‹ Un humaniste toulousainChapitre 4 sur 20 · CAPITOUL EN · texte numérisé non relu

CAPITOUL EN

Gothique remanié.

Le cadastre toulousain de 1478, qui est parvenu jusqu'à nous, donne sur cet hôtel l'indication suivante :

« Oustal large et gran ; tout bastit » (3).

11 suffit d'examiner l'hôtel remanié pour constater qu'il a subi, pendant la période de la Renaissance, une restauration complète , dirigée par un très habile architecte. Près de quatre siècles ont passé sur ces murailles sans les détériorer dans aucune de leurs parties essentielles : à l'entrée, se • liesse une belle tour hexagonale, flanquée d'une jolie tourelle dont l'encorbellement commence à la hauteur d'un troisième étage. On voit dans la salle des Gardes une élé-

Mte cheminée en pierre, au-dessus de laquelle ressortent, en un puissant relief, les armoiries parlantes de la famille : h'or, au buisson de sinople terrassé de même, avec deux lions pour supports. »

1 7. de B. ou /a Renaissance à Toulouse, ch. 1. /. de /»'. et le parlement de Ghambèry, p. 12. municipales de Toulouse, cad. de 1478.

C'est le buisson dont parle Jehan de Boysson, dai élégie à I ruilhaume de Scèi e.

Les croisées sont ornées de sujets variés, que I artiste a sculptés avec une délicatesse extrême; ici, ce sont des voussures garnies de chardons ou de buissons; là des meneaux ou 'les colonne ttes qui se dégagent avec un gracieux profil. et sur lesquelles on voit grimper des écureuils.

Au deuxième étage de la cour d'honneur, une jolie ga!tei Le en bois est suspendue avec une hardiesse étonnante : le tout produit un ensemble digne de servir de modelé aux meilleurs architectes; on l'attribue d'ailleurs à Bachelier.

L'hôtel de la rue Malcousiuat appartenait, au moment de sa reconstruction, a Hugues de Boysson. baron de Bouinazel, qui venait de recevoir l'héritage de Pierre de Boisson seigneur de Montmaur; grâce à cette importante succession, Voustal large et ar&n de I ïTtt put être transformé en ce délicieux logis, dont on admire encore aujourd'hui les dispositions artistiques.

Tandis que cette transformation s'opérait dans le bel hôtel de la rue Malcousiuat, Jehan de Boysson habitait une ni. tison qu'il possédait dans la rue Boulbone, contiguê à celle du célèbre architecte Bachelier (1).

Notre humaniste avait fait ses premières études à Castres, on llorissait une petite université, qui jouissait alors (Tune excellente réputation dans toute la province Les ftefs de Broquiès, de Montmaur et de Vaureilles, appartenant aux Boysson, étaient sur les contins du pays castrais; il n'est donc pas étonnant que le père de Jehan ait habité Castres ; mais ce ne fut pour lui ci pour les siens qu'une installation de circonstance, plutôt qu'une demeure patrimoniale, car rien, dans les archives locales el dans L'histoire de cette

province, n'a conserve le moindre BOUVenir de notre humaniste ou d'un membre quelconque de sa famille. Jehan, qui voyageail avec nue facilite remarquable, n a

Cité qu'une on deux fois le nom de Cistro. Pendant le-

(i) Archn es municipales, » tdastre de

vingt dernières années de sa vie, écoulées en Savoie et en Dauphiné, nous le verrons faire souvent le voyage de Toulouse, sans qu'il signale jamais un arrêt sur les rives de l'Agout. Cependant il nous a rappelé les doux souvenirs de son enfance dans une épitre en vers latins, où il commence par décrire la fertilité des plaines de Garcassonne ; puis il dit : « ...Ce pays est peut-être supérieur à Castres pour la « fécondité du sol ; mais Castres est tout aussi riche en « génies, en citoyens courageux et bons. Le pays castrais, u par son origine, ne le cède à nulle province, pas plus dans « la guerre que dans la paix. La science des armes, les « études, l'art militaires, les vertus domestiques, tout cela « s" y montre florissant »

Istis ut Castrœ superentur, non tamen illœ In producendis se dicent inferiores Ingeniis animisque bonis et fortibus; in quo Non ulii cedet patriœ Caslrensis origo, Tempora seu pacis spectes, seu tempora belli, Aniiis et studiis et militiœque domique Aptos quœ générant (1).

Comme la plupart des poètes latins, Jehan de Boysson,

dans ses oeuvres, n'a presque jamais parlé de sa famille ;

il a fait deux fois allusion à l'un de ses oncles, qui fut son

maître et son bienfaiteur; il l'appelait « Luscus », c'est-à-dire

Le borgne (2).

Dans une lettre de 1536, il raconte à Gribaldi de Mophée

la mort de son père, qui laissa la ville de Castres plongée

dans la plus grande désolation (3).

