‹ Un homme d'autrefois;Chapitre 25 sur 56 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

LA marquise et ses enfants après quatre années d'émigration. — M. de Murinais et ses nouvelle^. — Henry sauve un soldat condamné à mort. — Il refuse d'aller à Vienne traiter d'un nouveau plan de campagne. — Salicetti et Bonaparte. — Rapports d'espions.

Un temps avait existé où Thorizon était sans nuages. Mais, après quatre années d'épreuves, le marquis Henry avait presque oublié cette époque heureuse, et, s'il s'en souvenait , c'était pour faire entre ces heures lointaines et rheure présente de douloureuses comparaisons.

A ces dates, surtout à celles du !•*• janvier, qui jalonnaient en quelque sorte ses douleurs, il sentait ses peines se renouveler plus aiguës. Ce sentiment se grandissait encore de la terreur avec laquelle le malheureux entrevoyait l'avenir : c'était quelque chose de semblable à cette vision du passé, qui, aux yeux du mourant, augmente ïeSroi qu'inspire un redoutable inconnu.

Sa femme et ses enfants lui restaient cependant; c'était auprès d'eux qu'il se réfugiait, cherchant là comme une protection contre lui-même.

c( J'ai besoin de sentir que vous vivez pour m'aimer et pour que je vous aime, écrivait-il le i*' janvier 1796. A cette date qui, comme tant d'autres déjà, servira de* point de repère à de nouvelles souffrances, je demande

à Dieu de nous laisser au moins notre mutuelle tendresse; elle seule rend la comparaison moins cruelle de ce qui fut et de ce qui est de' nous. Tant que vous me resterez, que les débris de ma famille ne me seront pas enlevés, mon cœur continuera de battre, et j'abandonnerai sans peine ma part des biens de ce monde. Pour vous seulement et mes enfants , je tremble et suis inrassurable.

» Caressez ces pauvres petits, ils sont dans l'âge où l'on prend toutes sortes de plis; ils s'accoutumeront donc à ne pas être des seigneurs. Laissez -les insouciants et gais , dnes même , qu'importe? Pourvu qu'avec le don d'ânerie on ne se veuille pas mêler de grandes choses, on fait, bâté, suffisamment son chemin dans le monde.

» Pauvres enfants, bons ou mauvais, ma 'tendresse pour eux est comme le soleil qui se lève sur le pécheur et sur le juste! »

Après avoir écrit la lettre que l'on vient de lire, Henry laissa tomber sa plume, incapable de traduire ses pensées.. Qui ne sent ce qu'elles étaient?

A ces heures d'abandonnement , l'âme s'empare parfois des traits du visage et perd, en s'y fixant, quelque chose de son immatérialité.

Parmi les reliques de la famille, il existe un portrait du marquis Henry. C'est bien l'âme qui illumine ce visage de sérénité, de noblesse et de bonté.

Telle devait être, au moment où abondaient ces tristes et tendres souvenirs, l'expression alanguie des yeux de Henry. Tel devait être, soucieux et pensif, son

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front qu^encadrent quelques mèches de cheveux grisonnants et en, désordre. C'est bien ainsi que sa bouche entr'ouverte se relevait dans les coins par un triste et doux sourire.

A ce portrait on eût pu donner pour pendant, sous, les traits de la marquise, la plus touchante image de la résignation.

Seule aussi elle commençait cette année, seule, sans avoir, pour vaîncre.ses tristes pensées, la ressource d'un travail écrasant. Malade , elle n'avait plus que la prière pour garder son chevet.

Car de nouveaux vides se foisaient autour d'elle. Depuis que les portes de la France s'étaient entr'ouvertes aux émigrés, ses amis disparaissaient. Près de son lit on ne voyait plus que la fidèle Chagnot et Pabbé Baret, malade lui-même et presque aveugle. Les en- &nts, dans cette affreuse détresse de quatre années, avaient été pour leur mère un cruel souci; encore, à Pheure présente , ils étaient un embarras , car elle les voyait grandir et ne pouvait, ainsi que le marquis Henry, se résigner à regarder comme un bien suprême ce don d^ânerie, si désirable pourtant, parce qu'il laisse au cœur toute son honnêteté.

