‹ Un homme d'autrefois;Chapitre 27 sur 56 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Â.rrivée des plénipotentiaires ft Cherasco : aspect de la Tille. — Berthier. — Apparition du général. — Ses premières paroles. — G>nclusion de la suspension d'armes. — Medianoche. — Simplicité républicaine de Bonaparte. — Sa conversation avec le marquis Henry. — Ses plans pour révolutionner l'Italie. — Portrait du général. — Aspect da camp français. — Les adieux du marquis Henry au général Bonaparte.

Voici, racontées par le marquis Henry, les circonstances douloureuses au milieu desquelles fut signé Parmistice de Cherasco. Si le général Bonaparte sq montra vainqueur impitoyable dans les conditions qu'il imposa , il sut remarquer Thonneur avec lequel le marquis Henry défendit pied à pied les intérêts qui lui étaient confiés (i).

Mais que pouvaient le dévouement et l'intelligence pour racheter tant de fautes commises? Us devaient se briser contre la volonté du vainqueur, comme ils s'étaient brisés, depuis quatre années, contre Tincapacité et régoïsme des généraux autrichiens.

(i) Le général piémontais la Tour et le colonel la Coste (siO^ dit Napoléon dans ses Mémoires, étaient chargés des pouvoirs du Roi. Le comte la Tour était un vieux soldat, lieutenant général au service de Sardaigne, très-opposé à toutes idées nouvelles, de peu d'instruction et d'une capacité médiocre.

Le colonel la Coste, natif de Savoie, était dans la force de l'âge; il s'exprimait avec facilité, avait de l'esprit et ?e montra sous des rapports avantageux*

35o UN HOMME dVuTREFOIS.

A ce moment-là même, Beaulieu donnait une nouvelle preuve de son mauvais vouloir. Il écrivait à Colli (i) que, battu quatre fois dans l'espace de cinq jours, il abandonnait la partie et qu'il se retirait sui Alexandrie.

En même temps arrivait de Turin l'ordre formel de ne plus compromettre l'armée, de couvrir la capitale et de proposer un armistice au chef de l'armée française. Des plénipotentiaires partirent pour Gènes afin de traiter des préliminaires de la paix.

Bonaparte n'eut garde de rejeter une ouverture qui devait lui aplanir tant d'obstacles et lui épargner tant de longueurs dans son grand dessein de frapper la coalition d'un coup mortel en Italie.

Murât, son premier aide de camp, apporta à Fossano les dures conditions auxquelles le vainqueur consentait à suspendre contre le Piémont le cours rapide de ses opérations.

Ces conditions, présentées sous la forme d'un « ultimatum », non-seulement obligeaient le Roi à déposer les armes, mais le mettaient immédiatement, par le fait , dans une dure dépendance en lui faisant presque une nécessité de devenir l'allié de ses ennemis actuels.

Pendant que l'on controversait à Turin sur ces pro» positions, Bonaparte, pour leur donner plus de poids, fit un mouvement décisif.

(i) Ce récit a été écrit, par le marq'uis Henry, pour M. le comte Salmatoris, dans la maison duquel l'armistice de Cherasco a été conclu et signé.

CHERASCO. 33l

Il lança rapidement trois têtes de colonnes sur Alba, sur Cherasco et sur Fossano. La prise d' Alba répandit TefFroi jusqu'aux portes de la capitale; Tarrière-garde :de Parmée fut obligée . d'évacuer Fossano. Un corps volant de deux mille hommes sous le commandement du brigadier Brempt, ne se croyant pas assez fort pour 3Y enfermer et y soutenir un siège , repassa sur la rive gauche de la Stura, suivant Tordre qu'il en avait reçu , et l'ennemi entra sans résistance dans la ville.

Mais à peine la division de Brempt était-elle sur les hauteurs de Bra, qu'un courrier de Beaulieu vint annoncer que ce général s'était décidé subitement à dégager Cherasco , qu'il marchait avec la plus grande hâte et que son avant-garde était déjà à Nice-dela-Paille.

