CHAPITRE DIX-NËUVIÈME
Les théories du comte de Maistre. — Un oncle de Bavière. ~ Le grand électeur Maximilien. — La partie de trucq. — Mort de Victor- Amédée. -— Charles- Emmanuel IV lui succède. — Reconstitution de l'armée sarde. — Le marquis Henry est nommé quartier-maître général. — Réformes , bals et conjurations. ~ La reine Qotilde. — Comment Quirini , ambassadeur de Venise apprend les projets de Bonaparte sur sa République* — Miot , ambassadeur de France.
Les détails que Ton vient de lire sont empruntés à une lettre de la marquise. Ce papier, jauni , froissé , est demeuré le seul témoin de ces scènes si douloureuses. Les larmes dont il est taché çà et là sont vieilles de quatre-vingts ans, et cependant toujours jeunes, comme ce qui émeut le cœur. Tant il est vrai que si le bonheur sied aux vivants, la douleur seule peut donner de vrais amis aux morts. Qu'elle les absolve comme Marie Stuart, qu'elle les sanctifie comme Jeanne d'Arc, qu'elle les poétise comme le Tasse, ou. simplement les fasse aimer comme le marquis Henry dans leur obscurité , encore un coup, la douleur a le privilège de ceindre la mort d'une auréole.
C'était à la rencontre de ses enfants et de ses petits-^ enfants que Henry portait sans doute sa pensée tandis qu'il fuyait ainsi loin de Bearuregard, poursuivi par. les huées d'un fou. Il demandait sans doute à ses larmes de mériter un avenir moins cruel pour ceux nés ou à naître de son sang.
a Cet avenir est entre les mains de Dieu, murmurait-il...
— Oui, regardez vers lui, montrez-lui les larmes de votre visage et les amertumes de votre cœur, reprit M. de Maistre; sans doute Dieu aura pitié. » Presque aussitôt il ajouta : a Ce que Dieu fait n'est point sans raison pour votre bien. Levez-vous, Henry, c'est Dieu qui fait chanter là-bas cet idiot sur vos ruines pour vous montrer le néant des vanités humaines. Regardez" en face le spectacle, car il est digne de vous, et redites-le à vos enfants. »
Sous cette parole inspirée, le marquis Henry s'était redressé. Ces deux hommes, d'une si grande doctrine et si grands par le cœur, s'étaient compris.
Ils s'inclinèrent l'un auprès de l'autre pour prier. Par l'anéantissement de leur raison , comme par l'essor de leurs âmes, ils glorifièrent la main qui frappait.
C'est une admirable chose que la raison qui s'abdique ainsi! Il y a d'incomparables grandeurs et d'invincibles forces dans ces soumissions mêlées à la misère!
Les forces revinrent comme par miracle au marquis Henry. On eût pu entendre, pendant le reste de la traversée, les deux nobles amis causer des événements avec une admirable sérénité d'esprit et les croire devenus indifférents aux injures de la fortune.
Et cependant l'homme est ainsi fait, qfu'il ne puisse •se soutenir à de telles hauteurs par le seul vol de son esprit. Dieu a complété en lui l'intelligence par le cœur, et à ce cœur il a voulu donner la femme pour guide et pour appui.
N'est-ce point, en effet, la sublime mission de la femme que de consoler les malheureux? Elle sait prier, et amène Torgueilleux frappé dans son orgueil à s^in* cliner avec elle; elle croit et rend une espérance immortelle à Fâme efGrayée, prête à se réfugier dans l'espoir du néant. Lorsqu^on voit la femme traverser une existence chrétienne et douloureuse comme celle du marquis Henry, elle apparaît alors comme Tange du Paradis perdu.
Pourquoi le romancier poursuit^il si souvent au tra^vers du scandale ses études du cœur humain? Pourquoi Êiut-il que dans ses livres Thomme soit si souvent un libertin sceptique, et la femme une femme perdue?
Pourquoi chercher la fiction dans le mal, quand la réalité est parfois, comme dans cette lettre, si touchante et si vrsde?
« Henij, dqmis soa voyage à Eeauregard , est plus abattu que je ne le voudniis, qa^il ne le voudrait lui' même, f en sois sûre, écrivait la marquise à son frtt^. Devant lui, je me garde de mon propre àizgrm et souris plus qu'il œ conviendrait. Si je ne faisais ainsi , il se cacherait de moi; je veox an moins qu'il ait h liberté et la jouissance de ses larmes. Autour dt lui , nous rivalisons de belle haoutzr poor qu'il tn voie pa.^ ' notre misère. Poor moi^ je va£s diietdxt au t'yfi.i 4-^ mon cœor la prière et la pKi3ée qir c» crjT^v/ji'At^,t hl*:r pour les prodigoer i csLit cjû tst plvt V>v*4; f{ ^ tf/4 aujonnni:iL Par aae grâiry it Ir^::, irjr/\ *:ry/*r y/'^f Henry read ssa «vc:£:aace ir^ir-^:^^ a ^ <éx'/.^^ Est-ce parc^ c^zs. i^r ircci îsu:.^rt co^^r ;.ur^ ^r.t '^^tt^ç
ia pensée d'une expîation nécessaire et d'une soumission méritoire? Peut-être.
