heureuse : « Viva il vino spumeggidiiie... » Comme la voix s'éloignait, ma compagne me prit la main, qu'elle mit sur son cœur, pour m'en faire sentir les battements, avec une familiarité où je ne pensai pas à reconnaître un signe de son métier de galanterie. Ce cœur sautait à lui rompre la poitrine, et j'essayai de la calmer.
— « //ne viendra pas, ni lui, ni personne. Mais vous n'avez pas besoin de rien m'expliquer. Dites-moi seulement ce que vous désirez, et je le ferai. Je vous dois une réparation, d'abord... »
— « Aucune, » fit-elle vivement, « mais merci d'avoir un peu de pitié pour moi... J'en mérite beaucoup, je vous assure, quoique je ne me plaigne pas souvent. Il faudrait dire ce que presque personne ne sait, ce que Vernantes n'a pas su, ce que vous ne sauriez pas, si le hasard ne vous avait pas amené ici... Le hasard? Non, peut-être quelque chose d'autre... Je suis hor-
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riblement fataliste, voyez-vous, et c'est pour cela que je suis descendue dans la salle commune, ce soir, quoique je courusse le risque que vous vinssiez me parler devant lui. J'étais décidée à vous dire : — <i Vous méprenez pour une autre... » — Puis, quand vous êtes resté sans même faire un (jeste, et je voyais si bien que vous me reconnaissiez, alors j'ai pensé : C'est mon destin qui me l'envoie, et je vous ai cherché aussitôt le dîner fini... J'ai bien failli le regretter quand vous m'avez plaisantéc. Vous m'avez fait tant de peine!... Mais c'est une douce peine, puisque vous venez de me faire tant de bien en me plai(jiiant... »
— « J'ai compris que vous souffriez, " lui répondis-je, « il ne fallait pas Ijeaucoup d'intelligence pour cela. . . Un peu de cœur suffisait. . . "
— « Un peu de cœur, » répéta-t-elle, avec cette espèce de mutinerie désenchantée qui m'était restée dans le souvenir comme le trait le plus charmant de sa nature, et elle insista :
Il Un ])eu de cœur? Mais qui en a pour nous, quand il ne s'agit pas de nous faire la cour?... Je n'ai jamais eu !)eaucoup d'illusion sur ce que les hommes nous donneuf, allez, à nous autres,
Si j'en avais eu, je les aurais toutes perdues le jour où j'ai eu Percy. C'est son prénom, celui de son père, qui était Anglais. Il est à la Chambre des lords, aujourd'hui. Ce prénom, je le lui ai donné, par une dernière espérance qu'un jour, si le père le rencontre, il comprenne... Pauvre petit être ! Quand il a tressailli dans mon flanc, j'avais tant cru qu'il le porterait outre ce prénom, le nom de famille de ce père. Et puis, quand j'ai couru dire à cet homme : « Je « crois que je suis enceinte » , je l'entends encore me répondre, — oh ! c'était un Anglais très Parisien: u Pour une gaffe, Blanche, en voilà une « gaffe!...» Et quand j'ajoutai : « Mais c'est de ic toi!... )' il se mit à rire, d'un rire qui me glace le sang après des années, rien que d'y songer... C'était trop naturel qu'il ne me crût pas. Il ne m'avait pas eue sage, et il ne vivait pas avec moi, qui avais pourtant eu, pour une fois, la bêtise d'aimer et d'être fidèle. Mais cela ne se prouve pas. Je n'essayai pas de lutter. J'ai la prétention d'avoir été un honnête homme tant que j'ai pu, si je n'ai pas été une honnête femme, et de n'avoir jamais commis une vilenie. J'ai toujours eu le tort d'élre fière, car
