CHAPITRE XIII
Carmina
Description du volume. — Poésies lai nies composées pendant l'exil. — Contre Toulouse. — I C/iambéry. — Tkéodule Rabelais. — .1 Baptendirr. — Voyage à Montferrand, Gergovie, Paris.
— Contre Tabouet. — A Pascal et à Truchon.
— A Michel de L'Hôpital. — A Pomponne de Bellièvre. — La dernière à Taboue/ .
Le second volume des œuvres de Jehan «le Boysson porte le numéro 835 des manuscrits el contient les poésies latines; il est relié sous un format ii,-s et comprend cent trente feuillets d'une très belle écriture en ronde. De nombreuses annotations ou corrections ont été faites en marge par une autre main que celle du copiste, mais datant aussi du ivi" siècle.
A la fin de ce volume sont quatre poésies latines, adressées par Etienne Dolel à Jehan de Boysson, suivies elles-mêmes d'une poésie attribuée ï Auzerius Ferrerius, maliens. Cette dernière œuvre énura< les litres de plusieurs Toulousains à la reconnaissance des générations futures. Parmi les bienfaiteurs de la ville ainsi glorifiés, se trouve l'aïeul <!<> Boysson,
celui qui fonda la chaire ancestrale, cathedra avita, dans laquelle enseigna notre humaniste. Nous voyons défiler ensuite dans cette même poésie : Arnauld du Ferries Jean de Coras, Pierre Bunel, le président Bertrand, Jehan de Boysson, qui fut, d'après le médecin Ferrer, « le premier en Europe, enseignant les « lois civiles en latin et faisant dériver les lois hu- « maines de la sagesse divine ».
Le volume 835 des manuscrits a pour titre :
CARMINÂ
JoHANNES A BOYSSONEO
Il est divisé en cinq parties inégales :
Les Hendécasyllabes, comprenant cinquante-cinq poésies; Les Elégies, qui en contiennent soixante-quatorze ; Les Epîtres sont au nombre de vingt-et-une ; Les Iambiques avec vingt-six poésies, Et les Odes au nombre de six.
Pendant ses premières années de professorat, c'està-dire en 1526, 1527 et 1528, Boysson n'eut pas les loisirs nécessaires pour se livrer au culte de la poésie; sa plus ancienne œuvre latine est postérieure à 1528; c'est une courte élégie ; elle nous montre que le jeune humaniste toulousain ne fit pas retomber sur le parlement et sur l'Inquisition la responsabilité de son
rère bannissement. La Barbarie seule avait été coupable, ainsi que nous l'apprennent les vers suivants, composés au moment où Jehan de Boysson partait pour l'Italie :
De ai-.ii i Boyssoni i. Tolosa Ad Barbarie»
Qui fit Barbaries, quce incedere mœsta solebas
Tain subi/os risns quid peperisse potesi ' Aille (lies <ili(jn<)l sublrislis visa fnisii : Nescio quid magni saspicor esse malif
Barbaries respondei
Boyssonus juvenis me excludere jure parabat. Conatu in medio nunc abiit . bene habet. M)
Pendant ses cinq années d'exil, Jehan de Boysson se perfectionnait dans l'art de bien écrire et de bien parler en latin; il étudiait et ne produisait pas; cependant l'Hendécasyllabe n" 3 appartient a cette période de sa vie; nous y trouvons les impressions laissées dans son esprit par un assez long séjour à Rome :
In locum Romœ qui Sapientia dicitur
Quis le unquam Sapientiam vocavit ?
A ni quis, si vident tuos magistros Indoctos nimis cl nimis protervos, Iloe nomen tibi jure non negabitf Hic civiliajura vult docere :
Verum quam gelidè, bine potesi probari; Commentaria dum crêpai legendo% Textus tangere vitat, <il<jne solis Glossis auriculas replet suorum.
Doctutn se pillât intérim. Sed illi
Cum Paulo niliil est. Trebatioque, p
Sed enin eonsiliis Rotisque semper.
linrsus hic Ciceronis explicator,
Que nil putidins potesi rideri, Anl ineptius. Asl ineplns ilte Etsi non loi/nitnr salis latine
(l) Carmin*, fol. 37. I a* IX.
Arpinas tamen explicare char tas Aude t , in medià sub urbe Roma.
Si vellem Ciceroniamis esse A tali mihi crederem cavendum.
At cui Plinus est datus tegendus Heu quam proposito suo maie hœret !
Sed plus quam Zephirus miser vagatur Insanè omuia miscet, et remiscet, Nec quid dulcia différant amaris Salis percipit hic bonus Poèta.
Sic fit denique quod mihi politum.
Et nihil sapidam potes referre.
Aut doctos melius tibi parabis, Aut te ego Insipientiam vocabo. (1)
Pendant les premières années qui' suivirent son. retour à Toulouse, Jehan de Boysson s'occupa de poésies françaises plus que de poésies latines; il briguait le titre de Mainteneur au gai sçavoir, et voulait prouver à tous que, malgré son origine méridionale, il était capable de composer des vers en langue d'oïl ; nous donnerons plusieurs dixains publiés à cette époque et notamment le 93e de la lre Centurie (2) dédié à Marie du Solier, fille d'un avocat au parlement. Toute jeune encore, elle avait épousé un Toulousain, pour qui Jehan de Boysson composa sa trentequatrième élégie; le manuscrit lui donne le nom de Burel ; nous croyons qu'il faut l'appeler Burnel ; en ce cas, il serait le fils ou le petit-fils d'un ancien capitoul.
