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CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

LES TAIHCUS

Hearj est attaché à raat-niaîor de M. k doc d*Aoste. — MM. de Revel et Tonso partent pour traiter de la paix à Paris. — Leur passage à travers la Sa%-oie — Legéséral Cartaoltet le géiéral Ke'lermana. — Anecdotes sor E^naparl^. <— Les o£der» savoisie.i» et oiçards sor^t dàciarés émi^^réi^ — M. d'Hauteville, ministre de Tiatc ieur. — Arrirâe de madame Boaaparte à Turin. — Le marqms Henry i Raco jis. — La p^ite Térole et la Révo!uti<Mi. — Les emplois militaires da marquis Henry sont soppriioés. ^ Son départ pour

Par ane dernière ironie de la fortune, le marquis Henry venait de signer Pacte qui rendait inutiles ses efforts et son dévouement passés.

La suprême douleur du soldat est de signer la paix en vaincu.

- A de telles heures il a pour sa patrie des tendresses inconnues; il lui semble qu'il trahit, que les morts de la guerre lui demandent compte de leur sang.

On voit alors pleurer les plus vaillants.

Cette lettre du marquis Henry retrace bien tant de souffrances :

a En dépêchant au Roi le courrier qui devait rapporter la sanction de Sa Majesté et son ordre particulier pour la remise des places de sûreté, je ne lui ai point dissimulé les terribles conséquences de notre traité. Je Tai supplié de nous désavouer et de ne point ratifier nos conventions.

» On n*a point voulu m'entendre , je me suis brisé à

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Turin comme à Cherasco contre la fatalité ou plutôt contre cette volonté supérieure qui inspire la sagesse ou affole, et dont l'homme de génie lui-même n'est que le ridicule instrument, s'il est assez sot pour se glorifier de ce qu'il fait.

» Je me sens moins abattu en envisageant ainsi les choses, et moins humilié en pensant que nous ne pouvons rien à nos destinées. Ne suis-je pas la triste preuve, mon amie, de l'imprévoyance dans laquelle il nous faut vivre du lendemain? Pas plus que l'orgueil et la présomption n'avaient préparé tant d'autres à leur rôle, mon obscurité ne m'a préservé d'être aussi quelque chose. »

Ce dernier trait ne frappe-t-il pas au visage bien des ambitions qui perdent les meilleures causes en prétendant les servir (i)?

La guerre qui finissait ne l'avait que trop prouvé, et si l'on dit parfois que le malheur n'arrive jamaià seul, c'est que ses conséquences sont souvent plus funestes qu'il n'est désastreux lui-même. Aux tristes conditions de la suspension d'armes de Cherasco devaient succéder les conditions plus douloureuses encore du traité de Paris. Le 28 avril le Roi, sous l'étreinte du vainqueur, avait livré ses forteresses de Tortone et de Coni; il allait abandonner, un mois plus tard, le

(i) M. de Maistre dit dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg , vol. I, p. 233 : tt Certainement une grande partie des maux de la société vient des dépositaires de l'autorité, mal choisis par le prince; mais la plupart de ces mauvais choix sont Touvragede Tambition qui Ta trompée. »

berceau de sa famille, sans même songer à ces vaillants Savoyards qui , pour lui , avaient risqué leur vie sur ' tant de champs de bataille.

Il faut chercher la raison de ces défaillances dans cette révélation du général Bonaparte disant au marquis Henry : « Votre pays est entièrement miné. »

Le pays, en effet, était devenu le foyer du plus ardent jacobinisme. Victor- Amédée le savait. Pris entre le double danger d'une révolution intérieure ou d'une conquête, il crut sage de traiter avec Tennemi, qu'il estimait loyal. Il se trompait : l'avenir prouva que ces deux ennemis n'étaient qu'un.

Si, comme le dit un illustre écrivain italien (i), le Roi commit, en ne luttant pas jusqu'au bout, un acte pour lequel l'histoire doit être sévère, la manière dont il sut traiter avec le général Bonaparte fut habile, et rendit les conséquences de l'alliance franco-sarde moins désastreuses qu'on n'aurait pu le craindre tant que celui-ci commanda en Italie.

D'après les stipulations de Cherasco, et sans même attendre la paix définitive que MM. Tonso et de Revel allaient traiter à Paris, l'armée du Roi fut mise sur le pied de paix, ou plutôt s'effondra dans une sorte de remaniement général.

Les Autrichiens, qui formaient en grande partie les cadres des régiments, quittèrent leurs grades et se retirèrent. CoUi naturellement fut des premiers à se

(i) Botta, vol. I, p. 358.

démettre, et le marquis Henry fut, avec tout Tétatinajor du général , attaché à la personne de Mgr le duc d'Aoste, qui prenait le commandement.

a Me revoilà en fonction auprès de Mgr le duc d'Aoste, écrivait-il, ayant à connaître force nouveaux visages et à prendre de nouveaux plis. L'utilité qui résulte de tant de soins et de peines ne vaut en vérité pas le souci que Ton se donne, car je suis intimement persuadé qu'avant deux mois, après avoir tout fait pour ne jamais le devenir, je serai un républicain français, et vous^ mon amie, une citoyenne de la grande République.

