VEILLÉE D'ITALIE
“4 (Enseignement du Vinci.) : è ÿ
Nousavions passé lethéâtral Saint-Gothard,
ses précipices. Un doux plaisir me toucha . devant la fuite du lac de Lugano, quand . sa rive trempée de grâce fut effleurée par le . train de Milan. Au soir, nous entrâmes dans . la grande descente sur l’Italie. Un poitri- . maire, portant à sa bouche sans cesse une » liqueur d’apaisement, menait un bruit lu- - gubre derrière moi. Mais qu'est-ce qu’un homme? J’ouvris au froid les fenêtres du E- wagon. Des mots historiques se pressaient dans ma tête : « Soldats, vous êtes pauvres, . vous allez trouver l'abondance! » Et je me … disais avec hâte : « Est-ce que je sens quel- Ë ‘que chose ? »
Cette quinzaine est une des périodes les
plus honorables de mon existence : j'ai su
196 UN HONME LIBRE
conquérir l’émotion que je me proposais :
Oui, j'allais trouver l'abondance. Et déjà j'étais rempli de bonté. Je m’occupai du poitrinaire, lui promis la santé, les femmes, le vin, tout ce que j'imaginais lui plaire. Même pour qu’il sourit, je lui dis que j'étais Parisicn; et je l’aidai à descendre du train dans la gare de Milan.
Décidé aux plus grands sacrifices pour être enthousiasmé, dès le soir je sortis de l'hôtel et me rendis autour de la cathédrale, m’interpellant et m'’exclamant (bien qu’elle me plût médiocrement) en formules admiratives, car je sais que le geste et le cri ne manquent guère de produire le sentiment qui leur correspond.
Seul avecle concierge quisimuleunrhume, :
à l’'Ambrosienne, ce matin d'hiver, j’admirai
les estampes, et sur elles j'interrogeai mon
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