» Maintenant je sais prier, et maintenant je prie avec Henry; la prière, cette chose de luxe à nos heures heureuses et que tant de fois nous avions traitée en étrangère et en importune, est devenue notre compagne de tous les instants et s'est fait une place au plus intime de notre foyer. »
Ces chutes, ces relèvements, ces rechutes d'un cœur malade, qui ne les a éprouvés? Comme tous les malheureux, Henry revenait à la vie parmi ces secousses, mais si lentement, mais si douloureusement qu'il eût voulu demeurer à chaque étape. C'était malgré lui qu'il marchait vers la guérison. On eût dit qu'il aimait son mal et se défendait de se le laisser arracher.
La marquise parvint cependant peu à peu à le détacher de sa maladive recherche pour la solitude ; elle lui rendit le besoin d'échanger ses pensées comme le goût du travail, et combla ce vide de son esprit que M. de Chateaubriand, en parlant de lui-même, comparait à une rade sans vaisseaux.
Subissant comme malgré lui ce charme de tous les instants , Henry songea , pour la première fois , à recueillir ses souvenirs, et, sa pensée remontant des douleurs et des humiliations présentes à la gloire et à la prospérité passées, il sentit naître en lui le désir de raconter ce qu'avaient été ces gloires et ces prospérités, il ébaucha le plan de ses Mémoires historiques sur la royale Maison de Savoie.
Mais la misère vint bientôt lui arracher la plume ;
le séquestre de tous ses bieas et sa radiation des cadres de l'armée le laissaient sans ressources; quelques leçons de dessin données çà et là dans Lausanne assurèrent le morceau de pain du jour, sans assurer celui du lendemain.
Un grand-oncle, sur lequel il ne comptait guère, lui vint en aide au moment oti tout semblait désespéré.
Barthélémy Costa, mort, quelque cinquante ans auparavant, général au service de Bavière et grand chambellan de Pélecteur Maximilien, avait été^ comme tous les cadets du temps, chercher fortune loin de son pays. C'était vers l'Allemagne qu'il avait tourné la tête de son cheval en franchissant, lesté de quelques écus, la porte de la maison paternelle.
Arrivé à Munich et chaudement recommandé par le grand prince Eugène de Savoie, il avait promptement obtenu une compagnie dans les gardes à cheval de rélecteur. Raconter la vie de Barthélémy serait hors de propos ; il suffit de dire que partout, à la bataille comme à la cour, il se conduisit en digne gentilhomme, et que, peu d'années après son arrivée en Allemagne, il était devenu, grâce à sa bravoure et à son esprit, général de cavalerie, aide de camp général et grand chambellan de Maximilien.
Maximilien était le prince que Voltaire nous peint comme aimable, vaillant, chéri de ses sujets, mais ayant dans l'esprit plus de magnanimité que d'application.
Parmi ses défauts, il portait la passion du jeu à l'extrême, et rendait ainsi son amitié dangereuse pour
ceux qu'il en honorait. On en donnera cette curieuse preuve d^une carte conservée dans les archives de la famille; elle porte un règlement de jeu à la date du 7 janvier 1701 entre Maximilien et son chambellan Barthélémy; or, il résulte de ce singulier document qu^en quinze parties jouées au trucq (i), Son Altesse avait perdu 450,000 escalins, soit, en monnaie actuelle, la somme énorme de 35o,ooo francs.
Les avait-il payés? Rien ne le prouve. Ce qui est certain, c^est qu'à la mort de Maximilien les États de Bavière refusèrent de reconnaître les dettes qu^il laissait, sMlevant à plps de 18 millions de florins, et que Barthélémy perdit ainsi des sommes importantes.
A la mort du général, ses héritiers ne les firent figurer que pour mémoire dans Finvemaire de sa succession, et jamais on n^avait songé à en réclamer, en Bavière, ni le capital ni les intérêts. Il fallait des circonstances aussi douloureuses que celles où se trouvait le marquis Henry pour tenter une semblable aventure.
Il essaya cependant, et, cette fois, par une fortune étrange dans sa vie, le succès dépassa son espérance. Oîi avait- il rencontré le prince de Saxe auquel il sWressa? Je ne saurais le dire. Mais celui-ci prit avec tant de chaleur les intérêts du marquis Henry, qu^il finit par obtenir pour lui le remboursement, sur ses créances, d'une somme d'environ 20,000 francs.
C^était la fortune qui revenait à Lausanne et permet-
(i) Sorte de billard.
tait au marquis d'échapper à ces soucis matériels si douloureux et si bien faits pour ravaler Tintelligence la plus haute; car, s*il est vrai que la pauvreté fasse monter comme sur un piédestal certaines âmes d^élite, combien succombent au contact de souffrances vul«gaires !