» Il ne nous restera , comme consolation à tant de douleurs et de maux, que le sentiment d'avoir fait pour le mieux, et la satisfaction de n'avoir trempé d'une manière ni active ni tacite dans les abominations qui se sont commises depuis quatre ans. Mais l'avenir dépourvu et inoccupé qui me menace est une cruelle inquiétude; déjà, depuis les quelques jours où je n'ai plus rien à faire, je me sens retivre, c'est-à-dire que je me retrouve aux prises avec ce qu'il y a d'affreux souvenirs dans ces quatre ans. Lé travail m'avait fait la chose de l'heure et du moment présents, il m'avait tiré hors de moi, m'avait fait oublier; de tout cela , de cette sorte d'existence étrangère à moi-même , il ne va rien rester, et mon impassibilité s'écroulera comme le reste. 1»

Cette oisiveté était plus cruelle encore au cœur si aimant du marquis Henry, parce que son devoir le retenait, malgré tout, loin de sa femme. A Lausanne, il eût retrouvé quelque force. C'est un des grands secours

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de la vie que Tunion de deux cœurs, secours trop peu compris du grand nombre qui va chercher loin du foyer ce que Dieu n'a placé que là.

Comme on voit souvent dans la campagne la femme du moissonneur lier les gerbes quHl a fauchées et essuyer son visage d'où découle la sueur, de même dans Tadversité la femme est le soutien de son mari, elle lie les gerbes et lui ofiTre doucement la pitié et la tendresse de son cœur.

Le marquis Henry avait besoin de se Téfugier dans ces tendresses :

« Si au moins j'entrevoyais un terme à notre insupportable séparation, j'aurais dans cette pensée de vous revoir un aliment à ma fièvre, et j'échapperais dès aujourd'hui à cette solitude oti me laisse Finaction. Si j'avafs ce bonheur de pouvoir vous rejoindre, notre pitié réciproque nous défendrait contre ce que nos regrets auraient de trop cruel, et notre tendresse raviverait ce désir de vivre que le malheur a presque éteint en moi. Mais rien n'annonce que je puisse quitter d'ici avant longtemps. Mgr le duc d'Aoste tient à ce que, sous son commandement, l'armée conserve une figure. Sépulcre blanchi s'il en fut, puisque nos places aux mains de l'ennemi lui sont à jamais un gage de notre nullité.

» Si je n'ai rien à faire, je mourrai, car je ressemble à l'âne de M. Talbot. Ce pauvre âne, qui avait vieilli dans le charriage des matériaux du temple, fut déclaré sacré pour être, le reste de sa vie, exempt de tout travail. Mais l'habitude du charriage était si forte chez cet âne

laborieux, qu'il prétendait aller s'accoter à ceux qui Tavaient remplacé. On ne voulut pas de lui, et il en mourut. »

Les événements n'avaient cependant rien amené de décisif. Le général Bonaparte se refusait à traiter luimême de la paix et renvoyait à Paris pour achever son œuvre.

M. le chevalier de Revel et M. Tonso partirent donc munis des pouvoirs du Roi. Leurs instructions étaient les mêmes que celles qu'ils avaient reçues dès leur infructueuse tentative de Gênes. On y avait ajouté l'autorisation de céder la Sardaigne à la France, pourvu que le titre de Roi fût affecté à une partie quelconque des États de terre ferme. ,

On lit dans les Mémoires de M. de Revel, publiés par son fils , cette relation assez curieuse du voyage que firent les plénipotentiaires à travers la Savoie (i) :

a L'adjudant général Perrin , dit M. Genova de Revel, reçut ces messieurs à SoUières avec toute l'honnêteté possible. Le souper, vu la réception extraordinaire, se fit attendre jusqu'à deux heures après minuit. Le cuisinier, ayant fini sa besogne, vint s'asseoir à table avec eux. La conversation fut joviale et roula principalement sur la paix prochaine et les événements de la guerre.

» Le colonel Constantini accompagna les plénipotentiaires jusqu'à Saint - Michel , quartier général de

(x) Guerre des Alpes,

Carteâux. Ils trouvèrent ce dernier entouré d'officiers , entre autres le général Pougel. Madame Carteâux, véritable mégère, était assise et ne daigna même pas se déplacer. Qu'on se représente un spadassin, un fierà-bras, un sot vaniteux, un caporal ivrogne et brutal, tout cela identifié à un terroriste massacreur : tel était Carteâux.