De Maria Soleria
Filia Solis erat, dicta hinc Soleria, nomen Maria, quœ nupsit parva, Burelle tibi.
(1) CarmiriR, fol. 3. Ilendécasyllabe III.
(2) Ci-dessous, chapitre XIV.
Longe dissimilis tibi, Circe, filia Solis
Sis licet : hœc aliter dodos îenere viros. Namque nwUas, Circet quondam, magicas que per artes
Vcsiii in pecudes corpora mûlta hominum. Isla nec herbarum succis, nec carminé diro,
Aul Hécate* usa est Tisiphones ve sac ris. Licia nec collo triplici contcxta colore
Nexuit, aut philtra hœc Tessala visa dare est. Sed forma egregia% cl pulchra, qaa Jupiter illam
Ornarat, multos torsit amore viros.
Gratin item non vnhjaris, ciillns (jnc, decorque,
Fecere a multis nt sit amata uiris.
Illa etiam vocis valait dnlcedinc, canins
Sircnnm dnlccs vinccrc (jna potuit, Al dcfnncta jacet, solnin hoc sub marmore deflens,
Quod fuerit vivais (1) tradita zelotgpo. (2)
Pendant les dernières années de son professorat de Toulouse, Jehan de Boysson composa pour les habitants de la ville un très petit nombre de poésies, qui sont d'ailleurs toutes adressées à de fervents adeptes de l'Humanisme, Jacques de Minut, premier président; Jean de Pins, évoque de Rieux; Trassebot, peintre et poète; Mathieu du Par, Arnaud du Ferrier, Pierre Daffis, Hugues Salai et les trois frères du Faur; Pierre, président au parlement; Jacques, abbé de la Chaise-Dieu; Michel, juge-mage, etc. Un Bendéeasyllabe offert à Michel du Faur accompagnait un présent bien digne d'un parfait humaniste; c'était un tableau représentant \ ulcain, Vénus et (aipidoi
Parmi les rares Toulousains honorés des poésies de Boysson, nous ne trouvons qu'un seul membre d<
( 1) Variante : Nubent,
(2) Carmina, fol. 47. Élégie XXXIV,
(3) Carmina% fol. 6, Hendécasyllabe l \.
famille, un de ses neveux, qu'il fit venir à Chambéry vers les dernières années de sa vie; ce neveu, qui ne portait pas son nom, fut cependant son légataire universel ; il s'appelait Pierre Olivier (1).
Jehan de Boysson confondait tous ses autres parents dans la haine qu'il ressentait contre Toulouse. Lorsqu'en 1528, il descendit de l'échafaud dressé sur la place Saint-Etienne, il rendait la Barbarie responsable de sa condamnation. En 1535, tous les Toulousains étaient des barbares ; dans un hendécasyllabe adressé à Etienne Dolet, il dit : « Il n'est pas un seul « habitant de la ville qui cultive les belles-lettres « latines; la Barbarie a placé son nid à Toulouse; « c'est là qu'elle a fait ses petits chiens et la vile « populace les lèche constamment; elle n'aime, elle « n'écoute et ne recherche qu'eux ; eux seuls savent « quelque chose ; cette bête puante et féroce ne quitte « pas Toulouse; elle règne sur tous les baudets. Les « amis de la science n'ont qu'à chercher bien loin « une meilleure patrie, s'ils ne veulent pas être in- « fectés par la peste (2). »
Les griefs qu'il opposait à la ville sont résumés dans l'Hendécasvllabe suivant :
In Tolosam
Oppressis studiîs Tolosa nuper, Legum sciiicet, et quibus diù illœ est Non parvum mit levé consequuta nomen :
Dum tôt discipulos jubet necari Prœfecti vigilum a cohorte dira, Dum quosdam laqueo, latronis instar,
(1) Carmina, fol. 169. Épist. V.
(2) Carmina, fol. V. Hendécasyllabe VIII.
Manu carnificis far il pcrire, Dum lot carceribus gravai malis, dam Auditor spoliât ur cl magister Illis juribus esl quibus per annos Multos usus, habetqae Regioi uni Donorum iniuimerani quidem culcrvum, Per quœ muneribus vacare débet, Per quœ ad subsidia ulla non tenetur : Esl faclum ut studiosa penè Iota Pubes liinc abiit, coacta sedes Aptas quœrere, consulens quieti.
Damnuni sarciat hoc ut ista, miruin Quam prude nier agit : vocal repente Pannos texere servos scientes, Moros que inserit in suis a gel lis His ul vermiculos alat, quibus nil, Quam mori j'olia audeal parare :
Islos muneribus negat premendos, Per quos serica fila habet Tolosa Per quos mellius induit popellum, Per quos fœmineos referre cultus Ornatusque sujjer/hios docclur :
Hos prœfert studiis bonis, el an lé Doclores local impudenter omnes, FllSOS, stamina, pensa, fila, telas Cuncta isllucc mulebria et probrosa, Mûris estimai, el facit ducentis, Sexcentisve (1 ) schotee sua magistris, Sic pro mercibus aurcis reponii Non solam œrca, fertur ut sapinas
(ilaucus cum Diomcdc factitassc, Ycrum pcrmiculos, simultjuc muscas Ex his vermibus éditas, minora Isllucc omnia, quam mclalla dura, Si insanirc negus, Tolosa, id essc.