Ce serait à désespérer de* soi si, Dieu merci, aux grandes heures, on ne se trouvait parfois meilleur qu'on ne mériterait de Tétre.
Henry eut-il de lui-même cette impression quand un ordre du Roi vint tout à coup Parracher une seconde fois à sa famille et à ce repos qu'on lui avait si cruellement imposé quelques mois auparavant?
Peut-être, car il quitta tout à ce mot magique du devoir!
Le devoir, en effet, pour tous les serviteurs de la monarchie, était de se serrer autour du trône à cette heure, la plus critique que le Piémont eût encore traversée. Le vieux roi Victor-Amédée était mort frappé d'apoplexie; il n'avait pu survivre à la honte du dernier traité de paix.
Sa mort avait appelé au trône le prince du Piémont. On peut dire qu'en acceptant cette douloureuse succession à un tel moment, le nouveau roi donnait la preuve d'un grand courage et d'une héroïque abnégation. Il se trouvait en quelque sorte garrotté par les Français; trop loyal pour user de trahison vis-à-vis d'eux, trop indécis et trop faible pour prendre contre eux une attitude énergique, Charles -Emmanuel IV n'eut pas un Jour d'illusion ou d'espérance. Il était d'ailleurs souffrant
Sg;^ UN HOMME D*AUTREFOIS.
dès son enfance d'une maladie nerveuse qui avait imprimé à tout son être une mélancolie inguérissable. Sans cesse hanté par les visions les plus iunestes, il se comparait à son beau-frère Louis XVI et se disait condamné à une fin aussi tragique que la sienne. Rien n'était douloureux comme l'abattement dans lequel se traînait ce malheureux prince. Sa femme seule avait assez d'empire sur lui pour lui rendre quelque énergie. « C'est, dit le marquis Henry, une adorable princesse que la reine Clotilde. Elle est plus confite en Dieu qu'on ne saurait l'imaginer. »
Au ton dont il en parle, on voit quelle admiration passionnée inspirait au marquis cette sainte d'un autre âge. L'impression qu'il éprouvait était partagée par le pays tout entier et tournait au profit du Roi. Charles- Emmanuel, par lui-même, avait d'ailleurs une sorte de prestige : on le connaissait peu, son caractère sombre et défiant l'avait tenu dans l'ombre jusque-là. Nul ne songeait donc à lui imputer les malheurs du pays, et Victor- Amédée avait emporté seul dans l'autre monde toute la responsabilité des fautes commises.
Parmi ces fautes, la plus grave assurément avait été le licenciement de l'armée; ce fut aussi la première que Charles- Emmanuel IV se mit en devoir de réparer. Pendant les dernières guerres, deux ou trois commissions importantes avaient rapproché de lui le chef d'état-major de Colli ; le marquis Henry avait frappé le prince par la portée de son esprit, la justesse de ses vues et son entente des choses militaires. Ce fut donc lui que le nouveau roi préféra à bon nombre d'intri-
gants qui briguaient l'emploi de quartier-maître général, c'est-à-dire de réorganisateur de Tarmée.
Henry était à mille lieues de prévoir une faveur, dont, à vrai dire, il se fût passé, maintenant que recommençait pour lui une existence presque heureuse. Cependant il ne balança point à obéir; chez les hommes de sa taille, l'intérêt et les convenances personnelles n'existent pas quand on a un devoir à remplir. Volontaire, il avait commencé la guerre en 1792; volontaire, il allait reprendre l'uniforme quatre ans après pour obéir à ce sentiment de fidélité qui, chez lui, n'était autre que l'attachement au droit et à l'autorité, représentés par le prince^
En même temps que lui arrivait Tordre de repasser les Alpes, le marquis Henry était avisé qu'un article secret du traité de Paris autorisait le Roi à employer, ^ sous son bon plaisir, les émigrés savoyards dans son
armée. Ainsi la même volonté qui Pavait banni quel* ques mois auparavant le réintégrait aujourd'hui dans son emploi, cela non point pour réparer une injustice, mais bien parce qu'on y voyait quelque utilité.
Mais, encore un coup, Henry avait le cœur trop haut pour marchander sur ces misères. En fait d'honneur, il était prime-sautier. Sa femme le laissa partir ; elle aussi s'entendait en honneur et n'était poiçt de celles qui hésitent entre une action moins bonne, dont elles profiteraient, et une action meilleure, dût celle-ci leur arracher le cœur,
Henry partit; de Lausanne à Turin, il dépelotonna lentement le fil de cette route qu'allongeaient la tris-
tesse dans son cœur, la neige et le verglas sous ses pieds.