» Il fit aux plénipotentiaires des questions sur le ton le plus insolent; dit qu'on avait bien fait de se presser, car il était sur le point de rendre visite aux Piémontais. <K NousTaurions reçu », répondit sèchement Revel. Il continua en disant qu'il était heureux pour les Fiémontais d'avoir prévenu ce moment, qui du reste n'était suspendu que de Vingt-quatre heures, n'ayant pas encore reçu l'ordre de ne pas attaquer.

» En efiet, Kellermann confirma depuis à Revel qu'ayant su qu'on avait amené des troupes de Suze, il avait l'intention de les £Eiire tâter.

1) Carteâux, après avoir tenu encore quelques propos insultants, balbutié quelques lieux communs de répu« blicains, congédia les plénipotentiaires au bout de quelques minutes.

» Il allait bien de remjnre sur soi-même pour sou* tenir une pareille arrogance, écrivait Revel à de Hau« teville. Je réfléchis que puisque ce sauvage méconnaissait notre caractère à ce point, c'eût été le compromettre davantage que de répondre autrement que par un silence dédaigneux. Cette scène était pénible pour nous , surtout par les pronostics ficbeox qu'elle nous présentait

» A notre arrivée à Chamb^ le 3 , raffloence était

35o UN HOMME d'autrefois.

immense. Le général Kellermann nous avait envoyé une garde d'honneur à cheval, et la municipalité, un détachement de garde nationale qui nous précédait. La musique jouait des airs républicains , des cris de (c Vive » la République! >> se faisaient entendre. Notre position délicate rendait notre contenance difficile et pénible ; nous allions devenir les amis de la République, nous ne devions pas nous montrer choqués de ces cris. D'autre part, c'étaient des sujets du Roi, que nous devions considérer comme devant redevenir tels, qui poussaient ces cris. Nous ne pouvions qu'être sensibles

et affectés de l'expression d'un sentiment opposé à ceux que nous aurions désiré trouver et qu'ils n'eussent pas cependant pu manifester.

» Tout le long de la route on s*était pressé autour de la voiture des plénipotentiaires , on fixait sur eux des regards interrogateurs sur le destin futur de la Savoie. L'anxiété, les regrets se peignaient, mais n'osaient pas se manifester.

» Kellermann reçut les plénipotentiaires avec toute la distinction imaginable; lui et ses officiers étaient en grand costume. Il les invita à un grand dîner d'apparat et les retint encore à souper. Le président du département et les autres dignitaires du pays qui y prirent part furent fort embarrassés de leur contenance. La tenue générale fut parfaite.

» Le général causa longuement sur la situation; il conseilla aux plénipotentiaires une marche franche et décidée. Il fallait renoncer absolument à la Savoie, que la France était décidée à garder à tout prix; il croyait

LES VAINCUS. 35r

pouvoir en dire autant du comté de Nice, a N'insistez, » dit-il , qu^autant qu'il le faudra pour obtenir des dé- » dommagements en Lombardie; car nous en chasse- » rons les Autrichiens, ce sera beaucoup plus à votre » convenance; on vous sacrifiera aussi les Génois, qui n sont des gueux que nous n*aimons pas; mais allez » rondement avec le Directoire. »

» Kellermann est un homme de cinquante-cinq à soixante ans, qui annonce la bonhomie d'un Allemand par ses manières et par son accent tudesque; il a en même temps Tancienne gaieté et l'affabilité des Français. Cette franchise couvre beaucoup de finesse et de connaissance de ses intérêts. Le principe de sa coïiduite dans la révolution a été, selon lui, de servir sa patrie comme elle voulait l'être. Son caractère doux, humain , ses manières polies et nobles, annoncent un homme de l'ancien régime que son intérêt et les circonstances ont attaché au nouveau. Il a acheté des biens nationaux en Savoie.

a Le général Sandors, qui avait connu Revel dans la campagne de Tannée précédente, lui dit que le général en chef avait écrit au Directoire pour le prévenir en sa faveur.

» Partis le 4 au matin de Chambéry, les plénipotentiaires retrouvèrent le même accueil sur la route , devinant l'anxiété et Tespérance, ne voulant pas la rebuter, ni non plus exposer les personnes par des témoignages dangereux.

» J'ai causé particulièrement avec plusieurs ofiiciers français, dit Revel; ceux-ci cherchaient à épancher leur

chagrin; leur langage a été uniforme, ils détestent la révolution et désirent la paix. C'est la peur, nous dit Pun d'eux, qui nous fait servir la République avec plus de zèle qu'aucun roi de France, depuis Pharamond, ne l'a été. Suivant eux, c'est l'incroyable valeur des soldats et la crainte des officiers d'être suspects de lâcheté qui font réussir leurs opérations. »

Douloureuses et curieuses confidences ! C'était le vieux monde s'écroulant autour de ce vaillant cœur pour lequel la bravoure ne pouvait exister sans le dévouement au prince, l'honneur militaire sans la hiérarchie. Qu'allaient devenir ces choses ?