Insanum esse quid hoc in orbe credis
(1) Séxcenti ne signifia pas six cents, mail bien un 1res grand nombre,
(2) Csirmins, fol. 21. Hendécasyllabe XXXIV.
La haine de Toulouse et des Toulousains avait été allumée dans le cœur de Jehan de Boysson par ses deux amis, Etienne Dolet et Jean Voulté; tous deux étaient des sectaires intransigeants, destinés l'un et l'autre à mourir de mort violente. Voulté périt assassiné dans une chambre d'auberge, à Paris, en 1540; Dolet, après avoir lui-même tué Guillot-Gompaing, dans une rue de Lyon, mourut sur le gibet.
Plusieurs poésies et de nombreuses lettres ont été adressées par Boysson à ces deux célèbres poètes; nous donnerons encore l'Hendécasyllabe suivant, composé pour Jean Voulté, qui d'ailleurs avait déjà lui-même adressé plusieurs de ses meilleures poésies (1) à notre humaniste toulousain :
Ad Vulteium
Vulteij, quod adhuc nihil dure ad te
Scriptorum potui meorum, ab Mo
Sanè tempore, quo canes Bleaudi
Fontis Prœsidi erant dati misello
Custodes, mea non fuit ulla
Culpa : quippe fuequenter hoc petebam,
An essent aliqui quibus meœ ad te)
Darentur literœ. Sed, ut solet, cum
Quispiam est, qui aliquod nimis cupit, non
Possit ut facile illud impetrare,
Sic sunt vota mea impedita, Vultei :
Nec unum potui invenire, rectà
Qui ad te tenderet, et meas ferendas
Ad te susciperet. Vaco ergo culpa,
Duras vis nisi censor esse nobis.
Qurœis forsilan, ut valet Dolelus?
Quid rerum geril? aut quod in manu Mi est?
Cl Richeriusf ut Salellius? Quid
(1, Vultei épig., pp. 50, 53, 102, 105, 168.
Vel communia arnicas Me Scœva Amantissimus omnium bonorumf Omnes perbenè agunt, valent que rectè.
Omnes dicere me tibi salutem
Jusscrimt, tibi niiiic quoquc ht dederunt Litterarum aliquid. Videbis isthœc
Cum noies : al umulis intérim me. (1)
La haine que Jehan de Boysson nourrissail dans son cœur envers Toulouse et les Toulousains, devait fatalement ramener à chercher une autre résidence; il obtint un siège de conseiller au parlement de Chambéry. Parmi ses premières relations dans sa nouvelle province, nous avons cité révoque de Maurienne, Philibert de Challes, qui le pria d'assister à son sacre; Boysson en a marqué le souvenir dans l'élégie suivante :
An Philibertum Challium
EPISC. MORIANŒ DE NOSTRA AI) SACRORÙM II. l. IIS PROFECTION1
Omni contempta <]iio<i tempestate feramur
lum cupidi, et faciles in tua sacra, pater; Quod facimus nihili asstum, quamvisfervidus Me est
Cum Sol in Cancri syderis igné calet ; Quod pluviam tonitru junctam comtempsimus, isto
Tempore, quo celsa sede visendus crus.
SU mirum. Meruit plané istluee omnia rirtus,
Sola homines rirtus lollere ad astra potens. In te sola lamen non est . est plurima lurba
Yirlutum in te, omnes quœ cojerc simul. II<e Jaeilem preébent eursum, rentes que seeuiutos.
Ai que iler Ire nobis mollius ef/ieiunt. (2)
De fdiambéry, Jean de Boysson allait souvent à Lyon avec Guillaume de Scève, pour visiter Leuis amis
irmina, fol. 8. Hendéc &j labe \ll
(?) Carmins, fol. 18 i: ... \ \ \\ 1.
communs, Dolet, Gryph, Rabelais, Guillaume du Bellay-Langey, etc. C'était au temps où Rabelais, qui mangeoit et buvoit chez le lieutenant-général du Bellay, se plaignait amèrement d'Etienne Dolet, et se brouilla pour toujours avec lui; il l'accusait d'avoir dérobé, chez l'imprimeur Juste, les épreuves de Gargantua et Pantagruel, pour en publier rapidement une édition, alors que Rabelais corrigeait plusieurs chapitres, afin d'éviter les attaques de l'official.
Pendant les très vives discussions qui se produisirent entre les deux écrivains, Boysson prit évidemment la défense de Rabelais; nous le voyons échanger de nombreuses poésies avec l'auteur de Gargantua, tandis qu'il semble avoir rompu toutes relations avec Dolet, à dater de 1541.
En ce même moment, Rabelais eut la douleur de perdre un fils, né a Lyon en 1540. A l'occasion de cette mort, l'humaniste toulousain composa les poésies suivantes :
De Theodulo Rabalœso puero bimulo defunctô
Quœris quis jaceat sub hoc sepulchro
Tarn parvo ? Theodulus ipse parvus,
Parva œtate quidem, simulque forma,
Et parvis oculis, et ore parvo :
Toto denique corpore ipse parvus
Sed magnus pâtre docto et erudito,
Instructo artibus omnibus, virum quas
Œquum est scire bonum,pium atque que honestum
lias omnes Theodulus isle parvus,
Vitam si modo fata non negassent,
Eruplurus erat pat ri, exque parvà
May nus landau aliquando crut fut unis. (])
Ad Theodulum Rabalœsum Puer u m b i m d l u m m o r i i : x t e m
dur nos tam subito, rogote Rabalœse reliquis ' Gaudia cur vitœ negligere est animas 1
dur cadis unie diem leurra fraudate inventuf Carte immatura morte necare parus f
Respondet :
Non odio vitœ vilain hune, Boijssone ; relinqao
Vcrum, ut perpétua non moriur, morior.