A vrai dire , Camille et Sylvain le poussaient an peu loin. Mais pendant la Terreur, les ressources de la marquise, réduites à ce qu'il allait pour ne pas mourir de Mm , ne lui avaient pas permis le luxe trop coûteux de Técole; sa santé délabrée ne lui avait pas permis non plus d'y suppléer.

a Qu'ai-je pu pour nos pauvres petits, écrivait-elle,

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sinon les abandonner au bon Dieu , qui leur a fait à tous deux un cœur excellent? J'ai tâché de les rendre un peu meilleurs en leur apprenant à croire en lui et à Taimer; mais j'ai été si abîmée, que je n'ai pu leur apprendre autre chose. L'abbé pleure et gémit de ne s'utiliser 'à rien; il est presque aveugle et souffre si cruellement des entrailles qu'il est sûr le point de s'évanouir dix fois le jour. Vous savez combien Chagnot est illettrée. Les enfants s'abêtissent de toutes ces impossibilités. Qu'y faire, mon ami? Je n'ai pu songer aux écoles, l'argent était trop rare.

» Cependant, à cet égard, ne vous inquiétez plus, mon frère m'a envoyé vingt louis; les visites du médecin qu'il me faudra payer pour l'abbé et pour moi les écorneront bien un peu, mais avec eux j'ai encore nn long avenir. »

La situation semblait, en effet, s'améliorer un peu. Le marquis de Murînais, après lui avoir envoyé quelque argent, avait pu parvenir jusqu'à sa sœur.

« Les nouvelles que m'a apportées mon frère m'ont fait grand bien , écrivait-elle. Depuis sa sortie de prison, votre père est malade; mais on ne désespère pas de lui; votre mère et vos sœurs le soignent angéliquement. Le discrédit et l'horreur dans lesquels vont tomber les brigands qui nous ont fait tant de mal sont entrevus; à Chambéry, on les injurie publiquement, on les bat même sans que l'ordre public en soit troublé. Victor (i)

(x) Le marquis de Murinais n'avait pas émigré.

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m'a raconté toutes les horreurs auxquelles il a assisté. Vingt fois il s'est cru à sa dernière heure ; sa sainteté et l'affection qu'il avait inspirée Font préservé de toute persécution. Sa vue seule m'a été comme un baume.

» 11 m'en coûte cependant de voir s'envoler l'un après l'autre tous les amis avec lesquels j'avais espéré, aimé, maudit et pleuré pendant ce long exil. Us vont retrouver parents, amis, joies peut-être; moi seule, mon ami , je demeure loin de vous , loin du seul cœur qui maintenant soit à moi et pour moi, tout, tout, tout, mon ami. Mon Henry, quand finira cette guerre, quand finira l'épreuve, quand pourrons-nous pleurer ensemble? Je me dessèche de cette seule joie, qui est tout mon avenir. »

On eût dit que la pauvre femme groupait autour d'elle toutes les douleurs pour y enchâsser ses tendresses.

Si pour elle et pour son mari les joies étaient rares , ces joies devenaient inestimables lorsqu'à une bonne action ils pouvaient mêler le nom d'Eugène.

« J'ai eu ce matin un vif plaisir qu'il faut que je vous raconte, écrivait Henry. Je fus réveillé par un courrier m'arrivant de Mondovi , avec une lettre à trois cachets. Je crus Ceva attaqué ; non , c'était un malheureux qui recourait à moi pour lâcher de n'avoir pas la tête cassée. Cet homme m'avait servi d'ordonnance aux grenadiers royaux; ce fut lui qui emporta mon pauvre Eugène après sa blessure. Blessé lui-même à la retraite de Tende, pendant que je m'appuyais sur son bras, il ne voulut point me quitter et me donna mille preuves d'attachement.

3o8 UN HOMME d'autrefois.

» Depuis je l'avais perdu de vue, et il avait déserté, avait été pris et allait être fusillé. Je courus au Roi , et j'ai eu le bonheur d'obtenir sa grâce; vous jugez si j'ai été heureux de ma journée.

» Du reste , je continue à faire ici bien platement ma petite figure de juste, ce qui n'a pas empêché le Roi de me donner l'autre jour un rang de colonel et la croix, ce qui m'a fait plusieurs ennemis et ôté quelques jamis. Je n'avais ni demandé, ni désiré ces faveurs , et me voilà avec tous les revenants-bons dus à de plus ambitieux que je regrette de ne pas voir à ma place. »

A l'inverse de bien des gens , le marquis .Henry ne savait point se complaire dans la jalousie qu'il pouvait inspirer. En homme d'esprit, il laissait cette jouissance à ceux qui se consolent des humiliations de leur conscience par la pensée qu'ils font des envieux.