Au souffle révolutionnaire qui s'engouffrait en Piémont, on vit bientôt s'évanouir les vieilles idées qui, plus encore que sa ceinture de montagnes, avaient, depuis des siècles, protégé la maison de Savoie.

Victor-Amédée s'était trompé en imaginant 'que la paix pourrait préserver sa couronne; le malheureux prince tomba bientôt dans un découragement que ;us-* tifîaient trop bien les allures de son vainqueur. • « C'est en vain, raconte le marquis Henry, que nous ne nous épargnons nulle humiliation, que nous envoyons, les uns après les autres, grands seigneurs et princes faire leur cour au Français; il se laisse courtiser, mais nous nous apercevons bientôt que notre encens parfume en pure perte cette carmagnole brodée.

)) Peu de jours après l'armistice de Chérasco, Bonaparte trouva à Alba tous les jacobins en émoi et au désespoir de se voir abandonnés au ressentiment du Roi dont ils avaient espéré l'expulsion. Comme ils faisaient

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valoir au général leur dévouement à la cause républicaine : «r Ne vous attendez pas, répondit celui-ci, que je fasse rien de contraire à Thonneur et aux engagements que je viens de prendre avec le Roi; mais, ajouta-t-il, votre position est assez belle entre la Fiance révolutionnaire et mon armée victorieuse. Si votre gouvernement est aussi faible et aussi vicieux que vous le dites, vous en aurez facilement bon marché. »

N'était-ce point là engager les Piémontais à la révolte et violer ouvertement les engagements pris ? QuUmportaient ces misères à celui qui avait pour lui la force, sinon le droit?

« Je crois, écrivait le marquis Henry, qu'après avoir perdu le poil, il nous va Ëdloir encore laisser la peau. Les Français exigent de nous la stricte exécution de nos conventions, sans se soucier de les observer euxmêmes; ils viennent de loger ce jour même quatre mille hommes en contravention à Asti.

» La morale de leur général est vraiment admirable. Voici l'anecdote du jour : M. de Saint-Marsan (i), lisant une gazette près de sa cheminée, se récria tout à coup, frappé d'une nouvelle fausse et extravagante.

<K Mais, monsieur, lui dit Bonaparte avec le plus » grand calme, qu^avez-vous à vous étonner, et comment tt en êtes-vous encore à croire que c'est pour vous et les » gens de votre sorte que nous £siisons mettre ces arti- » cles-là ? »

» Quant aux Autrichiens, ils ont repassé le Pô et ont

(i) Le représentant du Roi au quartier général de Bonaparte.

emporté les pontons du pont de Valence, promettant de payer en des temps plus heureux. L^article est au mémoire avec beaucoup d'autres. L'Angleterre, d'un autre côté^ ne nous a point payé les subsides promis; leurs ambassadeurs, malgré ces manques de parole, mènent ici grand bruit de ce qu'ils appellent notre défection. Comme toujours, les battus payent Tamende. »

Ce récit ne saurait avoir la prétention de suivre Bonaparte dans ses victoires et Beaulieu dans ses revers ; nous n'avons point non plus à raconter la fin de toutes les petites puissances italiennes qui expièrent si cruellement leur égoïsme; mais en parcourant les lettres du marquis Henry on voit s'y refléter la haine, Tadmiration, la terreur que Bonaparte laissait derrière lui comme un sillage.

« Bonaparte fait songer à ces héros qui d'un revers d'épée fendaient les montagnes, d'un coup de. talon détournaient les fleuves, et chevauchaient les nuages pour aller plus vite. Il bourre les Autrichiens de telle manière que, sans bataille ni siège, il leur fera prendre bientôt le chemin du Tyrol ; son avant-garde est déjà à Plaisance.

» Il vient de nous imposer le passage de neuf mille hommes débouchant par la vallée de la Stura et de huit mille par la vallée d'Aoste. Il faut bien vouloir ce qu'on ne peut empêcher. Nos nouveaux amis sont comme les sauterelles d'Egypte, ils affament les lieux où ils passent, et sous prétexte de réquisitions prennent sans façon ce qui leur convient. Tout cela est au mémoire.

» Il est à désirer, au point oh nous en sommes, que les Français consomment au plus vite leur invasion.

» Vos inquiétudes me touchent, ma douce chère amie, mais que puis-je à moi-même? Je regrette le temps des agitations qui parait à sa fin, car celui des dégoûts n'est pas près de finir. »

En effet, ainsi qu'il avait été facile de le prévoir, la paix ne fut accordée qu'aux plus dures conditions.

Par le traité signé le 1 5 mai à Paris , la Savoie devenait définitivement française, et il ne restait aux officiers savoyards d'autres perspectives que de mendier leur pain en exil ou de se faire jacobins.