Il trouva, en arrivant en Piémont, Paccueil affectueux que les rois, comme leurs moindres sujets, savent faire à Tami des mauvais jours; ses patentes de quartiermaître général furent signées sur-le-champ. Charles- Emmanuel y voulut joindre celle de directeur général de la topographie; de deux jours l'un, il fallait aller rendre compte des progrès que faisait la nouvelle organisation. Sans cesse en rapport avec le Roi, le marquis Henry partageait ses angoisses et pouvait sûrement apprécier les événements qui poussaient le pays aux abîmes,
« On m^a reçu ici en grande perfection, mon amie, et cependant ce n'est pas le meilleur de moi-même que j'y ai apporté. Le Roi m'a embrassé et m'a gardé auprès de lui pendant deux heures. Il m'a demandé, comme à son vieil ami, de l'aider dans sa tâche épineuse. Il m'a dit cela d'un air si triste que j'en avais du mal. Avant de me congédier, il a voulu signer mes patentes de quartier^maître et celle de directeur de la topographie.
» J'avais, paraît-il, pour ma charge, bon nombre de concurrents, qui ne sont pas les plus contents du monde, non plus que ceux qui, tout naturellement, maigrissent de l'embonpoint d'autrui. La majorité indifférente, à ce que l'on m'assure, ne désapprouve cependant pas le choix que l'on a fait de moi.
» Hélas! la ruine est ici partout; il faut frapper, frapper encore ce malheureux pays, et le frapper si fort que la mort s'ensuivra. On se jette dansie gouffre pour
TURIN. SgS
tâcher de le combler. Curtius n'était qu'un pauvre martyr auprès du Roi, qui donne les plus héroïques exemples d'abnégation. Les princes rivalisent de sacrifices avec lui. Malgré cela, les railleries contre ce que fait le gouvernement sont infinies. Bien des gens raisonnent à merveille qui s'en tiennent là et se récrient d'avoir à supporter leur petite part d'un mal si général. Cependant, à mon avis, le gouvernement est sage de mettre pied à terre pour n'être pas désarçonné par son palefroi que harcèlent plus que jamais toutes les mouchés infernales de la révolution.
» Depuis mon arrivée à Turin, je travaille sans cesse, je travaille chez moi, je ne sors guère que pour aller travailler ailleurs. Vous savez mon triste penchant à faire des trous dans l'eau, j'en vais faire d'énormes avec mon état-major. »
Comme chez le marquis Henry, il existe dans certains esprits excellents une tendance à voir les choses par leur côté douloureux. On les en blâme alors que cette disposition devrait faire admirer davantage leur persévérance à poursuivre un but qu'ils désespèrent d'atteindre. Ceux-là d'ailleurs sont le plus rarement trompés par l'événement, qui d'avance en escomptent les mauvaises chances.
a C'est prudence, disait le marquis Henry, de prévoir le contre plus que le pour de mon entreprise, surtout depuis que j'ai vu le Roi. Mardi, en lui disant ce que j'avais à lui dire et en écoutant de lui les choses les plus intéressantes, je n'ai que bien peu avancé mes affaires ; jugez s'il me faut appuyer sur mes rames pour faire
marcher ma galère dans un moment où Ton supprime, par économie, une foule de légations, où les ministres feuillettent leurs portefeuilles, où les grands de cour exercent leurs charges sans appointements; c'est d'un bon exemple de servir ainsi le Roi, mais je ne puis aire vivre mes officiers^ ni organiser ainsi mes bureaux.
» Vous ai-je fait savoir le nouvel édit qui vient d'être publié? Il demande à peu près une année de revenus aux rentiers et aux propriétaires, plusieurs millions au clergé, cinq cent mille francs aux juifs, de grosses contributions aux commerçants et aux fournisseurs de l'armée,
D Mon Dieu, si tout cela était payé, la dette publique serait assurée et le gouvernement reprendrait toute la force dont ses dernières mésaventures le rendent capable. Mais je crains bien que nous n'ayons à déchanter, car notre misérable monarchie, noyée au milieu des républiques comme un clou de girofle dans un pâté, est exposée à trop de secousses. »
Ses pressentiments ne devaient point tromper celui qui jugeait ainsi l'avenir de la monarchie sarde. Les mesures prises par le gouvernement avaient tout d'abord produit un heureux résultat. Quatorze millions de papier-monnaie furent retirés de la circulation, trois ou quatre millions de dettes urgentes furent pay^, de grands achats de blé assurèrent un hiver tranquille. La confiance semblait prête à renaître; mais c'était là précisément ce que ne voulaient pas les jacobins piémontais, pas plus que ne le voulait le gouvernement français, dont ces gens étaient les misérables instruments. ^
a On ne parle ici que de bals et de conjurations, sin-*
gulîer amalgame, convenez*en, mais qui est bien la vérité des choses, écrivait le marquis Henry; heureusement, ajoutait-il, que jusqu'ici le gouvernement s'occupe plus des conjurations que des bals, et le public plus des bals que des conjurations; mais il est bien évident pour moi que la gent républicaine nous mine sourdement, et qu'avant peu nous aurons du fil jacobin à retordre. »
Il eût fallu être aveugle pour ne pas voir le résultat qu'avait cherché le Directoire en stipulant par Farticle 8 du traité de Paris la mise en liberté de tous les patriotes arrêtés sous le règne précédent. Le citoyen Jacob, ministre de France, avait impérieusement réclamé cette amnistie dès son arrivée à Turin et s'était, sous prétexte de surveiller Pexécution du traité, constitué ouvertement le patron des plus dangereux sectaires. Le palais de la légation française devenait un lieu de rendez-vous pour tous les mécontents.