c'est un tort dans mon métier, parait-il!... Quand mon amant eut ri de ce rire-là, je me serais tuée plutôt que d'accepter de lui un sou pour l'enfant... C'est bien mon fds, allez. C'est mon fils à moi toute seule... J'avais à cette époque une rente viagère que j'ai toujours. Elle m'a été donnée par un des Wérékiew, vous ne l'avez pas connu? Un drôle de garçon, très original, et qui avait, lui aussi, un peu de cœur. Il me l'avait envoyé, ce coupon de rente, le môme jour qu'un buggy , dont j'av^ais eu l'envie, en m'écrivant sur sa carte : « De la part « du prince W. . . , une voilure et un garde-crotte « pjour vos malines. » — Vous vous rappelez les plaisanteries de Gladys et mon sobriquet? C'est vrai que ces pauvres douze mille francs par an m'ont souvent servi de garde-crotte. Sans eux j'aurais été bien embarrassée alors. J'avais tout quitté pour cet amant dont j'étais enceinte, et je ne voulais j)as le levoir... IMais j'ai été cJtic, >' ajouta-t-ellc en cnq)loyant, avec le plus coquet hochement de tôle, cet abominable terme d'argot, « j'ai fait ma première vente et j'ai plongé. Tout Paris m'a crue en bonne fortune dans quelque château de Pologne
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OU de Hongrie. J'avais exécuté déjà une fugue de ce genre. En fait de château, j'étais tout bonnement en train d'accoucher dans une petite ville de province, dans le Nord, chez de braves gens qui m'avaient loué un appartement meublé... Encore la destinée. Je pouvais tomber sur des maîtres chanteurs qui essayassent de savoir qui j'étais, d'où je venais. Ceux-là ont tout cru — ou ils ont fait semblant de tout croire — de l'histoire que je leur racontai : je m'étais donnée à eux pour la veuve d'un officier de marine mort dans un naufrage, Mme de La Charme. — La Charme, c'est mon village natal, pas bien loin d'Ingrande. J'avais espéré que ça me porterait bonheur. — Et voilà comment Percy est né... »
— « Et à la mairie, 5) lui demandai-je, « vous n'avez pas eu de difficulté? v
— i! Ce fut tout un drame, » reprit-elle. « Je vous ai dit que ces gens étaient excellents. Quand j'ai vu qu'ils allaient, sur ma seule affirmation, déclarer l'enfant comme fils d'une veuve et faire un faux témoignage, c'a été plus fort que moi, je n'ai pas pu. Toujours le fond d'honnête homme. Je leur ai avoué qui j'étais
et que je leur avais menti, et tout le reste. Ah ! les braves cœurs ! Eux aussi, ils ont eu pitié de moi, et c'est chez eux que mon fils a grandi. G est eux qui me l'ont gardé jusqu'à leur mort, il y a quatre ans... Des êtres comme ceux-là, comme ce vieux mari et comme cette vieille femme, ne devraient jamais partir... "
— " Vous me permettez une question? » interrogeai-je. " Vos hôtes ont dû, tels que vous me les décrivez, avoir I idée que vous resteriez avec eux. Vous aviez, non pas la fortune, mais l'aisance. Ces pauvresdouzemillefrancs, comme vous dites, c'était la liberté, — de quoi élever cet enfant que vous aimez, de quoi... »
— « De quoi ne plus être une Mme de Saint- Cygne, » interrompit-elle, en continuant la phrase irréfléchie que j'hésitais à finir. « Voilà ce que vous pensez et que vons n'osez ])as me dire. Ah! pensez-le. Ah! dites-le. \"ous a\ez raison, trop raison. C'est la plaie, cela. C'est la grande plaie ! » Et, avec une amertume infinie :
« One voulez-vous? Je n'ai pas pn... Il y a des femmes qui ne sont que des mères, môme dans notre monde. II v a desfemmes qui nesont que des amoureuses, même dans le vrai monde.