Sur cet avis, le général CoUi ordonna au corps de Brempt de rentrer dans Cherasco, l'informant qu'il marchait lui-même avec toute l'armée pour l'y soutenir; mais il n'était plus temps. Un moment d'indécision avait fait perdre cette place importante; pour la reprendre , il eût fallu l'assiéger. Beaulieu, prévenu que cette forteresse était au pouvoir des Français , retourna sur ses pas, etTarmée du Roi, n'ayant plus un moment à perdre pour prévenir l'ennemi sur les collines de Montcalicr, vint occuper le camp de Carmagnole.

Ce fut là que le marauis de Sommariva, aide de camp de S. A. R. Mgr le duc d'Aoste (i), apporta le 26, à

(i) Victor- Emmanuel Gaétan, marié à Marie-Thérèse, archiduchesse de Milan,

deux heures après midi , l'ordre exprès du Roi de conclure la suspension d'armes. M. le lieutenant général baron de La Tour (i) et le colonel marquis Costa, chef d'état- major de Colli, étaient désignés par Sa Majesté pour remplir cette mission.

Les plénipotentiaires partirent sur-le-champ pour

Cherasco, oti^se trouvait Bonaparte. M. de Seyssel, capitaine dans Savoie-cavalerie, se joignit à eux auprès de Sommariva.

L*avant-garde française s'étendait jusqu'au village de Saint-Fré; ses feux éclairaient la plaine et la colline; ce fut à leur clarté que les commissaires s'avancèrent jusqu'à Bra. Ils y furent courtoisement reçus par Masséna et passèrent avec lui trois quarts d'heure employés à préparer l'escorte de hussards qui devait se joindre aux dragons amenés de Carmagnole.

Les commissaires arrivèrent à Cherasco à dix heures et demie du soir et descendirent au quartier général établi dans le palais de M. le comte de Salmatoris.

Aucune garde ne défendait les abords de la maison qui était presque sans lumières. On ne voyait que quelques soldats endormis sur le seuil de la porte et sur les marches de l'escalier. Point de chevaux, de fourgon ni de mulets d'équipage, point de domestiques. Le silence et le calme paraissaient régner dans le reste de la ville.

Après quelques recherches et quelques moments

(i) Depuis chevalier de TAnnonciade et grand maréchal de Savoie,

d^attente, parut un jeune homme attaché à Pétat-mafor. 1} introduisit le baron de La Tour et le marquis Henry dans une chambre à recevoir oti était allumé un grand feu, et alla avertir le général divisionnaire Berthier, ^ef de rétat-major, qui ne tarda pas à paraître. Après s*étre informé du sujet qui amenait les commissaires , il passa dans la chambre voisine où reposait le général en chef et j resta enfermé avec lui près d^une demiheure.

Bonaparte parut enfin. Il était en uni&nme de gênéjal-commandant et botté, mais* sans sabre, sans chapeau et sans écharpe; son maintien était grave etfroid* Il écouta en silence le préambule du général piémontsds, et, pour toute réponse, il lui demanda s'il n^avait pas copie des conditions qu'il avait proposées, si ces conditions n^avaient pas été acceptées par le Roi. Et, sur quelques plaintes relatives à la dureté de ces conditions, il ajouta :

c Depuis que je les ai o&rtes, f ai pris Cb^asco, j'ai pris Fossano, j'ai pris Âlba. Je ne renchéris point sur mes premièfes demandes : vous devriez me trouva modéré, b

Sur la crainte témoignée que Sa Majesté ne fût forcée peut-être, vis^vis de ses alliés actuek, à quelques mesures contiaires à la délicatesse et à la loyauté de ses prindpes, Bonaparte s'écria d*un ton solennel :

« A Dieo ne plaise que fexige de vous rien de coutniie aux kns de rhonneur! b

Aux efibru qu'on fit fKTJT lui démontrer le peu d'uti<' lîté qa*il retirerait de certaines cosiceisions exigées^ et

334 ^^ HOMME d'autrefois.