Jacob ne dédaignait pas de présider même parfois les conciliabules que ces gens tenaient hors de Turin; il s'y rendait sous prétexte d'herboriser dans les jardins botaniques du Valentin.
Le résultat de toutes ces intrigues ne devait pas se faire attendre longtemps.
« Une véritable* conspiration vient d'éclater à Turin, écrivait Henry à sa femme. Les malheureux, les mécontents qu'ont créés ici les réformes auxquelles nous nous livrons se sont joints aux têtes folles et aux régénérateurs à brevets pour bouleverser et ensanglanter notre malheureux pays. Ils devaient commencer par exter-
3gS UN HOMME d'autrefois,
miner la famille royale à coups de cagafoco pendant qu^elle défilerait par le salon des Suisses pour aller à la messe. Le hasard a tout dérangé au moment de Texé* cution. Il s'agissait, comme bien vous pensez, de proclamer les droits de Thomme. Le nombre des conjurés est très-grand. La pauvre Reine est bien malade de saisissement. »
Et le marquis Henry, tout bouillonnant dUndignation en présence de l'attitude du Roi et de Phumiliation de son pays, ajoutait :
(( Charles-Emmanuel a expédié un courrier à Paris. Pourquoi faire? Ne peut-il ou n^ose-t-il plus venger lui-même les attentats dirigés contre sa personne? Voilà où nous en sommes. Les rois consultent le Directoire pour savoir s^ils doivent ou non se laisser assassiner. Qu'ils aillent donc à Paris, ils apprendront, non pas à gouverner, mais comment on fait respecter le pouvoir que Ton a et comment on acquiert celui qui ne vous appartient pas.
)) Les gouvernements paternels et honnêtes sont tellement décriés et passés de mode, qu'ils doivent fatale* ment disparaître ; on n'aime et Ton n'admire plus que ceux qui frappent et qui foulent ; on ne se prosterne que devant l'ange exterminateur et devant sa grande épée flamboyante.
n Voilà une des maladies de c^tte abominable fin de siècle. Du reste, ma chère amie, voulez-vous un mot qui peigne notre avilissement? L'autre jour, un acteur français, complimentant ici son public, a commencé sa harangue par cesrmots : lUustxes étrangers ! »
L'invasion rendait, en effet, les Italiens étrangers en Italie. Depuis la capitulation de Mantoue, Bonaparte et ses légions disposaient en maîtres de .ce malheureux pays.
a Mantoue a capitulé le 8 de ce mois , les avantpostes du Saint-Père ont été battus le même jour sur Je Cénio, où ils s'étaient retranchés. Dieu seul sait où va s'arrêter la débâcle de cçtte malheureuse Italie; on y pleure, on s'y désole de nous voir abandonnés!
» On en est à ne pas savoir ce que va devenir le Saint-Père. J'ai peur que ce démon de Bonaparte, après avoir semé l'épouvante à Rome, ne fasse s'avilir quelque apostat. Ce serait là un ritrovato digne de lui, digne d'un Attila philosophe, et qui ferait rire l'enfer et le Directoire. »
Ces nouvelles avaient été apportées à Turin par le marquis de Carail, qui arrivait d'Ancône, où il avait laissé Bonaparte. Les avant-gardes françaises étaient à Lorette, que venait d'abandonner précipitamment la petite armée du Saint-Père.
a Bonaparte, racontait M. de Carail, s'était fait apporter la madone et avait donné à dîner au chanoine qui l'accompagnait^ se bornant à interdire de nouveaux miracles, w
C'était, disait un sceptique de Turin,
De par le Roi , défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
Presque en même temps que M. de Carail, parvenait à Turin la nouvelle du traité de Tolentino.
« Les Français, disait Henry, espèrent briser k papauté spirituelle comme ils jettent la statue temporelle à bas de son piédestal. »
Mais, par un calcul habile, Bonaparte ne voulut point exagérer ses sévérités à Pégard du Pape : il espé- ' rait s'en servir. Après avoir rendu compte à sa femme des stipulations de Tolentino, le marquis Henry ajoutait :
a Voilà comment et à quelles conditions la paix s^est taite avec le Saint-Père. 41 est, hélas! dans la triste position où nous sommes nous-mêmes , c^est-à-dire à la merci de notre impitoyable vainqueur. On lui a ôté jusqu'à la petite rapière avec laquelle il aurait pu être tenté de couper les oreilles de Malcbus I
)) Hélas ! les bons anges protecteurs du pays semblent vouloir Tabandonner; notre pauvre princesse est à Tagonie; son grand courage, sa résignation, sa bonté, ont pris un caractère d'exaltation. C'est une désolation parmi ses amis; ceux qui ne Tétaient pas se reprochent de n'avoir jugé cette âme grande et juste que d'après ses dehors d'élégance et de frivolité.