Dans une autre lettre, adressée en 1537 à Guilhaume de

& . . qui habitait Lyon, Boysson demande : « Qu'est devenu mon cornet à jouer aux dés? L'as tu remis à mon

« frère, pour qu'il me le porte? Je l'ignore (4) »

mina, toi. 83. Épitre XLU.

U') Épitre n* 13 ad Arnaldum Ferrierum. \ Lettre ir OH ad M. Mopham Gribaldum. Lettre n* T'i ad (j. Scœoam.

Cette lettre noua apprend que notre humaniste avait un

frère, et nous verrons bientôt que ce frère eut un fils. Bile nous apprend aussi que Jehan de Boj bsoii portail en \oy son cornet à dès; ce jeu resta fort en usage pendant une longue période de notre histoire; il amena même souvenl des ,ibus que L'Église s'efforça de combattre.

Un célèbre poète champenois, Jean Voulté. nous dit que Boysson avait un neveu appelé Raymond : Voulté resta pendant plusieurs années à Toulouse, comme professeur de belles-lettres ; nous l'y trouverons dans des circonstances particulièrement agitées: il a dédié à Raymond de Boysson. tout enfant, une de ses plus jolies épigrammes(l), dans laquelle il lui donne de sages conseils, en faisant de- vœux pour son bonheur; ce neveu dut mourir ;'i la Heur de -on âge; car toute la succession de Jehan de Boysson lut attribuée a un autre neveu, Pierre Olivier, évidemment lils d'une sœur mariée dans la riche bourgeoisie de Toulouse; la dçscendance directe de Pierre entra dans la noblesse parlementaire bientôt après la mort de notre humaniste. Jehan a composé pour son neveu, qui faisait ses études de droil à Grenoble, une épître en vers latins, dans laquelle il s'efforce de le mettre en garde contre La Barbarie, et il lui dit : « Rien ne doit L'empêcher de devenir un savant, si la grâce « de Dieu ne t'abandonne pas (2). *

La majeure partie d^^ dixains fiançais de Jehan de Boys son est adressée ,;i une jeune et séduisante inconnue, dési« -liée sous le nom de Gl&ucie.

Dieu ///'a pourvu d'une belle maîtrei De doulceur pleine ei vuyde de rigueurs. Qui n'a voulu me tenir en des tresse, Car ouvert m'a le privé de son cœur; Pourquoy je veuilt de toute ma vigueur, Lui démontrer queson serviteur suis

(t) ./. Vultei Rèmemia epig. librit i\ . i yon, IS33 i - (•.') Carmtna, fol, 69. BpUre Y ad Petrum Oliv»rium,

Et qu'en ce inonde, aultre cas ne poursuis Que demeurer en sa grâce bénigne, Laquelle veuil retenir, si je puis, Combien quassés ne m'en répute digne (1).

L'ardent éloge de Glaucie reparaît en strophes imagées dans plus de cent poésies françaises ou latines; nous citerons encore le dixain suivant :

Souvent je pense à ton divin visaige,

Tant blanc, tant net et tant fraiz de coleur;

Lors me décheoit et fléchit le coraige,

Car cest pour moy bien de trop grande valeur;

Et toutefois une extrême chaleur

Du feu d'amour me contrainct espérer

Que je pourray quelque jour prospérer

Et parvenir à ce que je désire ;

Lors me pourray aux grans rois comparer,

Trop plus heureux que d'avoir un empire (2).

Le lecteur intrigué par ces incessantes déclarations d'amour, cherche dans les dixains, les élégies et les odes, quelle est la jolie femme dont le poète chantait les vertus avec tant de persévérance, en Italie comme à Toulouse, à Ghambéry comme à Grenoble; rien ne permet de découvrir le nom de cette belle maistresse,

])o doulceur pleine et vuyde de rigueurs.

Les trois centuries de dixains ne disent pas un seul mot qui puisse satisfaire notre curiosité; mais quelques vers latins, égarés dans les dernières œuvres de l'humaniste toulousain, nous apportent la clef de l'énigme, en replaçant l'austère jurisconsulte sur son piédestal. Ces vers disent au lecteur intrigué : « Tu crois que ma maîtresse est une sim-

ple mortelle? Telle est sou origine qu'elle n'a. pas à re- ' douter la mon : gj tu persistes à vouloir connaître son

1 1 lin ic 1 de la seconde centurie.

cain de la seconde centurie.

« nom, je te dirai qu'elle s'appelle Minerve. C'est elle que « j'aime et que j'aimerai toujours sous le nom de Glau- « cie (1). »

11 est donc probable que la déesse de l'éloquence disputa seule le cœur de Jehan aux droits sacrés de la famille.

(t) Carmins, fol H XII l* hendéi syllabe

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