particulièrement du passage sur le Pô à Valence, il répliqua avec un peu d'aigreur :

(( Ma République , en me confiant le commandement d'une armée, m'a cru assez de discernement pour juger de ce qui convient à ses intérêts, sans que j'aie à recourir aux conseils de mon ennemi. »

A part ce léger sarcasme, où le ton s'éleva et parut amer et dur, Bonaparte fut constamment froid, poli et laconique dans la partie de la séance qui précéda la rédaction des articles. *

A une heure du matin, il tira sa montre, et voyant que les discussions se prolongeaient sans amener rien de décisif :

(( Messieurs, dit-il aux commissaires, je vous préviens que l'attaque générale est ordonnée pour deux heures, et que si je n'ai pas la certitude que Coni sera remis dans mes mains avant la fin du jour, cette attaque ne sera pas différée d'un moment.

» Il pourra m'arriver , ajouta-t-il , de perdre des batailles, mais on ne me verra jamais perdre des minutes par confiance ou par paresse. »

On se mit à écrire.

Les conditions de la suspension d'armes furent rédigées d'après la minute apportée, à Fossanopar Murât, sauf quelques points de détail.

A peine fut-on d'accord , que le chevalier de Seyssel partit en toute diligence pour en apporter la nouvelle au Roi et obtenir de Sa Majesté Tordre de remettre Coni et Tortone au vainqueur.

ÇHERASCO. 335

De son côté, Bonaparte expédia le contre-ordre de l'attaque générale qui devait avoir lieu cette huit-là.

Tout le temps que dura la discussion, il n'y eut dans la chambre que Bonaparte, Berthier, M. de La Tour et le marquis Henry. Un jeune adjoint de Tétatmajor servit de secrétaire lorsqu'on en vint à la rédaction.

Le général baron de La Tour ayant alors demandé

du café, Bonaparte ordonna qu'on en cherchât dans là

ville. Il tira lui-même deux tasses de porcelaine d'un

petit nécessaire de voyage qui se trouvait sur un sopha

avec son épée; mais n'ayant pas de cuillers à café, on

se servit de cuillers en cuivre jaune à l'usage des

soldats.

Après la signature des articles, parurent Murât,,

Marmont , le général d'Épinoi et deux où trois officiers de l'état-major. ^

On paâsa dans la salle à manger, oîi était préparée une espèce de médianoche sur une table chargée d'une multitude de flambeaux.

Le plat du milieu était une jatte de bouillon clair; il y avait déplus deux ou trois plats de viandes grossières, quelques entremets fort médiocres et du pain de munition. Le plat le plus apparent était une pyramide de gimblettes que les religieuses de Cherasco avaient offertes au vainqueur à son arrivée. Plusieurs bouteilles de vin de TAstésan garnissaient les grands vides de cette table.

Après le repas, qui dura peu de .temps, la conversation devint plus intéressante.

; Bonaparte fut moins réservé, et laissa échapper plu- ' sieurs traits pleins de force et de génie. ' Il parla des événements des joi|rs précédents d'une manière fort ouverte. Blâmant lui-même Pattaque inutile et meurtrière du château de Cosseria , il rejeta cette faute sur Fimpatience oti il était de séparer Tune de Pautre les armées autrichienne et piémontaise auxquelles ce poste servait de point de liaison. Il insista sur l'avantage de frapper à coups précipités un adversaire indécis et lent, et dit qu'en 1794, étant chef de l'artillerie de la colonne qui s'avança jusqu'à Dego, il avait conçu et proposé le même plan qui venait de lui réussir si complètement dans les journées du 12 au 16, mais que ce plan avait été alors rejeté par un conseil de guerre.

Le général fît à ce sujet, sur les conseils de guerre, des réflexions lumineuses , protestant que jamais rien ne serait décidé par cette voie dans une armée dont il aurait le commandement.