» Si la patience et la résignation dans d'horribles souffrances sufEsent en ce monde pour épurer une âme, notre princesse doit aller droit au ciel.
» On lui a apporté hier le buste de sa mère par Le Moine et une partie des diamants de la princesse de Lamballe, sauvés du pillage de la révolution. C'est le dernier petit plaisir que la sainte aura éprouvé ]en ce monde.
» La Reine, avant d'être elle-même malade, passait
sa vie auprès d^elIe et lui donnait des soins admirables ; elle-même est déjà plus qu'à moitié dans le ciel. »
Depuis l'attentat auquel elle avait échappé, la Rein était dans le plus triste état de santé; la présence des armées révolutionnaires à Turin lui rappelait de trop déchirants souvenirs. Hélas ! elle-même rappelait à ses persécuteurs un crime dont leurs mains portaient encore le sang. Elle était Reine, son époux était Roi ; tous deux étaient donc voués à la haine des jacobins piémontais et de leurs nouveaux alliés. Partout oîi se manifestaient des soulèvements, on découvrait bien vite la main du Directoire. Quand on demandait à ses représentants en Italie de ne pas aider aux perturbateurs, ces gens-là plaisantaient.
a Que pouvons-nous, disait douloureusement le marquis Henry, faibles et usés que nous sommes, contre ces attaques unies à Téclat que leur donnent la victoire et la liberté? Les Français mettent le feu aux poudres partout ici, et leur pouvoir n'a pas plus de bornes que leur conscience n'a de frein. »
Depuis l'avènement de Charles-Emmanuel, les Français l'avaient d'abord comblé de promesses pour l'amener à conclure avec eux une alliance offensive et défen* sive; les conspirations avaient succédé aux promesses sans obtepir un meilleur résultat, car la résistance du ^oi venait *de ce que, pour rien au monde, il n'eût voulu porter les armes contre le Saint- Père.
Malheureusement, quand, par la paix de Tolentino, l'infortuné prince crut ce danger écarté, il céda-et se jeta pieds et poings liés entre les bras de l'ennemi.
Le marquis de Carail et le général Clarke signèrent un funeste traité d'aillance le 7 ventôse de Tan V.
u Voilà, écrivait Henry, une proclamation de Bonaparte qui constate Talliance entre le Directoire et nous; il ne s'agit que des déserteurs que l'armée française doit rendre à la division sarde et vice versa.
» Mais, en même temps, arrive l'ordre à nos troupes légères de faire un mouvement vers Buffalora. Évidemment elles vont passer le Tessin, et il n'y a guère de doute que ce ne soit pour occuper quelque concession faite par nos grands amis aux dépens de ceux qu'ils ont volés. Voici un moment de grand intérêt, il s'agit de donner à Jacques ce qui est à Jean !
» Vous comprenez l'émotion que doit causer une telle nouvelle, car, depuis un mois, on disait l'alliance arrangée par le général Bonaparte et rejetée par le Directoire. Celui-ci refusait, pensant évidemment que s'alliera un Roi était une infraction à ses maximes fondamentales ! Mais consolons-nous de ces mépris passés, nous sommes dores et déjà les alliés de la grande République; c'est le crapaud qui, une fois avalé, nous rendra indégoûtables de tout le reste. »
' Charles-Emmanuel, exact à remplir ses nouveaux engagements, rassemblait dans le Novarais l'artillerie et les troupes qu'il s'était engagé à fournir. Partageait-il les théories du marquis Henry sur le profit moral qu'il tirait de son alliance avec la République ? C'est possible; mais ce qui est certain, c'est que ce malheureux prince espérait trouver dans le traité conclu une garantie contre l'insolence et les agissements des agents français.
(( La réunion de nos troupes à celles de notre vainqueur est, pour nous tous ici qui entourons le Roi, un dernier et bien amer calice à boire, écrivait Henry. Si du moins la couronne pouvait ainsi échapper aux griffes qui jouent avec elle comme le chat avec un peloton de fil, si tant de honte pouvait amener la paix! On est ici dans une fermentation d'idées et de bavardage qui ne finit pas.
» Pour moi, Pétat d'incertitude dans lequel je vis et le dégoût que j'en éprouve jn'enlèvent jusqu'à l'envie de vous écrire. Peut-on former un plan de vie lorsqu'on ne sait même pas si dans le nouveau traité d'alliance il a été fait mention de nous , pauvres émigrés niçards et savoyards?
