‹ Un homme libre (volume 2)Chapitre 41 sur 52 · OT T · texte numérisé non relu

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pas ? Elle fut toujours détestable ; son sansgène d'aujourd'hui prouve-t-ilque son amitié

aitfléchi? » Et, singulier amant, je cherchais

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les preuves d'indifférence qu’elle m'avait

données aux meilleurs jours, avec plus

d'ardeur qu’un homme raisonnable ne se

rappelle les preuves de tendresse.

À cette époque, le goût que je lui gardais prit des proportions vraiment curieuses.

Vous connaissez ces inquiétudes nerveuses qui, certains jours, nous tiraillent dans toutes les jointures, nous cassent les jambes à la.

hauteur des genoux, et nous réduisent enfin d à un geste brusque, coup de pied dans les meubles ou assiettes cassées, en même temps f qu’elles nous font une idée claire des sen-.

sations du véritable épileptique. J'avais à

l'imagination une angoisse analogue.

Lt sit she. à À

Mie a à à di tte té à

Dès l'aube, je lui télégraphiai à ‘son an-

-cienne adresse. Journée déplorable! A tra-

vers Cannes, perdue d'humidité, je ne cessais d'aller de l'hôtel au télégraphe, où les

employés agacés me secouaient leurs têtes,

et mon cœur s’arrêtait de battre, sans que

mon attitude perdit rien de sa dignité. Le

long de la plage, dans la grande rue, cette

. journée dont j'entendissonnertous les quarts

d'heure me brisa et à chaque seconde, tant mon espoir surchauffé se venait butter contre l'impossible, de la secousse d’un express

ui s'arrête brutalement... Vers cinq heures q »

. seul dans le salon humide de l'hôtel, je n’a-

vais encore rien reçu; la totalité des choses

me parut sinistre, puis je fus dément.

Comme elle était oubliée, la fille des premiers instants de cette aventure, — celle

à qui je voulus bien prêter un sourire doux

et maniéré! J'avais à propos d’elle conçu

un si violent désir d’être heureux, j'y étais

allé d’une telle chevauchée d'imagination,

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qu'en me retournant je me trouvais seul.

Ainsisous le cloître, mes samts,—à Venise,

ë ] Venise — et en amour, l’amante, se dissi-

paient pour me laisser manger du vide, face

à face de mon désir. | S

Prendre l’express sur lheure, retrouver à Paris, par l’obligeance des concierges, l'a- . dresse de l’'Objet, la reprendre, puisqu’elle est mobile et que je ne lui déplais pas, | rien de plus simple; mais il y faudrait quinze ; jours, et j'aime mieux croire que dans ce délai : je serai guéri. Ce bonheur-là pour me plaire À devrait m'être donné tel que je l’imagine et

{ à l'heure même où je le désire.’ ; Quant à revivre les jours passés auprès |

d'elle, vraiment je m'en soucierais peu. Ce …

qui me désole, c'est la non-réalisation do tout ce que j'ai entrevu en la prenant pour point de départ. Je considère avec affolement combien la vie est pleine de fragments

de bonheur que je ne saurai jamais harmo-

niser, et d'indications vers rien du tout.

Et puis comment me consoler de cette ignominie qu'un élément essentiel de ma

félicité soit un objet d’entre les barbares,

quelque chose qui n’est pas Moi?

Un matin, toujours sans nouvelle, j’eus au

moins la petite satisfaction d’avoir prévu

dès la veille qu'il fallait laisser tout espoir.

M'examinant avec minutie, je constatai que

je traversais une période de démence. La

direction de mon énervement ne me parut pas blâmable, mais seulement son intensité.

Il faut avouer que la réussite de mon excursion dans la vie dépassait mes plus belles espérances; vraiment j'avais rajeuni ma

puissance de sentir ! Et malgré qu’une partie

de moi-même, toujours un peu larmoyante,

résistàt, je m'amusai pendant quelques mi-

nutes d’être si parfaitement dupe de la

L 270 UN HOMME LIBRE D duperie quo j'avais méthodiquement organisée. fous LUTTE . Le soleil gai courait de la mer bleue et .

72 argentée jusque dans ma chambre tout è ouverte ; mon chocolat embaumait ; j'avais À + = faim et je souriais. Profitant avec un grand |

sens de cet éclair d'énergie, jeprisle train de

Nice. De Nice à Monte-Carlo je suivis la côte à

1° De respirer avec sensualité ; 2e De me convaincre qu'aucune des beautés.

soupirées par moi depuis trois semaines n’é:

Mais, en vérité, je n’ai pas à me méprise

personne n’a porté la main sur moi. Sije s

troublé c’est moi seul qui me trouble, »

heure (de 6 à 9) soit lugubre au sentimen-

. tal indisposé, je sortis du restaurant plus

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