Pouvait-il étayer son désintéressement d'une preuve plus convaincante qu'il ne le fit, en refusant d'aller à Vienne traiter d'un plan nouveau pour la prochaine campagne? A son défaut, cette épineuse mission échut au marquis de Carail, qui partit avec M* de la Tour vers la fin de janvier. Quant au marquis, il alla rejoindre Colli et son armée, campée sous les murs de Ceva. Là, soldats et officiers comprenaient qu'ils ne pourraient longtemps lutter contre la fortune de la France, et presque tous désiraient la paix. Mais, fidèles à leurs drapeaux qu'ils ne croyaient pas humiliés , ces braves gens attendaient l'heure de nouveaux sacrifices, se confiant dans la justice de leur cause et dans l'habileté de leur général.

CoIIi cherchait à recomposer ses régiments; mais la pénurie du Trésor, le manque d'hommes, paralysaient •ses ejBforts.. A force de prières, de décrets et d'argent, on finit par faire entrer dans les régiments quelques ^illiers de soldats appartenant aux milices, et l'on rréussit ainsi à porter Tarmée active du" Roi à vingtîCinq mille hommes.

, ; Si faible que fût cet effectif, le; général CoUi ne désespéra plus dès qu'il connut la nomination de Beaulieu au commandement de l'armée autrichienne. Une vieille amitié liait entre eux ces deux hommes de guerre et permettait d'espérer enfin une action commune vers un but commun.

' La saison, extraordinairement mauvaise cette année-là, venait aussi en aide aux alliés. ' ce Les Saints protecteurs du Piémont viennent encore de se faire honne^r. Il est tombé de la neige pendant huit jours avec une telle abondance que l'ouverture de la campagne est retardée au moins de trois semaines. •Notre général a profité de cette embellie pour aller voir Beaulieu (i), destinée prendre le commandement de l'armée autrichienne.

' (i) La lettre par laquelle Beaulieu invitait Colli à venir le voir avait été copiée par le marquis Henry :

a Mon cher Colli,

^ » Je reçois en ce moment votre lettre en date du 26.

» Je crois bien que Ton peut avoir quelques craintes à Turin ; que ces craintes soient fondées ou non, il est non-seulement bon que Ton prenne des mesures, mais il est aussi indispensable qu'on se prépare à tout événement, aiin d'arrêter Torgueillèuse présomp-

3lO UN HOMME D^AUTREFOIS.

i> CoUi et Beaulieu semblent fort unis et désireux de s'entendre. Dieu veuille que ce petit grain de bienveillance produise, comme le grain de sénevé, un arbre à nous abriter contre l'orage.

1» En attendant, on est, parmi nos gouvernements, assez d'accord sur plusieurs points. On convient que les principaux efforts de la France se porteront cette année sur P Italie; que de la destinée de ce pays dépen-

tîon que des succès trop aisés ont donnée à nos ennemis, car il est vraisemblable qu'ils ont été surpris du peu de peine qu'ils ont rencontrée dans leur entreprise du 23 novembre.

» Quant à moi, je voudrais convenir avec vous, et certainement tout serait arran^, car notre principe ne pourrait être que le bien général. Si vous obteniez des avantages par mon assistance, si j'en obtenais par la vôtre, deux amis auraient toujours lieu de se féliciter et de se réjouir cordialement. Jusqu'à présent, aucune jalousie ne peut avoir corrompu nos sentiments l'un envers l'autre. • .

» Mais que puis- je faire ? Je ne suis point aimé ici par le commandant d'intérim. Aussi n'ai-je point de pouvoir, et comme j'ai eul'étourderie de me récrier contre l'aucromanie sans prendre bien garde où j'étais, j'ai beaucoup déplu. On ne me le pardonnera pas ici, et comme je devais disputer pour obtenir droit sur quelques avis, je me. dispense de casser mes vieux poumons et d'échauffer peut-être ma bile. J'espère que la cour se décidera bientôt et qu'elle mettra chacun à la place qui lui convient ; sans quoi je serais ici sans but^ et par conséquent très-mal.

» En attendant, puisque la neige qui couvre sans doute les passages nous donne un moment de loisir, tâchons de nous voir. Écrivez-moi donc quand vous serez à Milan , quoique vous m'ayez promis de venir probablement à Pavie ; mais enfin si cela ne se peut pas, écrivez-moi quand et combien de temps vous comptez vous arrêter à Milan et à quelle auberge; je tâcherai de vous y aller trouver.