« Vous avez, écrivait le marquis à la date du 28 mai , reçu, je Tespère, ma dernière lettre dans laquelle je vous exprimais mes inquiétudes sur ce qui était près d'arriver.

» Le traité qui vient d*étre signé à Paris prouve que j'avais fort bien deviné.

» On ne nous a point encore découvert officiellement le pot aux roses, mais de ce qui a transpiré l'on peut conclure aux plus honteuses conditions. Le Roi abandonne la Savoie et Nice dont les frontières seront déterminées à la paix générale à l'avantage de la République française.

» Le Roi livre encore les forts de Brunette et d'Exille qui, à répoque de la paix, seront rasés aux frais de Sa Majesté. Il désavoue ses ordres dans l'affaire de l'ambassadeur Semonville; il donne l'essor à tous les perturbateurs emprisonnés, voilà ce qui court la ville. »

Mais la question la plus intéressante pour le marquis Henry demeurait un mystère :

(( Quel sera notre sort personnel, voilà ce que nul ne iait encore. Évidemment le silence que gardent nos puissants est de mauvais augure; le vague de mes idées et l'incertitude dans laquelle on nous laisse m'empêchent de rien projeter; que dire quand toutes bases aux raisonnements font défaut ? »

Et comme il arrive si souvent lorsque toute base sérieuse manque aux raisonnements, Henry se mettait à bâtir dans les nuages,

« Si la clémence royale et nationale, disait-il, m^au<torise à choisir mon domicile. en Savoie, nous louerons une maisonnette à Chamounix, j'y porterai la médecine domestique de Brécani et des drogues pour faîrre le médecin de village ; je gagnerai ma journée avec mon petit savoir-faire. Chamounix est charmant en été, et l'hiver, qui ne laisse pas d'y être long, nous aurons le plaisir d'être séparés du monde par d'énormes amas de neige. Ce sera charmant; qu'en dites-vous, mon amie?

» En attendant, je me prépare à cette douce séquestration des humains en ne sortant point de mon trou et en faisant ma cour au moins que je le puis, c'est la meilleure manière pour moi de faire bonne contenance. »

Il faut parfois contraindre son visage et dissimuler le dégoût que l'on éprouve, car la grimace d'un honnête homme mortifié est la joie suprême des méchants et des sots.

Telle était la situation de tous les officiers niçards et

savoyards. En admettant pour eux la dénomination d'émigrés du Mont-Blanc, le Roi les égorgeait.

a On cherche bien à modifier dans le traité l'article 5 qui nous concerne, mais il est aisé de prévoir qu'on n'y parviendra pas ; on compte pour la chose sur la justice, sur la condescendance et Thumanité des Fran-* çais, comme si tout cela était prouvé et reconnu.

» Dans ce désastre, je fais la mouche du coche, je harcèle M. d'Hauteville comme si mes mémoires et mes notes avaient jamais produit quelque effet, et comme si l'activité et l'intérêt de M. d'Hauteville avaient redoublé depuis qu'il n'est plus ministre que par intérim. »

Le premier acte du gouvernement, après la paix, avait été de sacrifier M. d'Hauteville (i) aux rancunes des Français; il les avait noblement encourues, en effet, par son dévouement au Roi.

« Les ennemis de l'ex-ministre sont triomphants de sa chute, non moins que nos nouveaux amis, écrivait le marquis Henry. Tous ceux qu'il avait fait attendre dans son antichambre ou dont il n'avait pas pris conseil trouvent que rien ne pouvait arriver de plus heureux. Cela fait pitié et mal au cœur, rien n'est si béte que les petites passions, ni si puant qu'une rancune sotte et mal entendue. i>

Bonaparte connaissait trop bien les hommes pour ne

(i) On lui donna une charge de conservateur de la religion de Saint-Maurice et une pension de dix mille francs.

pas laisser aux rancunes des vaincus le soin de couvrir sa marche victorieuse.

(( Il a passé le Mincio, son avant-garde est à Chiusa. Mantoue, par conséquent, est livré à ses propres forces. Il arrive des secours à Beaulieu , et Bonaparte n'ose, je crois, le perdre de vue, malgré l'envie qu'il aurait de poursuivre son voyage d'Italie; entre temps nous nous querellons, nous récriminons et avançons en nous désagrégeant les affaires du vainqueur; il nous bat et nous rançonne fort à Taise, chacun se gaudissant de voir battre et rançonner son voisin.

» On vient à ce propos de &ire une triste pasquinade : Salicetti joue la clarinette et fait danser la carmagnole à Beaulieu. Les princes d'Italie, assis en rond, regardent le spectacle; Bonaparte, le chapeau à la main et le pistolet de Pautre, fait la ronde pour recueillir le prix de la représentation. Le roi de Sardaigne , en chemise , tient la chandelle et éclaire la scène, et cela rend tout le monde ici fort gai.