« Un conseil de guerre, dit-il, n'est convoqué que lorsqu'il s'agit de prendre un parti lâche et d'en atténuer le blâme en le partageant entre plusieurs individus. »

A propos de la discipline qu'il exigeait de ses soldats, il parla d'un soldat coupable de violence envers une femme, et qu'on avait fusillé la veille. Très-surpris de la médiocrité de Beaulieu , il rendit justice aux troupes piémontaises, loua la position de la Bicoque et les deux mouvements du 17 et du 21 ; et il ajouta :

« Vous vous êtes tirés deux fois très-adroitement de mes grifTes. »

CHFRASCO. 337

Uosage des Aatrichîens de sorchai^er leurs armées d^équipages loi parut blâmable. Pour prouver, à quel point il avait su s^affinanchir lui-màne de tout embarras assujettissant, passant avec le marquis Heniy dans la chambre voisine, il lui montra un mince porteman* teau qui composait, avec le nécessaire de voyage donr on a déjà parlé, tout son équipage, m J^avais bien plus de ces snperfluités pendant que jetais simple officier d'artillerie que depuis que je suis général commandant B , ajouta-t-il.

Bonaparte s^accouda alors sur le balcon d'une fenêtre pour voir naître le jour et continua à causer avec le marquis Henry pendant plus d'une heure.

La position actuelle du Piémont, les changements nécessaires qu^amenaient dans la politique les événements de la guerre, furent les sujets de Pentretien. Le général se montra assez instruit de l'histoire du pays. '

Diaprés lui, dés Tinstant où il avait été investi du commandement, sa résolution avait été prise d^écrasef à tout prix le Roi de Sardaigne. Le nouveau gouverne* ment firançais avait eu tort de s^aliéner ce prince et de ravoir forcé à se jeter sans réserve dans les bras de la ligue.

Le but était atteint; la dernière victoire remportée par les armes françaises était le coup décisif qui allait dissoudre la coalition en Italie.

« M. de Beaulieu, ajouta le général, ne peut plus m^arréter jusque sous les murs de Mantoue; il doit s^attendre à avoir toujours dans les flancs mon armée victorieuse. »

sa

Il compara la manœuvre employée pour séparer les Piémontais des Autrichiens et pour les battre successivement, au combat du plus jeune des Horaces , distançant ses trois adversaires pour les affaiblir et les égorger Tun après l'autre.

Des explosions révolutionnaires devaient éclater de toutes parts dans l'intérieur. Bonaparte insista vivement sur ce point : « Votfe pays, dit-il, est entièrement miné. J'ai trouvé à Gênes une somme de sept cent mille francs en numéraire, consignée par des révolutionnaires cachés, lombards et piémontais, pour favoriser les progrès de l'armée française. »

Le marquis Henry se hasarda à répondre :

« Pourvu de tant de talents et de moyens de premier ordre , vous dédaignez sans doute des armes aussi perfides; vous faites peu de fond sur des traîtres, et vous ne voudriez pas associer des scélérats à la gloire de vos triomphes? »

Il sourit et répondit vivement :

« Si le sort des armes eût été favorable aux coalisés et que vous eussiez pénétré en France comme nous avons pénétré en Italie, auriez- vous négligé de vous prévaloir du mécontentement intérieur qui fermente partout, dans nos départements comme dans vos provinces?

» Le droit de la guerre n'autorise peut-être pas à faire éprouver à son ennemi tout le mal possible, mais il prescrit de ne négliger aucun moyen pour l'abattre et le garrotter. »

En général, les discours de Bonaparte étincelaient

de clarté; ils étaient concis, nerveux, pleins dô force et de raison , mais ils manquaient de sentiment.

L'impression qu'on éprouvait auprès de ce jeune homme était une admiration pénible; Tesprît était ébloui par la supériorité de ses talents , mais le cœur restait oppressé.

On cherchait vainement en lui des traces de cette magnanimité généreuse qui va au-devant de la confiance et qui forme le plus beau trait du caractère des héros.