» Dans cette angoisse universelle, ce qui constitue ma petite part de misères personnelles, c'est qu'une multitude d'amours-propres blessés se jettent en travers de mes roues. Les adjudants généraux du département, gens outrecuidants et gonflés d'importance, finiront par étouffer dans l'œuf mon pauvre état-major.
» Figurez-vous qu'on n'a pas daigné me parler de la formation du nouveau corps auxiliaire que nous avons à fournir. J'ai lieu de croire que je n'y serai pas employé, grâce à toutes ces intrigues qui me battent en brèche. Aussi bien suis- je tout consolé de ne pas armer en course et de ne pas prendre rang parmi les forbans qui écument ce malheureux pays. »
Le tour de Venise était arrivé. Chacun sait les pratiques de Bonaparte à l'égard de l'infortunée Repu blique; mais la manière dont l'éveil fut donné au
Sénat vénitien sur les desseins du vainqueur est contée ici d'une façon assez piquante :
« A propos de Venise, ce pauvre Quirinî, ici ambassadeur de la Sérénissime République, affectait, pendant que Clarke et M. de Saint-Marsan réglaient les conditions de notre alliance avec la France , de vivre dans une espèce de familiarité avec le premier et d'aller chez lui à toute heure. Or on le fit prier, un matin, d'attendre dans le salon qui précédait le cabinet de M. Clarke. En se promenant, Quiriai remarqua une superbe carte déployée sur la table; c'était celle des États de Venise, toute disséquée au moyen de soies vertes tenues avec des boules de cire. Jugez de sa surprise, de son effroi! On en rit encore à Turin.
)) La présence de M. Clarke semble mettre ici les uns à mal, les autres en belle humeur; parmi les premiers, M. le ministre de Vienne, qui meurt de s'être promené deux heures au soleil avec lui, ce qui fait dire que nous n'avions plus qu'un Autrichien en Italie et qu'il a suffi d'un Français pour le tuer. »
M. de Maistre venait d'arriver et avait apporté des lettres à Henry :
« J'ai enfin de vos nouvelles, chère amie; au milieu de vos vues originales et prophétiques, répondait-il à la marquise, la première chose que je recherche, ce sont vos douces paroles d'amitié: aussi jugez si j'ai tendrement reçu votre messager. Maistre est trop dans notre vie intime pour qu'une seule de ses paroles, quand il me parle de vous et de mes petits, ne me tombe sur le cœur comme une rosée bénie. Vivre loin
de vous est pour moi inhabituable, depuis surtout que rien dans mon cœur ni dans mes peines n*a plus de but. Je tourne comme un écureuil dans sa cage, ou comme ces misérables animaux que Ton attelle après leur avoir bandé les yeux et qui, après une journée de labeur, s'imaginent avoir dévoré l'espace pour se dételer au même point. Depuis que je vous ai quittée, j'en suis là. Après avoir travaillé, pensé, je me retrouve aussi inutile et aussi moulu. Vous savez peut-être que notre pauvre oncle de M urinais est nommé au conseil des Anciens. Qui eût dit, quand il ramait pour devenir maréchal de France et cordon bleu, que ce serait là qu'aboutiraient ses peines? Que vous dirai-je encore de moi , sinon que j'ai un bel uniforme neuf avec une broderie el un collet de velours cramoisi? Je vais Pétaler tout à l'heure chez le Roi, dont c'est aujourd'hui la fête. Il m'a fallu, pour l'endosser, mettre à mal trois cents livres, et faire comme votre homme qui cassa, en agonisant, son pot de tisane et s'en alla dans l'autre monde , ne laissant à sa femme et à ses enfants que les yeux pour pleurer. »
. Dans une autre lettre, le marquis Henry revient encore avec découragement sur l'inutilité de tant de sacrifices, et donne sur la façon dont fut accueilli M. de Maistre ces curieux détails :
(c J'ignore si le monde se sanctifie là où vous êtes, mais ici moins que jamais c'est la prud'homie qui fait la loi. Maistre a vu les puissants, et l'on a déjà trouvé qu'il parlait trop haut, qu'il était trop tranchant. Autant on a raison d'être toujours soi-même,
4o6 UN HOMME d'autrefois.
autant il serait bon, pour les formes, de se plier au goût d'autrui; mais il sera toujours le même, regorgeant de bonnes qualités et de toutes sciences , et avec cela roîde et dogmatique , c'est dire peu fait pour réussir ici, où Ton ne sait rien, mais où, en revanche, les échines ont la souplesse de l'osier. Pour le moment, il vit dans un grenier, où il s'est enfermé pour travailler )e ne sais à quoi ; il s'épargne ainsi d'entendre bien des sottises et de dire ces belles vérités qu'il dit si crûment et qui ne réussissent pas. »
Que de belles vérités, en effet, pouvait dire le comte de Maistre, lui, Thomme de l'autorité, en retrouvant en Piémont l'anarchie partout et la faiblesse sur le trône! Pour dégager sa responsabilité, et plus encore pour se dépouiller avant qu'on le dépouillât, le Roi venait d'instituer une .sorte de conseil qu'immédiatement on ridiculisa sous le nom de Conseil des Exarques.
tt On joue sur la ressemblance de ce Directoire avec celui de Paris; je souhaite, disait Henry, qu'il prenne autant de bonnes mesures qu'il va faire éclore de sonnets malins.