» En attendant, que rien n'altère notre amitié, soyons un exemple de la possibilité d'être amis dans la même carrière.

» Signé : Beauueu. »

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dra vraisemblablement le sort de TEurope. On dit qu^avec un peu de bon sens et de bon accord on repousserait les entreprises de l'ennemi.

» Après qu'on est tombé d^accord sur tout cela j on n'en fait ni plus ni moins, et Ton va se perdre dans un labyrinthe à petites intrigues qui ressemblent bien plus à des intrigues de société qu^à toute autre chose.

]> Je commence à croire que c'est faute de pouvoir prendre un plus noble vol que l'on voltige ainsi terre à terre. »

A quelques jours de là, le marquis Henry se reprenait cependant à espérer, tant est juste ce proverbe arabe qui dit : « La vie même, en s'en allant, laisse derrière elle l'espérance pour fermer les portes. »

tt Nous sommes dans un moment où Ton voit ici tout en beau. CoUi est arrivé ce matiii de Pavie, gorgé de promesses. M. de Carail, M. de la Tour, en sont au même point à Vienne. L'ennemi dans la Rivière n'acquiert pas des forces suffisantes pour tenir tête aux cinquante mille Autrichiens à venir et à notre petite armée présente, le tout appuyé à nos places et couvert par ce qui nous reste de montagnes...

D Enfin, nous sommes dans nos jours lucides, et Maistre serait content de nous.

» Salicetti a révolté les Génois par ses violences et son indiscrétion. La grande république traite sa petite sœur avec une arrogance outrageante et en veut abso-* lument à son argent. Salicetti a eu , dit-on , son grandpère pendu à Gênes; on prétend qu'il en garde du fiel contre les Génois, comme si le cœur et le cerveau d'un

philanthrope pouvaient se laisser impressionner par de pareilles misères.

» Toujours est-il qu'il pousse avec vigueur son projet, non pas de faire déclarer Gênes, mais bien de conquérir cette riche proie. Elle doit, diaprés ses calculs, fournir aux premiers frais de la campagne, jusqu^au temps où la terre fera le fossé et où Pltalie nourrira ses envahisseurs. »

Salicetti regardait, en effet, comme un coup de partie de bousculer le gouvernement génois' et de s'emparer àja fois des deux forteresses de là république (i). Il espérait y trouver de grands magasins et une artillerie de siège toute portée. Salicetti rêvait aussi plus d^argent comptant que Je Directoire ne pouvait lui en donner.

Malheureusement les Génois se refusèrent aux emprunts d'argent et aux autres' actes de confiance qu'exigeait le commissaire français. Salicetti ne désespéra pas cependant, et fit tant qu'il engagea quelques négociants à lui prêter des sommes considérables et à lui livrer des vivres et des fournitures pour plus d'argent encore. De là Faction et la vie rendues comme par miracle à l'armée républicaine, miracle dont un courrier enlevé vint révéler bientôt au chef d'état-major sarde et la cause et les formidables effets.

a Que se passe-t-il dans la Rivière de Gênes? écrivait le marquis Henry. Les troupes françaises se muti-

(i) Gavi et Savone.

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naient et allaient en délabrement, et voilà qu'un courrier enlevé nous apprend qu'elles «ont, suivant une îiouvelle ordonnance, vêtues, chaussées de neuf et payées de leurs arrérages.

» Les intrigues de Cacault et de Salicetti ont amené les choses à ce point.

» De plus, Salicetti, mécontent des hésitations et des doléances de Schérer, a, paraît-il, écrit au Directoire que pour l'expédition d'Italie il ne fallait pas de vieux hommes, mais des généraux jeunes et hardis. Salicetti croit qu'une volonté déterminée, jointe à la morale d'un jacobin, doivent suffire pour renverser tous les obstacles. On annonce donc à l'armée l'arrivée d'un nouveau général en chef.

» On le nomme Bonaparte, Corse d'origine comme Salicetti; il était officier d'artillerie sous l'ancien régime, par conséquent gentilhomme, mais peu connu dans l'arma, où il n'a été employé que comme artilleur à la prise de Toulon. On ne le croit pas jacobin : il est homme d'éducation et de bonne compagnie. Il passe pour être plein de génie et de grandes vues : son entourage se compose d'anciens officiers d'artillerie.