Il fit au niarquis Henry différentes questions sur les ressources du Piémont, sur ses savants, sur ses artistes, et il était aisé de s'apercevoir qu'il avait déjà reçu à cet égard des renseignements assez étendus.

a J'avais envie, dit-il, d'exiger, dans le traité que nous venons de conclure, un fort beau tableau de Gérard Dow que possède le Roi, et qui passe pour un des chefs-d'œuvre de l'école flamande; mais je n'ai su comment placer le tableau dans un armistice, et j'ai craint qu'il n'y parût une nouveauté bizarre, surtout ayant la forteresse de Coni pour pendant, n

Ses questions eurent ensuite pour objet la réputation dont jouissaient les gens en place, celle des généraux, leurs talents, leur génie, leur âge, le caractère même du Roi, des princes royaux; et il ne parut ni blessé, ni surpris de ne recevoir que des réponses évasîves,

A propos de l'âge des généraux piémontais , il dit que lui-même, à cette époque , n'avait pas encore vingt-sept ans, et qu'il n'était cependant pas le plus jeune des généraux en chef de la République; et il ajouta ces paroles remarquables :

a II est presque indispensable d^étre jeune pour commander une armée; il faut, pour cette tâche éminente, tant de bonheur, d^audace et d^orgueilî »

Le général Alexandre Berthier, avec lequel le marquis Henry s'entretint plusieurs fois pendant le cours de cette longue et mémorable nuit, parlait avec plus de réserve que le général commandant. Il montrait dans ses discours plus de douceur et d^aménité, et faisait admirer un grand sens uni à beaucoup de lumières. Il parla de Bonaparte avec éloge, mais p<5int en courtisan; il traita les autres sujets avec autant d^adresse que de simplicité apparente.

Salicetti parut à six heures. Le traité lui ayant été communiqué, il eut Tair d'en trouver les conditions trop modérées; mais, sous son masque sévère, on devinait sa joie d'un événement si favorable à Taccomplissement de ses desseins sur Tltalie.

A sept heures, le comte de Luzerne, qui venait d'arriver avec les ordres du Roi, fut désigné pour con« duire à Coni la garnison française; après quoi, les commissaires piémontais reprirent le chemin de Carmagnole.

Bonaparte et tout son état-major accompagnèrent le général baron de La Tour et le marquis Henry jusqu'à leur voiture avec les démonstrations les plus amicales. Un détachement de dragons suivit le carrosse jusqu^à Saint-Fré.

Le jour éclairait alors les troupes bivouaquées de l'avant-garde française. Tout y présentait l'aspect du plus grand délabrement; on n^y voyait point de canons;

les chevaux y étaient lares, maigres et harasses; mais le sentiment de la Tictoire réparait tout.

Le maintien da soldat exprimait nne espèce d^indifférence leste et gaie; la vue d*an général parlementaire qui venait de conclure un armistice semblait ne lui inspirer que peu d^intérêt et de curiosité. Il en était d même des officiers, dont les manières, pleines de désinvolture, tenaient le milieu entre le sans-géne républicain d^alors et l'ancienne courtoisie française.

Parmi les personnages qui avaient été en vue dans les différentes scènes qu^on vient de décrire, Bonaparte seul annonçait ces habitudes et cet air d^aisance que donne Pusage du monde.

Ses cheveux châtains et lisses étaient en queue, ils étaient sans poudre et pendaient fort bas sur son front et sur les côtés de son yisage; les yeux étaient rouges et fatigués. Il avait cette carnation ^ale et blême que les physiologistes attribuent aux tempéraments mélancoliques, et qui, suivant eux, est l'annonce des plus grandes facultés de l'âme. Enfin, comme on Ta déjà dit, il manquait entièrement d^aménité et de grâce.

Son action et ses discours portaient l'empreinte d^une fierté amère, où la supériorité se Élisait toujours sentir, mais toujours en mettant mal à Taise.

Au moment du départ, le marquis Henry rendit avec assez de bonheur le sentiment pénible qu'il avait

éprouvé :

a Général, lui dit-il en le quittant, que ne peut-on vous aimer autant qu'on est forcé de vous admirer et de vous estimer ! »

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