Moi, j'étais les deux. J'ai aimé mon fils, dès le jour où je l'ai eu entre mes bras, vivant, respirant, bougeant. Oui, je l'ai aimé, passionnément. Et puis, quand j'ai été guérie de mes couches, quand j'ai revu, dans l'armoire à glace de ce modeste appartement, la Blanche mince et svelte que j'étais redevenue, une irrésistible nostalgie m'a saisie... De quoi? Ce n'est pas beau, mais il faut tout dire... La nostalgie du luxe auquel j'avais renoncé ces derniers mois, quand j'attendais mon enfant. Sans taille, toute déformée, travaillée dans mon sang, dans ma beauté, j'avais bien pu faire ce sacrifice. Maintenant que je me retrouvais telle que j'avais été avant la gaffe dont parlait mon amant, plus jolie encore, avec quelque chose dans mes yeux et autour de mon visage qui m'étonna moi-même, je me sentis écrasée de tristesse devant la médiocrité, la vulgarité des objets qui m'entouraient... Le souvenir des raffinements parmi lesquels j'avais vécu depuis des années s'empara de moi si fortement que ce fut comme une faim et comme une soif. J'éprouvai à cette minute que jamais, jamais je ne pourrais me passer de linge fin, de bas de soie, de dessous parfumés,
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de toilettes, de bijoux, de fleurs, de succès aussi et de fêtes. J'avais le venin dans le sang. J'étais une viveuse, — je le suis restée, tout en restant mère... C'est incompréhensible, c'est fou. Ce n'est pas ma faute, je suis ainsi... v
La farouche énergie d'une créature indépendante qui a le courage de ses sensations, même injustifiables, avait passé dans sa voix. Elle s'était levée maintenant, et nous marchions du côté de l'hôtel en contournant le quai du petit port, baigné d'ombre. Et de nouveau, sans que j'eusse trouvé une parole à lui répondre, avec une reprise de détresse dans son accent, tout à l'heure si hardi :
— « En tout cas, si j'ai été coupable envers Percy en ne lui sacrifiant pas ces terribles appétits de luxe, que j'en suis punie ! Tant qu'il a été un enfant, tout allait bien. Tout allait bien encore tant que son parrain et sa marraine vivaient. Je lui donnais tantôt huit jours, tantôt quinze, un mois plein quelquefois. Ils lui avaient dit — c'était convenu entre nous — que j'étais dame de compagnie dans une famille
très sévère. Percy est si simple cFùme, si peu défiant. Il le croit toujours. Pour combien de temps? Tout est devenu plus malaisé quand ces braves gens sont morts. Je m'en suis tirée pourtant. L'enfant avait ses études à finir. Je Tai mis en An[j[leterre, toujours avec l'idée de son père, pour trois ans, et puis deux ans en Allemagne. A présent, je penseàle faire voyager en Italie. Je Tenverrai en Amérique, pour un an ou deux encore. Mais après? Que vals-je en faire? Où le diriger? Vers quelle carrière qui me permette de l'empéclier de jamais venir à Paris, et de lui caclicr ma vie tant que Dieu permettra?... C'était pour causer avec lui de son avenir, pour le sonder, et aussi pour jouir de ses derniers moments d'adolescence, pour respirer dans mon oasis, que je l'ai fait venir ici. On me croit à Monte-Carlo, d'où ma femme de cliambrc me renvoie mes lettres... Et c'est au moment oii je prenais du courage pour les difficultés à venir qu'une autre a surgi, à laquelle je ne m'attendais pas et (jui m'affole... Percy a rencontré une jeune fille, anglaise comme lui, la fille d'un major général qui est à Tbôtel avec nous, et il est en train d'en devenir amoureux... »
— « Je devine. Vous êtes un j)cu jalouse, comme toutes les mères, » lui clis-je, « et vous appelez cela avoir peur pour lui... «
— « Je ne suis pas jalouse, » répondit-elle, et avec passion : « Ah! si je pouvais le donner à quelqu'un qui le rendîtlieureux et m'en aller, m'effacer, disparaître, mais ce serait le rêve de ma vie, cela! Pensez donc, le bien marier, lui donner la possibilité d'avoir une famille, des enfants, un intérieur... Mais ce bonheur, je ne peux pas le voler pour lui... Écoutez, « insistat-elle, « quand j'ai vu qu'il commençait de s'intéresser à cette petite Cynthia Cobay, mon premier mouvement a été de me dire : C'est une femme comme celle-là qu'il lui faudrait. Elle est si charmante, si douce, si fine, si vraie, pas trop riche, assez pour qu ils puissent vivre avec ce qu'aura Percy, — -je lui ai assuré deux cent mille francs pour le jour de sa vingt et unième année. — Elle est fille unique et sans autre proche parent que son père. Et puis, je n'eus pas plus tôt conçu la possibilité de ce mariage que l'honnête homme se révolta en moi de nouveau. Je me dis : S il se marie jamais, je n'aurai pas le droit de me taire, quand même