» Que fera-t-il? Je n'en sais rien encore. Les coups se pressent moins qu'on n'avait lieu de le craindre.

I) Cette quinzaine va être bien intéressante; notre jeu me semble superbe, il s'agit de savoir quel parti nous en saurons tirer. »

Il restait, en effet, à savoir quel emploi l'on allait faire des jours et des heures; il restait à savoir qui des Français ou des Autrichiens occuperaient le pas de la Bo-

3l4 UN HOMME d'autrefois.

quetta et les hauteurs importantes auxquelles la ville de Gènes est adossée. Il s^agissait aussi de savoir de quel côté se rangerait le gouvernement génois, dans rimpossibilité oti il était réduit de conserver la neutralité.

On conçoit Tanxiété de ceux qui, comme le marquis Henry, avaient leur lourde part de responsabilité.

<( Le général m^a laissé à Ceva pour aller de nouveau conférer avec Beaulieu.

D Us tomberont d'accord. Je crois qu^il fait le plus beau temps du monde.

» Et cependant les Français sont aux portes de Gênes, et nous ne bougeons pas pour les empêcher d'y entrer.

» Hélas!, la morgue et la pesanteur autrichiennes seront toujours les mêmes. »

On savait au camp austro-sarde tout le parti que les Français comptaient tirer de Thabituelle lenteur des alliés, et cependant on agissait comme si Ton avait eu du temps de reste.

Grâce à ses espions, le marquis Henry envoyait tous les jours au général en chef un rapport où, comme dans celui que Ton va lire, la sûreté des informations le disputait à la justesse des vues militaires :

« Dans une espèce. de conseil tenu à Port-Maurice le i8 mars, disait le marquis Henry, conseil oii se trouvaient deux transfuges piémontais. Gaula et Sicio, ainsi que le général Rusca , Salicetti a dit qu'il fallait mettre à profit la sécurité des Piémontais et la léthargie des Autrichiens ; faire avancer une colonne par la vallée

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du Tanaio; en présenter une autre vers Montezzemolo pour tenir en échec Farmée de Ceva, pendant qu^nne troisième filerait sur Alba. Il a dit eocort que pour e£Brayer les paysans, il serait bon de brûler les premiers villages, ainsi quVm l'a pratiqué en Espagne.

» Rusca demanda le commandement dMne de ces colonnes, et cherdia apparemment à &ire sa cour au commissaire, en ajoutant que le feu lui ferait trouver plus de partisans que la douceur.

B Pendant cette conversation, Cauh reçut des dépêches volumineuses apportées d^Alba par deux hommes habillés en paysans, et il en fit la lecture à haute voix. D'après la personne qui a rendu compte de tout ceci, on peut amdure en gros de cette lecture que les Français ont de nombreux partisans dans les villes d'Asti^ de Verceil et d'Alba.

D Salicetti a dit : « Je connais Beaulieu, c^est un » général habile; mais Fignorance républicaine et la » pétulance des sans-culottes pourront bien déconcerter ]> sa tactique autrichienne, s 11 a dit encore dans une autre occasion : c Je voudrais trouver à &ire argent » des canons que j'ai de trop, car dans cette campagne » on ne fera usage que de pièces de 8 et de 1 2, chargées » à mitraille, contre la cavalerie des coalisés. Nous ne » ferons pas de sièges, nos intelligences dans les places » nous en épargneront les frais, b

B De plusieurs propos du même genre, échappés à des généraux ennemis et à des officiers d^état-major, on pourrait conclure que leur projet est plutôt de faire une irruption en Italie qu'une campagne régulière.

3l6 UN HOMME d'autrefois.

» Dans tous les cas, ce qui pourra déconcerter leur premier projet, ce sera de trouver deux armées réunies en masse; Tune au-devant de C^va, l'autre au-devant d'Aqui, toutes deux assez fortes pour se soutenir d'ellesmêmes , et à portée de s'entr'aider au besoin.

» Pendant qu'un de ces corps se présentera de front à l'ennemi, Tautre menacera toujours de le prendre en flanc, en marchant par sa droite ou par sa gauche.

» Les coalisés doivent prévenir les Français partout, et il n'est nullement à supposer que ceux-ci osent s'avancer entre leurs deux armées pour essayer d'arriver sur Alba et Asti . L'ennemi ne pourrait tenter ce "tnouvement qu'en nous prêtant le flanc avec toutes sortes de désavantages. »

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