Vivere euin Christo vilain, Boijssone, putuvi Solam, quœ in preeio debeul esse bonis. (2)
Al) EUMDEM, DiSTICHON
Quid. Theodule, petis cœlum, tamparvasf anillud Monslrus hoc solos nempe placere Deo f
Alhd
Nomine qui fueram dictas Theodutus, ut et vos Mi similes sitis nomine, reipw preeor.
Ai. un Quem eernis tiunulo exiguo reqilicscere, rirens Romanos habuii pontiflees famulos, (3)
Ai. un
Lugdunam patria, at pater estRabaloesus; atramqae
Qui neseit, neseit ma.viina iu orbe duo. < 1)
(l) Carmtna, fol. i?. Bendécaayllabe \\\
(?) Carou'na, fol. ii. Élégie \\i\.
(:\) Allusion au cardinal de Bellay qui combla B i reura.
(4) C*rminat M. ii. Élégie XXX
Theoduli Rabalœsi pueri defuncti
Diiin timeo servus effici mortalium, Qui solvis Dei Optimi atque Maximi Imperia obire, jussaque exequi volo.
Ne ab equis ad asinos cogérer descendere, Annos qui eram natus sub id tempus duos, Relinquo mortales, et ad ccelum evolo. (1)
En cette même année 1542, mourut à Lyon la femme du lieutenant-général du Bellay; Boysson composa plusieurs élégies en son honneur; la première fut adressée à Rabelais (2) et les autres au lieutenant- général, qui mourut lui-même en janvier 1543, après avoir reçu, comme sa femme, les soins très dévoués de Rabelais, leur médecin.
Nous ne donnerons pas ces élégies, qui n'ont pas un grand intérêt historique ; mais nous allons donner une poésie de cette même époque, composée pour Antoine Baptendier, dans laquelle nous verrons Jehan de Boysson adresser à son ancien élève ses conseils d'humaniste :
Ad Batandierum
Incolumi Alciato, civilia juria docente,
Iialia in média, cur alios sequeris ?
Quœso, Batanderi, quœ mine te insania vexât ?
Quœ Furiœ exagitant pectus, amice, tuum ? Quid tibi Cagnolus? Tibi quid Tornieilus? Ambo
Prœstare an poterunt quod nequit Alciatus? Frugibus inventis sic mavis glandibus uti.
Plusque placet vino turbidus haustus aquœ.
armina, fol. 108. Yamb. XVII.
(2) Carmina, fol. 49. Élégie XXXVIII.
Sic tenebris lucem postponis, duraque prof Mollibus, incuit is sunt iibi culta minus.
Horridiora probas, quœ non sunt aspera temnut, Dulcibus ni prœstant dicis amara magis.
Des i ne Cagnolus sectarier : Alciatus sil
Unus, quem referast quem imitere. Vale! (1 1
Vers cette même époque, Jehan de Boysson entreprit, avec le président Pellisson, un Long voy Montferrand, Gergovie, Nevers et Paris. Ce voy dont nous avons parlé (2), est raconté dans la t intéressante épitre suivante :
Ad Jo. Raenerium
Egressi Allobrogum fines, pe rue ni mus urbem
Quant refernnl Plancum primumfundasse, vocatum
Lugdunum, Rhodano atque Arari cinctam, undique réélis
Mercibus et populo plénum. Illic iertia nos lux
Delinel, expectat dum Prœses Rollium, et il le
Non venil. Xos hie mirum et c rude le videmus,
Reeneri, facinus pater hic concluseral ima
In cureu nolum, atque ipsum eonslrin.vernl arctè
Lignea in arca quadam, née panem dure curât.
Ut puerum mactare famé, atque extinguere possit
Impius, ut satiet pectus crudele nouer cœ.
Penè duos puerum luli suh corccre menses
Conclusum retinet, natura aunos octo, décentre. Tandem a rieinis uudilus, indice connu Sisiilur, ostendit que nates pedore situque Collapsas, et rentrent et caetera putida membi n. Fama VOlat subito puerum ri.vissc dits /<>/, Absque ullis aliment is, alii gallum frustra tulisst (3) Panis, gallinas que cibun déferre ligato.
Ihcc ego non credo | 1), ncc eium istnd ircdcrc dii/num.
(I) Carmina, fol. 55, Élégie \u\.
1 1) Ci dessus, page I 11,
(3) Claudicai . Abaque cibo, fertur nutritus ab " irtis.