» Miot, le nouvel ambassadeur de France, est arrivé et a été présenté avec sa femme. L'étiquette voulant que la pauvre Reine embrassât l'ambassadrice, elle s'est bravement exécutée. Ohl mon amie, quel temps! Je demeurerai cependant, car Dieu me fait la grâce suprême de gagner mon pain. L'oisiveté et la douleur de peser sur autrui pour vivre me seraient de trop terribles accessoires de la misère. )>
La misère , c'est bien là le dernier mot de la révolu-
tion! Mais si la misère chez les uns faisait éclore de nobles sentiments, chez les autres elle était exploitée; et elle allait jouer en Piémont le rôle qu^on lui fit jouer en France à la fin de 1790.
« Des soulèvements viennent d^éclater dans plusieurs provinces, sous prétexte de la cherté des grains, qui, par des manœuvres, sont effectivement arrivés à des prix extravagants. Le peuple a partout désarmé les faibles détachements envoyés pour le morigéner. On prend coup sur coup des mesures tardives, qui sont aujourd'hui comme l'emplâtre que le barbier de Séville mettait sur les yeux de la mule aveugle du docteur Bartholo. On a hypothéqué les billets d'État sur la totalité des biens du clergé et des ordres de Saint-Mau* rîce et de Malte. On a établi des loteries pour le compte des finances; on a donné le ministère de l'intérieur à un avocat, le gouvernement de Turin au comte de Saint'^ André. Les troupes du camp de Novare sont accourues ici, mais c'est toujours Femplâtre de Figaro.
» Le Roi a invité tous ses sujets à venir au secours de ses finances. En trois jours, il a reçu des sommes considérables; mais ce ne sont que les princes, la grande noblesse et les pauvres gens qui s'empressent de mettre dans la tirelire.
» Madame Félicité a envoyé cent mille francs; la pauvre comtesse d'Artois, cinquante mille, produit de tout ce qui lui restait de breloques et de diamants. Le marquis de Brème a donné au Roi la moitié de sa for-^ tune, c'est-à-dire le capital de soixante mille livres de rente; le comte de Caira, quarante mille; le prince de
la Cisteirne, vingt mille; le comte Massin, vingt-cinq mille. Il n*est fils de bonne maison qui n'apporte son offrande au moins de dix mille francs, les cadets bien appris à proportion de leurs avoirs, et le bon peuple des billets de vingt livres. C'est bien là le denier de la veuve. Pour moi, vous le savez, on ne mV rien laissé adonner; mes offrandes patriotiques datent de 1792.
)) Pendant que la noblesse donne ainsi au Roi plus qu'houe ne peut donner, le Roi la déshabille et jette sa dépouille à la révolution. C'est presque une nuit du 4 août, tant on rogne dans les droits féodaux; et cependant les frondeurs , qui ne donnent rien , qui ne font aucun bien et n*empéchent aucun mal, déclament, trouvent que tout se fait mal , trop tard et de mauvaise grâce. )>
N'en est-il pas toujours ainsi de ces gens que le marquis Henry peint dans les lignes suivantes :
a On voit s'étaler maintenant une foule de gens qui soupirent après la révolution pour faire une pèche en eau trouble, ou mettre à l'air leur sot orgueil comprimé; d'autres étaient moins avides autrefois de prouver Tantiquité de leur origine, leur propre valeur ou leurs glorieux services, qu'ils ne le sont aujourd'hui d'établir leurs titres à Tignominie. On cherche à prouver son alibi un jour de bataille , son inaction pendant la guerre, sa foi douteuse envers son 'souverain; on démontre qu'en faisant par hasard quelques bonnes actions, on a cédé à la peur, qu'on n'a jamais eu d'opinion à soi, qu'on s'est laissé outrager en paroles et en actions; en un mot, qu'on était dandin, suivant les
anciennes formes , avant que de Tétre constitutionnel.lement.
» Voici un rogaton pour finir cette lettre à réflexions. On me raconte que mesdames de Beilegarde ont paru dans une fête à Genève, portant un costume tel que tout le monde en a été scandalisé, et qu^un magistrat est venu les prier de quitter la salle. On ajoute que, revenues à leur auberge, elles ont trouvé Tordre de quitter immédiatement la ville.
» Je vous disais que cette lettre était à réflexions : n'en trouvez-vous pas d'étranges à faire en voyant chasser ces deux belles pour avoir montré leurs jarretières au magnifique petit conseil? »