» Heureux qui peut être Démocrite dans ces temps épouvantables et rire des calamités qui nous égorgent; c'est peut-être un sage parti à prendre quand le mal est fait et qu'il n'y a pas de remède.

» Un autre meilleur encore cependant est de tourner ses yeux vers le ciel comme le bon M urinais. Celui-là a toujours été heureux; quand il était follet et léger, oa l'aimait pour sa gaieté qui le rendait charmant. Depuis qu'il est devenu saint , il vit dans un autre monde qui vaut sans doute mieux que celui-ci.

» Nos pauvres compatriotes jsont ici^ en attendant le

résultat d^une démise démarche tentée en leur fiiveur, dans une consternation déraisonnante qui fiiit pitié; je les vois pen, moins encore les gens du pays, ex pas du tout mon prince. Je crois fisdre ma coor en ne montrant pas un visage mécontent , tt je suis incapable de leur dire à tous qu'ils ont âdt des merveilles, j»

La ratification définitive du traité de paix arriva le 20 juin à Turin. On n^avait rien obtenu pour les malheureux Savoyards. Le marquis Henry se voyait livré par ceux-là mêmes pour lesquels il avait combattu. Si grandes que fussent ses désillusions, il avait cru cependant qu^il existait un pays où la foi et l'honneur ne couraient pas risque d^être bafoués, et que ce pays était celui auquel il avait sacrifié son en&nt.

(( Avions-nous donc mérité d^étre ainsi flageUés par le malheur? Ah! bon Eugène, combien tu es mieux au ciel qu^en ce pays pour lequel tu es mort! Tu ne vois pas tout ceci , et c^est la récompense que tu as méritée.

0 Vous gémissez, mon amie, et je gémis avec vou$. Et cependant, à quoi serviront nos désolations? Il fout subir nos destinées écrites là-haut; après Tépouvantable sacrifice que nous avons foit, pouvons-nous compter avec les autres? Nous irons donc oii il plaira à Dieu de nous conduire.

» En dernière analyse, si nous retournions chez nous, nous retrouverions notre maison démantelée,, nos plantations détruites, nos amis absents. 11 nous faudrait adopter des idées nouvelles, renoncer à toute considération, nous résigner à vivre comme les juifs en pays catholiques.

36o UN HOMME d'autrefois.

» Pour moi , plus heureux que tant de pauvres compatriotes, dont les Français exigent le départ immédiat, j'ai la perspective de quelque temps encore pour aviser à l'avenir. On ne saurait , paraît-il , se passer de mes services, et je viens de recevoir la mission de dresser les plans et de rédiger les mémoires relatifs à nos dernières campagnes. Après quoi, on m'accrochera à un clou comme un manteau quand la pluie est finie. Si précaire que soit ma situation, elle me fait cependant bien des jaloux parmi mes plaintifs camarades; je commence aussi à essayer de quelque chose que je ne connaissais pas encore, de la haine. Une partie de celle dont jouissait le général CoUi est retombée sur moi. Comme je n'ai nui à personne dans le temps où je pouvais influer sur quelque chose, j'espère que ce fiel dont on m'abreuve se tarira, car il me fait grand mal. Hélas I je passe par toutes lès épreuves du saint homme Job, sans espérance de retrouver comme lui des jours de gloire. »

Ramer en sens inverse des illusions, des ambitions oii de la sottise, c'est s'exposer à être englouti. L'homnae de bien doit le prévoir et se fortifier le cœur, en faisant sienne cette noble devise : <c Pas n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (i). »

Mais c'était le petit nombre qui pensait ainsi, et beaucoup en Piémont voyaient dans le nouvel ordre politique un horizon sans limites pour leur ambition;

(i) Devise de Guillaume d'Orange.

LES VAINCUS. 36l

ceux-là avaient pour la France des tendresses , pour les Français des obséquiosités qui soulevaient le cœur.

a Madame Bonaparte arrive ici; il sera curieux de voir l'accueil qu'on va lui faire, écrivait le marquis Henry, qui ne le prévoyait que trop ; sans doute lios gens de cour vont s'empresser autour d'elle. Puissent-ils, au milieu de leurs platitudes , trouver moyen de venger l'Italie vaincue par son mari!