(■'») Vertus hic deleri potest,
Hic sine pane ; cibo niillo, vel lacté, superstes Ut fuerit : minus ut gallinœ munere menses Vixerit iste duos. Vulgus forlasse putabit : Non ego. Sed pater aufugit : conjecta noverca, (1) Causa mali tanti in vincula. (2) Ascendimus altos Arverni montes, nivibus glacie que rigentes. Misetum tandem descendimus : haud procul undas Prœclaras, placide currens, emitlit Elaver, Misetum, Baccho insignem, terraque feraci. Hic nos in villam perduxit Prœses amœnam ; Explevit que sitim nostram. Conscendimus indè Ad Monsferrandum, patria hœc tua clara Pelisso ; Sed prius in medioque viœ, conspicimus (3) ipsos Primores urbis, magna comitante caterva, Obviam euntes, celsi in equis, frenis que decori. Ante omnes loquitur Teulerius, ipse patronus Facundus causarum, et vocis munere prœstans, Prœsidis hic cœpit virtutem extollere, mores, Doctrinam, ingenium, fortunam, simul hujus Adventum gratari : Offert pro civibus omnem, Quam prœstare operam poterunt. Ad mœnia tandem Ventum est. Audimus magnos sonitus catapultœ, Attonitus quadrupes, caput erigit alta que colla Ostendit, fumo aer densatar, simul omne Impletur cœlum nebula, tremit ictibus œther, Accipiunt leti venientem Pœrsidem : et omnes Exultant cives, majores atque minores : Appulsoque domum, perquam longo ordine matres Excipiunt hominem, gaudent que attingere dextram. Hinc Claramontem descendimus, hic ubi pons est Arte quidem nulla constructus : Sola sed ipsa Limphafacit pontem, in lapidem durata peralbùm. Hic Alacer varias, varioque colore columnas Commonstrat icapita his tamen hoc sunt tempore adempta Antiquo ex opère, urbem istam dixere priores
(1) Var. : His ego diffido.
(2) Var.: Irnolins ille parens aufugit iniqua noverea.
(3) Claudicat : In vinela est conjecta deinde.
(4) Variante : Conspexirnus.
Gergovîam, post 1res noirs dtvellimur indè Luteliam recta., Sed in urbe vocata Aquapersa Vidimus Augustum, tibt notum, sçripta sacrata Pauli vertebat patrio sertnone, suisque Ornabat rithmis : Molinum deinde Nivernum Venimus et Ligeris pulchras percarrimus oras. Dispositis in equis ad nos venere Briaram Rollius, atque Menentius, armis clarus uterqae Insignesque duces belli, hic Vasco, ille Sabaudas. Regam Parrhisiis offendimus : hic sunuis, hic nos Inveniet quisquis nos pergat qacerere. Sed nos Conturbat victus ratio, quœ piscibus uti Hisque malis cogit, vereor ne incommode! ipsi Prœsidi, et ipse mihi limeo : sed consulo recté Causa anime quod sanxerunt proauique patresque. (1)
Nous sommes à l'année 1545. Le grave conflit qui doit avoir, pour le parlement de Savoie, des conséquences bien douloureuses, a été porté devant le parlement de Grenoble; mais Jelian de Boysson n'a pris les attaques du procureur-général au sérieux, que le jour où, par l'influence du duc de Guise, Grenoble fut dessaisi de ce litige en faveur de Dijon, où le duc avait plein pouvoir.
La première poésie composé»» par Boysson sur le procès qui doit le mener au tombeau, est un véritable jeu de mots en même temps qu'une déclaration de guerre. Tous les humanistes se plaisaienl à jouer sur les expressions ;ï double sens. Mans l'élégie suivante Jehan de Boysson s'adresse au Manceau maudit, ad Manticum, virum maledictum; il fait un rapprochement facile entre MantictiSj \r Manceau, et Ma//- //e/////.s ou Mantus, qui traduit en latin l'épithète d'escroc.
(I) Carmins, fol. 68, Épltre IV
In Manticum, virum maledictum
Anquiris, capitisque reos nos, Mantice, dicis,
Vis dicam cui sis Mantice, in hoc similis ? Lusco, qnem rejerunt patriam duxisse Rnthena.
Cujus adhuc remanet, Mantice, fama recens. Conscins ille sibi semper cum occurerret ulli,
Luscns es, aicbat, perdite lusce, Juge.
Sic tafurtoriim,fraudum sce ter unique matorum
Proditionis item quem genus omne tenet.
Nulium non dixti furem, nuilique pepercit
Lingua procax, nutlum non facit ista reum . Sed tuns hic mos est, nostris imponere dorsis
Illa, quibus prœmeris, Mantice, quœque facis (1)
La situation du président et des conseillers de Chambéry fat bientôt gravement compromise. Obligés d'abandonner leurs sièges au parlement, ils furent enfermés dans les cachots de Dijon, où les féroces traitements infligés à ces malheureux vieillards ruineront pour toujours leurs santés. Cependant Claude Pascal de Valentrier avait été nommé premier-président du parlement de Savoie, et Jean de Truchon vice-président. Jehan de Boysson les connaissait depuis longtemps; désirant conserver leurs bonnes grâces, il leur adressa, du fond de son cachot, plusieurs poésies latines; la première est une ode, dans laquelle il dépeint au premier-président les charmes de Chambéry, sa nouvelle résidence.
Ad Claudium Paschalium Sabaudiœ prœsidem
Xisinus (2) autem dictus ab incolis,
Cum par vus esses vicus et infrequens,
(1) Car mina, fol. 55. Élégie L.
\ \isin était, sous l'Empire romain, le nom de la ville actuelle de nbéry.
Erraret et circum per agros Grex ovium, pecudum <juc mut tus.
Nondum saperbis tarribas arx erai Erecta : castrum non tibi nobile :
Sanction non illud lune sacellum Fœmina (juod tibi Gallafecit.
