‹ Un homme d'autrefois;Chapitre 35 sur 56 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

core. Que de déceptions à éviter, que de sages avis à donner, dans un temps où Ton n'entendait en France que le heurt des haines ^t des colères qui se rencontraient à tout propos !

S'il est vrai que les émigrés n'avaient rien oublié , combien d'autres, demeurés dans leur pays , se montraient alors trop oublieux !

Ces rancunes de Témigration n^avaient pas, dans le salon de Marlieux, d'interprète plus convaincu que ne rétait le chevalier Victor de La Forêt, le frère de madame de Murinais. Vieux garçon toujours grondant, pétillant d'esprit et de verve , il déroutait absolument sa sœur et son mari, lorsque l'un ou l'autre tentait de l'entreprendre et de le raisonner. Seul, le marquis Henry parvenait parfois aie fixer, mais leurs querelles ne les convertissaient pas. Pour M. de La Forêt, esprit charmant, mais léger jusqu'à l'impénitence, il n'y avait pas plus de compte à faire de la Révolution que d'un mauvais hiver; pour lui, le printemps était revenu, il fallait balayer les neiges, et voilà tout Pour le marquis, au contraire, la Révolution commençait à peine, et la légèreté même de M. de La Forêt semblait à ses yeux promettre encore à la Révolution de bien longs jours.

Henry portait, il est vrai, sans trop d'effroi ses regards vers l'avenir. En 1 789 , il avait salué avec quelque enthousiasme les réformes sociales et politiques que la Révolution semblait promettre. Plein de noblesse et de désintéressement, il avait tressailli à ces grands mots de liberté et de vertu que Versailles renvoyait à la

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France. Profondément chrétien , il avait rêvé, dans Pavénemént du régime populaire, une sublime application de la charité évangélique.

Les hommes l'avaient trompé, mais non la vérité. Alors même que le désordre et le sang avaient pris la place de la paix, que la plus odieuse dictature s'était imposée au nom de la liberté, et que la proscription avait fait son œuvre au nom de la justice, Henry ne pouvait cesser d^aimer les belles et saintes choses, auxquelles sa jeunesse avait cru.

Il se distinguait de tant d'autres par cela seul qu'il ne songeait pas à se révolter contre les &its, que sa raison regardait comme providentiels. Ce fut dans cette croyance qu'il sut toujours et partout trouver la force de demeurer inaccessible aux entraînements, et inébranlable entre les courants contraires.

Que Ton prenne Tune après l'autre les lettres du marquis Henry, on les trouvera toujours inspirées par cette sagesse qui faisait de toutes choses une estime indépendante des préjugés comme des regrets du moment.

Aussi son jugement, parfois sévère jusqu'à la rudesse, est-il toujours, à son point de vue personnel, d'un désintéressement parfait. S'il flétrit les trahisons de TAutriche et les intrigues de la cour de Turin, s'il est sans pitié pour les illusions de Témigration , c'est qu'il voit de misérables querelles se substituer au bien général et l'intérêt privé prendre la place des grandes causes pour lesquelles le monde était en feu.

Alors, il se retourne contre ses amis avec la même ardeur qu'il déploie contre ses ennemis; moins courtisan

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