» En attendant, celui-ci continue sa marche foudroyante. Le duc de Modène s'est sauvé à Venise en emportant son trésor, ne laissant derrière lui que six millions pour étancher la soif du Dragon. Le duc de Parme est frappé de plus de contributions qu'il n'en peut porter. Le Pape a député au nouvel Attila des ambassadeurs en robe courte pour lui faire entendre raison. Entre autres fantaisies , Bonaparte veut absolument emporter l'Apollon du Belvédère. G>mment trouvez-vous cette idée-là? Ils veulent nous persuader qu'ils ne sont pas des barbares , parce qu'au lieu de briser les statues ils les volent, b

A propos de fantaisies , le marquis Henry raconte qu'à Livourne, à la fin de juin, le général Bonaparte voulut visiter le berceau de sa &mille; il ne trouva plus de son nom que le chanoine Philippe Bonaparte , chez lequel il alla loger. Il y passa la nuit et la moitié de la journée suivante, toujours occupé de conseils avec ses généraux. Le bon chanoine, mis en demeure de formuler un désir, pria son cousin le général de lui obtenir l'ordre de Saint-Étienne. Bonaparte partit immédiatement pour Florence, se fit donner une audience

et exposa respectueusement la requête de dom Philippe; on juge si le grand-duc eut garde de refuser.

Le grand-duc savait quelles étaient à son égard les intentions du Directoire, auquel pourtant, seul, parmi les princes italiens, il avait envoyé un ambassadeur.

« Occupez Livourne, mandait-on de Paris au général Bonaparte, confisquez, pillez toutes les propriétés anglaises, napolitaines, portugaises; si le grand-duc s'y oppose, ce sera de sa part une grande perfidie, et vous aurez le droit de traiter alors la Toscane comme une alliée de l'Angleterre (0« '^

Les particuliers étaient, comme les gouvernements , frappés de stupeur. L^avenir apparaissait à chacun plus incertain qu'aux jours mêmes de l'émigration , car la révolution , pendant la Terreur, était circonscrite par les frontières de la France, tandis qu^en 1796 cette frontière était franchie, et l'idée révolutionnaire se propageait au dehors comme un immense incendie devant lequel chacun fuyait sans voir à ses ravages d'autres limites que le vide.

a L'état des choses doit vous rendre ma correspondance pénible, écrivait le marquis Henry; de quoi peut-on s'entretenir qui ne soit inutile ou dangereux? Je suis abattu, malheureux, aigri. Les réformateurs de notre temps , après avoir banni de la terre la paix , Taisance, la confiance, l'honneur des hommes et des femmes , le respect pour le serment et Thospitalité, ont

( I) Botta, Storia d'Italia.

LES TAISCCS. 363

entrq?râs dfc&car les dernières traces de riaiimnùté eo noos icaulvii iEzoocs a|rcrès noas mvoir tdqKMiilIés. On vient, pu* cseanpk;, d'txndmuier à tous les Svroyuds an senrioe du Roî d'avoir à quîtier le Piémont dans quinze jouis. Il ne tests pas un asile poor cas, et quand on demande : où îront-Hs? personne ne peut le dire. J'aniai nne pcdte panre jnsqn^à la fin de sq>tembte, après quoi je me décidaai à Toler sor les grands chemins on à demander laamone, car, après m^avoir ôié d'nn ooap de plome loot asile et tonte fiartnne, on m*a dit que le petit em]^i qœ faws demandé était poor un antre.

B Au milieu de tout cela, madame Bonaparte tronire qu'on Ta fêtée gauchement. Noos ne disons pas, paraît-il, à nos vainqueurs : Je vous aime, airec le ton et Taccent d*un sentiment assez Yrai. Ah ? je vous le répète^ si nous pouvicMis avoir tme cabane à Chamounix et dequoi n'y pas mourir absolument de £ùm, nous serions trop heureux; nous y lirions VAriasie avec les Mille et urne nuits. Le IxMiheur rtv^KÎ^^. «u* jourdliui â vivre dans im monde imaginaire où Ton soit à toute distance des vainqueurs et des vaincus, des oppressetirs et des opprimés.

» Adieu, ma chère amie; vous voyez bien qu'il vaut mieux se concentrer et se taire, quand on n'a que des choses fâcheuses dans la tête et sur k cœur, b

On peut suivre pour ainsi dire pas à pas, en fisuilletant la correspondance du marquis Henry pendant cette douloureuse période, les progrès d^une misanthropie dont il se rendait compte et contre laquelle il

cherchait à réagir. Mais il ressemblait à ces malades qui ne croient guère à leur guérison et pour lesquels le remède est en quelque sorte une aggravation de souffrances.

u Je vais, pour dissiper un peu mon humeur noire, écrivait-il, passer quelques jours à Raconis (i). Je ne sais trop comment je me tirerai d'affaire; toutes mes facultés ont pris une trempe si dure , toutes mes idées une teinte si sombre que je ferai, je crois, une triste figure dans ce tourbillon d'élégance. Il faudra sentir le benjoin et dire des riens agréables, ou transformer en riens les choses les plus difficiles. Raconis est un des plus beaux lieux du monde, et la princesse du Piémont m'ayant invité et fait inviter plusieurs fois, je me trouve obligé de lui aller faire ma cour. Je vous rendrai compte de mon voyage, qui sera de cinq ou six jours. »

U en revint aussi oppressé et aussi triste qu'il était parti.