Contentus Mo tempore non Ducis
Habente nomen principe :quem lumen Tnglorium haud vixisse, (estes Sunt comitis Viridis triumphi.
Nunc te sed œtas Camberium vocal
Hœc noslra, nomen qnod tibi contigit, Hœc tota quondam quod vocata est, Per veleres, Cameriiza tellas.
Beta addiderunt ncscio qui, ni solet Mnlure tempos nomina, quce prior Indixit oins, immutato Nomine détériore semper.
Ornant qnidem te plurima, Camberi, Montesqae, fontesquet cl virides laças, Burgetius (1) (/nos inter audei Se fluviis etiam ante ferre.
Stellatus inlus conspiéitur solar Ingensque coins scamigeri gregis, l'nns Lavaretos nisi isto Flumine conspiciendus unquam.
Mulalam cl hoc in nomine lillcium Quisnon videtfnam Gorges i 1 )erat prias Dictas, quod esset nempè gorges Maximos Allobrogum Me aqaarum.
Vallem in reducta, montibos ardais] llinc indè lolns cim/cris : hinc tibi Gabellas, Mine Nephelas, qoi Yciiicc sydero penè tangnnt.
Xcc uero omittom balnea proxittio Aeqoanda Baiis, qoee calidis aqois Omnes qoeuni sonore morbos, Corpora sini modo tincto îimphis.
(i) Le Bourget s'appelait autrefois Gourget.
Hac ut decori sint tibi maximo,
Et parla sit jamque his tibi gloria
Fœlix que sis, si qua urbium sit
Alpibus in niveis el altis :
Nullo tamen felicior es (mihi
Hoc credej quam quod Prœside nobili
Pascalio ornaris, tibi quem
Rex voluit dare Galliarum.
Solet sophorum volvere paginas
Doctas, in Arpinis foliis dies
Noctes que versari, tenet que hœc
Ut digitos proprios et ungues.
Nec scripta vitat tangere Bartoli :
Nec classicorum negligit omnia :
Quod que utile arbitratur esse
Sumit : inutile sed relinquit.
Lactet magistratus, Jerat, evehat
Ad astraque et cœlum aima Lutetia
Sed nullum habet quem jure possit
Parte in ex tibi comparare.
Quid est timendum nunc tibi, Camberi,
Custode rerum Prœside tam bono ?
Plané nihil : bellum nisi olim
Martis equi revenant cruentum. (1)
On voit que Jehan de Boysson cherchait ses consolations dans le culte des belles-lettres; il nous a dit que le Christ et Cicéron furent les seuls soutiens de son cœur pendant sa dure captivité; mais du fond de son cachot, il ne pouvait pas déjouer les funestes intrigues de Tabouet; la condamnation des magistrats de Chambéry restait inévitable. Dès qu'elle fut prononcée, Boysson se hâta de payer son amende et sa part de frais; puis il revint en Savoie. Tous ceux qui le connaissaient lui témoignèrent une affectueuse
(1) Carmina, fol. 122. Ode VI.
sympathie; un seul eut la faiblesse de détoufner les regards à son passage; c'était Jean de Truchon, vice-président du parlement; il l'aimait depuis q en 1525, ils avaient fait ensemble leurs cours de droit.
Prenant son stylet le plus aigu, Boysson forg contre lui cet Hendécasyllabe :
Ad Jo Truchium
Nullus, vis, sciai esse nu ne te a mien ni Boyssoni, liect illi amicus ullus Non sit, vel melior magis ve fidus Ac venluriun aliquàndo lempus, ut te Ycl plus qimm Pytadem (juras probare :
Verum hoc tempore, quo Dca illa cœca Boyssonum exagitat, pulas si le nd uni, Tutiim nec libi, comniodum aul honcslum Esse, oslendcrc le fore illi aniieuni.
Laudo consiliuni luuni, Truchi, cl le Priidcnler, sapienler, addo cuncla Illa adverbia, rite, muetc, recte Fecissc, et faccre <cstiniabo scmjier.
At quid si inlcrcu luus peeircl Boijssonus, Truchii alla ope Iiuud levains:' dura onini, studio que destitulus:} Dices, afficerer gravi dolore, Ornarem violis que, versibus que Tumbum, in qua position coda ver esse t. Yivum nolui euni juvarc : sed nuue
Boyssonum juvo niortuum cl péremption.
Rursus adverbia hubebis illa, jactuni Hoc sunetc, atque bcnc,cl pic, cl probe, sed liens tu, penè niihi cxcidcl>al, a te Ne projecta sciai bonus 'l'abortlus, (1) Xonicn verlcre tune luuni mémento, Atque pro Truchio, reponc Timor. (2)
(1) Taboelius.
(1) Carmtna, fol. 28. Hendécasyllabe XLV,
L'énergie de l'humaniste toulousain fut puissamment relevée par la flatteuse démarche de l'Université de Grenoble, qui lui fît proposer une chaire de droit civil; en môme temps, l'ancien premier-président Pélisson trouvait un très utile appui chez le duc de Montmorency; le roi de France voulut bien admettre le recours présenté par les condamnés de Dijon, en révision de l'arrêt rendu par le président Baillet.
Boysson sentit revivre tout son courage; il composa pour le chancelier de L'Hôpital, son ancien ami de Toulouse et de Padoue, l'épitre suivante, poétique résumé de sa vie, depuis qu'il est en Savoie :
Ad Michaelem Hospitalium :
Rex postquam Allobrogum rupes, monlesque lacusqne Egregia virtute sua factisque subegit, Et populos duros Galta in ditione recepit, Justitiœ jacens primùm fundamina, multos Advocat è regno Juris, Legumque peritos, Inter quos me, etsi indoctum, nil taie petentem, Nec cupientem, sed contentum sorte paterna, Horum de numéro vult esse, jubetque, relictis Omnibus, Allobrogum montes superare, loeumque Camberium dietum patrio sermone, venire Et ne te remore longis ambagibus, illuc ■ Dum Régi parère volo deveneram, et Alpes Pnrluleram patriœ ; quamvis hœc dulcior esset, Fertilius que solum tellus vicina Garumnœ, AjJ'eret ; dici hœc et possit jure secunda, Italia, Alpinis nunquam cessura Sabandis. Hue dum devenio ignotus non omnibus ; ante Sam paucos annos Taurini forte rogarant Discipuli nonnulli, qui me aliquando Tolosœ Audieranl, vellcm caput unum prœlegere illis Jurisconsulti ; lus igilur cum cognilus essem Non invilus eram. Illic ergo vivere ca>pi
Non fraudent méditons ulli, non ledert quemquam, Aut spoliare suis contendens, minière ab otnni Abslimii, née me traxcrunl sordibus nllis A etores, trepidique rei, ut discedere ab œquo
Et recto iH'Ilem. Intcica serpens Epidauri In vitiis (lîiorum qui loin eernit acnle
In propriis lippus, talpa que et cœcior ipso.
Sœvus al hic coluber, dirarum quem soror una
Progenuit, Stygiisque ferum nutrioit in midis :
IIos latices prinuim, primumque hoec pocula sumpsii :
Et j>ro lacté eruor Nessi, pro gramine tetra
Unie dold siml aconita, ij)sis in faucibus orci,
Spumantisque ex ore canis collecta trisulci,
Ad Regem serpens hic serpsit, multa que falso
Delulil, et diclis omnes oneravit amaris.
Tum sua Gorgoneis intengens ora venenis
Yipereus aperit /duces, et sibilat hgdris :
Mille modis lacerai, proscindit, perfidiiœque
Regem erga accusât : defraudat quem lumen ipse
Interea emungens nulla ratione talenta
Nescio quoi, partem quorum sibi vendicai iste,
Partem aliam curât persolvi judicibus, qui
Tgnari pendus juris legumque sua-arum,
Slipitiluis durai rudiores, opprimèrent nos
Quos contra nihil hi non sunt crudeliter ausi,
Xon vcriti insoldes dctrudere carcere duro.
Et sctvire malis in nos cruciatibus : ac si
Furta, latrocinia, uni ccedes, aut quid simile horum
Admississemus, Régis vcl si in caput omnes
Conjurasse mus, regno excidiumve daremus.
At quoniam Régis placito conceditur, ut nunc
Judicio in graviore agiletur causa, licebit
Nunc sperare quidem melius sub judice tante
Tunique œquo, qualem tpw solet producere magna
Leuquetia, insignem quam reddit caria sancta
rtus quam mille domus, plus quam toi mercibus, auro
Argentoque onerati pontes, pingue solumue
Quam vcl lot Bacchi colles, fluoiusque bicornis.
Nil igilur indus metuendun judice tanlo;
Xcc prejudicio afficict scntcnliii prima.
Vt pote quœ Juris perturbato ordine dicta est. Quœ non rite fuit prolata ; atque ipsa sibimet Sœpius adversans, contraria, nec sibi constans ; Quœqnc nihit rationis habet, nec Juris et œqui. Obliqua invidia, atque odio stimuiata patenti. Hoc unum timeo et vereor ; si viderit anguis IIujus judicii fuiem adventare ; recuset Is ne aliquos testetur, clamet que, omnia tentet Diffugia; ut finis nunquam imponatur arresto. Tu iamen Euxini nomen cui convenit uni Et longe melius, quam Bosphoro aquoso ; Ne serpat latias curabis cancer eundo ; Fine aliquo faciès ut concludatur, ut omnis Absistat, cessetque rnetus, dolus et fnga ; tantum Justis certetur rationibus, ergo libellis Cum prœsis Régi dandis : sis ipse professor Artis, quam bonam et œquam dixere magistri, Xec sis de média doctorum plcbe ; sed omnes Doctrina, ingenio superes ; et nullus adhuc sit Xostrorum. ad tantas valeas qui accidere vires ; Hune nostrum placidus civilem admitte libellum, Quàque vales, Regem, tu apud ipsum, gralia et arte Effice, ut excetra superata, pace fruamur Tranquitla et studiis toti incumbamus honeslis, Talificus tandem tabescet tune Taboetus. (1)
Michel de L'Hôpital connaissait mieux que personne le loyalisme et la probité de Jehan de Boysson ; mieux que personne, il savait par quels procédés hypocrites la calomnie peut atteindre et frapper les plus vertueux magistrats; énergiquement secondé par quelques amis généreux des condamnés de Dijon, il réussit à faire proclamer leur innocence. Tabouet fut reconnu coupable d'un sombre complot ayant eu pour but de déconsidérer les membres du parlement de Savoie, en leur attribuant, contre toute vérité, des
(I) Carmina, fol. 75. Epist. X.
crimes qu'ils n'avaient pas commis. Pélisson et collègues furent entièrement réhabilités. Dans toute la joie de son âme, Boysson compose une élégie qu'il adresse à son jeune ami Pomponne de Bellièvre; en quelques vers délicats, il célèbre les charmes et les bienfaits de l'Amitié.