« Voilà huit grands jours que je ne vous ai dit un mot, ma chère amie. Je vous écrivais en partant pour Raconis; j'y ai passé six jours et le reste à Savigliano. Ce voyage m'aurait distrait et amusé, si le cours et la teinte qu'ont pris mes idées depuis quatre ans ne m'avaient pas émoussé sur une infinité de jouissances. La princesse (2) est vraiment comme Armide, au milieu des enchantements. Je ne lui souhaiterais qu'une en-

Ci) Château royal aux environs de Turin. (2) Princesse de Carignan, née de Lorraine, grand'mère du roi Charles-Albert.

ceinte de précipices autour de sa demeure avec des dragons et des cyclopes pour en défendre à jamais l'approche à tous les révolutionnaires français , lombards et piémontais.

» On mène dans cette superbe demeure, en les attendant, la vie la plus agréable. Tout le jour se passe en plaisirs d'une élégance rare, mêlés d'occupations. On y est libre d'ailleurs comme dans une maison particulière, et la maîtresse du lieu y est d'une grâce et d'une amabilité parfaites. Mes connaissances de Savigliano m'ont aussi rendu très-agréables les deux jours que j'y ai passés.

D Au point où nous en sommes, c'est en vérité une conquête que huit jours arrachés aux tristes réflexions »

Comment les réflexions du marquis Henry n'eussentelles pas été douloureuses? Delà prospérité d'autrefois, il ne demeurait que ce vain éclat de cour destiné à rassurer les uns, à éblouir les autres et à tromper enfin ceux qu'on avait intérêt à tromper. Mais en feignant d'être rassuré, on ne trompait personne; l'ascendant de la République française devenait irrésistible. Modène s'était déclarée république; la république lombarde s'organisait et s'affermissait. La fin de la monarchie sarde devenait fatale.

<c Les États du Roi sont cerclés de républicains, écrivait le marquis Henry, et serrés comme dans un étau; il est impossible que la monarchie résiste à pareille étreinte et ne soit pas étouffée. Finir, c'est le sort des choses humaines arrivées à leur apogée.

» Les corps politiques comme les corps animés, en recevant l'existence, reçoivent un principe de destruction quUls portent dans leur sein et qui tôt ou tard doit se développer. Je compare les révolutions à la petite vérole, elles sont épidémiques comme cette maladie.. Il feiut qu'une révolution suive son cours; une contrerévolution n'est autre chose qu'une petite vérole rentrée. La révolution réduit souvent à l'agonie le corps politique qui l'éprouve; elle ne l'embellit point, quoiqu'elle l'assainisse quelquefois. Sans parler de la mort, qui en est trop souvent la suite , elle laisse des cicatrices , des taches et des principes de langueur. »

Comme symptôme d'une indéniable gravité, le marquis Henry citait encore la multitude de fausses nouvelles qui s'abattaient sur le pays.

u Elles tendent toutes, disait-il, soit à éprouver les opinions particulières et le vœu général, soit à discréditer notre malheureux gouvernement "; tantôt on fait craindre la disette dans ce pays le plus riche du monde, tantôt on atteint notre. papier-monnaie, meilleur mille fois cependant que les assignats de nos vainqueurs. La méfiance est partout. On reconnaît ici l'infernale main de Bonaparte, qu'après avoir baisée avec terreur hier, on commence à baiser avec amour aujourd'hui. »

Le sentiment d'un dégoût profond inspiré par ce qu'on appelle habileté ou nécessité politique ajoutait au désir que le marquis Henry avait de quitter la cour.

Il venait de remettre au Roi le dernier mémoire sur les opérations de la guerre, et son emploi de quartier-

maître général se trouvait par le fait supprimé. Le marquis n'était plus qu^un de ces émigrés que Ton chassait du Piémont.

(( Je viens d^écorcher la queue de ma grande affaire , écrivait- il, j'ai rendu tous mes comptes au prince, au bureau de la guerre et à celui de la topographie. J^ai reçu beaucoup déloges , mais pas un mot qui fixât mes idées sur ce que je puis devenir. Le Roi m'a accordé en revanche tout ce que je lui ai demandé pour mes officiers. C'est la dernière fois que j^ai fait le colonel, que j^ai pu rendre service avant d'en demander à la charité publique.

» Je ne sais sî^ en se séparant de moi , le Roi a eu le crève-cœur que j^ai éprouvé à me séparer de mes bons et fidèles domestiques qui avaient émigré pour me suivre; je n'ai pas voulu attendre pour me séparer d'eux le moment oti je ne pourrais plus les payer. Voilà Peffet de la misère.

» Je vais vous rejoindre, mon amie, je touche à cet instant si désiré et si horrible; comment supporterons-, nous de nous revoir? m

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