Ad Pomponium Bellevrium :
Nostra ut amicitia hœc nupcr sit nata, recensqae
Visa nec est illi tertia messis adhuc, Camberiœ nupcr quant nos Conflauismus urbe ;
Antea de facie vix mihi notus crus.
Viccqae semel memini nec te vidisse, sub Mo
Tempore, quo leges Granopoli docui.
Non levis illa lumen, parvove ligaminc ne.va,
Quatn virtutis ainor inuluus ediderit.
Longior illa quidem ista vel ratlone futuru,
Quam si ex communi nata forci palria , Aut si ex diviliis magnis generata fuisse t ;
Aut carOy vel sanijuis concilliusset cuni. Divitias et opes videos migrare fréquenter .
Pauperem cl hune fieri, 7/;/' modo dires crat. Scepe solum parva de causa Unquere nostrwn
Cogimur; lus juculis nos Dca CGCCQ petit. Al virtulc quod est subiuxum durât in œuum ;
Nec virtutis opus temporu longo prcnuuU. Yiiiudc cl studiis puribus cumjunxeril umbos
Xos' Dcus, an ruerc banc credis amiciliam f Non si Sacromatas, aut extremos (îarumuntas
Aut Scythiœ fines sors me habitare relit. An non fnder cral qui cpulundum traderc ludum
Son limait, coudais risecru viseeribus f Son igitur patriat aut sanguis cognatust opesoe
Firmam conttituuni semper amiciliam. (1)
Cette élégie doit appeler notre attention sur la
(l) Carmtna, fol. m. Élégie XLII.
grande transformation qui s'est opérée dans l'état d'âme de notre humaniste toulousain. Les cruelles épreuves ont modifié les sentiments de sa jeunesse et de sa vie. Il semble abandonner Glaucie ; l'éloquence n'est donc plus, pour Jehan de Boysson, l'unique et souveraine maîtresse de l'intelligence et du cœur!
La famille et l'amitié paraissent avoir reconquis tous leurs droits.
Clément Marot, Pierre Bunel et Rabelais sont morts ; mais Dafïis vit encore, heureux et calme à la tête du parlement de Toulouse. Du Ferrier, L'Hôpital et Guy du Faur ont arraché l'humaniste aux dernières étreintes des calomniateurs; ils n'ont pas guéri les plaies faites par Tabouet.
Ce sera donc vers la province et la famille que Jehan de Boysson ira chercher le repos; c'est à l'amitié qu'il demandera les consolations dont il a si grand besoin.
Ses poésies ne sont plus adressées à Minerve; elles vont toutes vers les amis, tels que Jean de Truchon, Bellièvre ou Montholon ; elles vont au neveu Pierre, dont il n'avait pas encore prononcé le nom ; il est probable que son neveu Raymond, qui devait continuer le nom de la famille, était déjà mort; c'est en Pierre Olivier que Jehan met ses espérances; il l'a fait venir près de lui; il a guidé ses premiers pas; il l'a détaché de Tusculum pour le ramener dans la rue Boulbone, où nous pouvons suivre les Olivier pendant deux siècles; et l'humaniste accablé par la goutte, vieilli sous les traits empoisonnés de ses calomniateurs, remonte sur les chevaux de poste et revient tous les ans à Toulouse, comme s'il y prépa-
rait son dernier foyer, à côté de Daffis et de ses c -
lègues du gai sçavoir.
Mais avant de mourir, il eut encore la force de composer une iambe contre Y infect Tabouet; ce sera, croyons-nous, sa dernière poésie :
In Taboetum
Cernens sibi hoc Taboëtas exprobarier, Quod esset ausus impudenter edere Libros forensium actionum, esset licet Omnino inexpertus forensium, neque ad Subsellia alla ludicum orasset, neque Tribunal iillum maximurum liliuin Unquam attigisset, naper qua die Convenlus est magnus Lutetiœ in foro, Ipsa die qua Prœses indatas rubra Sedet décoras purpura, Régis vice, Cl se probaret esse rhetorem bonam Causant egit in Senulu, apud (pie Indices Amplissimos, doctissimosque, si qai alij In orbe sunl toto, actionem splendidam Et lucidam habuii : utque tucida et hoec magis Forci, face luiuc ardente inuil cerca Quod actionem (une fore illustrent mai/is Audisscl, in qua luminu adsunt plurinui. Quis actionem non probet tant lucidam, Inquâ videt toi lumina, et tôt fulmina-' | 1 |
Jehan de Boysson, comme tous les humanisti n'a composé des vers latins que pour se perfectionner dans l'art d'écrire et de parler correctement ; il voulait certainement .égaler (acéron; mais il n'eut jamais la prétention de laisser aux générations futures des œuvres poétiques (lignes de Virgile; il l'a dit en
(i) Carmina, fol. 117. ïambe \\\ il.
maintes circonstances, faisant modestement observer que ses vers latins sont toujours durs et raboteux.
Quoique la versification ne fût pour lui qu'un simple exercice littéraire, nous devons cependant constater qu'il avait le réel mérite d'exprimer, dans toutes ses compositions, des pensées très poétiques.