‹ Un humaniste toulousainChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La Renaissance

La Réforme. — Lès Scolastiques et les Humanistes. — Les Universités de France et (/'Italie. — Écoles et régents cln XVI" siècle. — Progrès <trs sciences et des arts. — La Poésie.

Les premières années dn xvi° siècle forment une de ces mandes périodes historiques, où l'organisme social du monde paraît exiger une prompte et complète modification. Les traditions religieuses de l'Europe féodale, les constitutions politiques, les méthodes d'enseignement, tout était simultanément attaqué avec une violence extraordinaire. Les réformateurs de l'Église manifestaient une ardeur inquiétante : le souverain pontife résolut de convoquer un concile oecuménique; mais il hésita longtemps sur la date et sur le lieu de la réunion, tandis que les novateurs devenaient de plus en plus audacieux. L'Allemagne, profondément divisée, tomha dans l'hérésie; l'Angleterre y fat entraînée par la tyrannie d'un roi sensuel et passionné; la Suède subit Tin- (luence d'un monarque cherchant dans la confiscation des bieps d'Église les ressources dont il avait hesoin ; le Danemark fut entraîné par un roi qui voulait rendre son pouvoir absolu. L'Italie fut sauvée par le Pape; l'Espagne par son clergé; la France par la Ligue.

lui ce im'me moment, le régime féodal venait de disparaître; tous les rouages administratifs étaient entrés sous la dépendance immédiate du roi. Il fallait établir un accord parfait entre cette autorité suprême et les diverses forces iales du royaume; mais le roi se méfiait tout à la fois du clergé, de la oobUsse el du peuple; la loi constitutionnelle,

indispensable au bon équilibre du pays, ne fui pas promulguée : l'avenir rester*! menaçant.

Nous u';ivoiis pas à nous occuper des réformes religieux ou politiques; l'université retiendra seule notre attention.

Les lettres, les sciences el les arts avaient été très délaissés en France pendant tout le \i\" siècle et pendanl la première moitié du \\"; cette longue période correspond A la désastreuse guerre de Cent Ans, qui couvrit le royaume de sang et de ruines. En des temps aus>i douloureux, l'esprit humain reste absorbé dans ses préoccupations nationales et ne peut rien produire qui soit florissant et durable.

En ce même siècle, l'Italie donnait l'exemple d'une splendide renaissance artistique et littéraire, qui rayonnera bientôt sur l'Kurope entière. Depuis l'invasion des barbares, les langues mortes de Grèce et d'Italie étaient restées oubliées dans les monastères, près de quelques moines érudits; au début du xve siècle, la jeunesse italienne avide de s'instruire, résolut de donner aux grands orateurs et aux poètes g] et latins la première place dans l'enseignemenl des universités.

L'Italie, berceau de la langue classique, -'tait aussi le berceau dc^ arts et du paganisme; en même temps que les œuvres des plus célèbres auteurs de l'Antiquité, on vil naître le sentiment traditionnel qui avait Inspiré les belles lettres et les beaux-arts. Les divers états de la péninsule

étaient livres a la plus complète anarchie; nul frein, nulle autorité religieux' ou politique ne pouvait retenir dans la voir chrétienne l'ardeur des hommes d'étude; le schisme d'Occidenl avait transporté le siège de la papauté à Avignon, et les provinces, indépendantes les unes des autres, étaient toutes soumises a la tyrannie du [dus heureux conquérant.

L'ambition de s'élever par la science avait gagné la jeunesse laborieuse, qui trouva la plus généreuse protection

(die/, la plupart des princes ei des ducs régnants. Les promoteurs de ee grand mouvement de renaissance prirent le nom

d'Humanistes; ils appelaient Barbares les scol as tique s partisans de- anciennes méthodes, La jurisprudence, qui doit

particulière ni en I retenir nuire attention, était enseignée d'après un système basé sur les Pandectes de Justinien, interprêtés par des auteurs dont les commentaires, plus ou moins diffus, aboutissent généralement aux plus subtiles conclusions. Les auteurs préférés étaient Aceurse et Bariole. Le professeur commençait sa, leçon par la lecture du commentaire qu'il voulait enseigner; il procédait ensuite, par syllogismes successifs, pour arriver à la solution rigoureuse des diverses questions soulevées autour du sujet développe : ses démonstrations étaient toujours faites dans un latin corrompu; de sorte que le maître fatiguait l'intelligence des élèves sans orner leur esprit.

En faisant renaître le latin de la belle période, les humanistes s'attachèrent à faire aussi renaître la jurisprudence des grands orateurs de Rome et d'Athènes, basée sur les observations faites par les historiens célèbres et sur les conclusions données par les principaux philosophes.

A la dialectique subtile et froide du moyen âge, ils entreprirent de substituer une méthode nouvelle, dans laquelle les dectes subissaient les modifications imposées par les lois morales et par les progrès incessants de la civilisation. La froide démonstration des syllogismes était remplacée par la

rsuasive éloquence du maître.

Cette méthode humaniste devait s'adapter à toutes les facultés.

Lorsqu'à la fin du grand schisme d'Occident, le Pape revinl à Rome, il trouva l'humanisme en grande faveur; persuadé que la religion n'a pas à redouter les progrès des

ences, le souverain pontife donna bien souvent à l'École naissante les témoignages d'une bienveillante protection; Innocent Vil -'entoura d'humanistes et Nicolas Y, tout pénétré des idées nouvelles, voulut que la capitale de la religion devînl In capitale des lettres et des arts; Sixte IV suivit la même tradition.

Plus tard Léon \ prit comme secrétaires deux humanistes que nous retrouverons sur notre route, Pierre Bembo et Jacques Sadolet; dans la dernière année de son pontificat, il

confia la chaire de droit civil de son université d'Avignon, au plus célèbre des jurisconsultes humanistes d'Europe, Andréas Alciati, donl |a poétique éloquence auYa comme ; mier imitateur en France Jehan de Boysson.

Pendant qu*e l'humanisme prenait possession des univ< sites italiennes, HansGutenbergcréail L'imprimerie. L'Eglise encouragea l'invention nouvelle comme elle avail encoui 1rs réformateurs de l'enseignement. Les premiers ouvrages imprimés furenl des livres '1»' théologie ou de piété, la Bible, les Catéchismes; «la traduction de la Bible, d'ap « la Viilgate, avail été imprimée près de cenl lois avant la « fin du xv* siècle (t). » Il y avait en Italie, trente ans après la morl de Gutenberg, plus de cenl imprimeries travaillant avec une activité dévorante. Cette multiplication rapide des livres classiques favorisa singulièrement La fondation de

nouvelles écoles.

En 1517, Luther publia ses célèbres propositions contre les indulgences, el quatre ans plus tard. A la diète il»' Worms, il leva publiquement L'étendard de la révolte contre l'Église catholique. Les humanistes n'ont jamais confondu leurs revendicaions universitaires avec la prétendue réforme 'les hérétiques; mais enorgueillis par Les nombreux encouragements du sainl siège, ils voulaient imposerai] clergé leurs méthodes d'enseignement jusque dans Les chaires de théologie. L'énergique résistance des évêques amena

de violentes protesta t ions. Le plus illustre des humain

allemands, le moine Erasme, que Léon \ avail comblé île laveurs, abandonna son monastère, cessa de célébrer le saint sacrifice de la messe et d'observer la loi du jeûne et du maigre; il publia même, en 1518, un volume 'le colloques qui a ni l'a sur lui les censures 'le la Sorbonne. Dès lors la papauté se niontra pins vigilante à L'égard 'les novateurs et la

lutte fut pins ardente que jamais entre 1,-s deii\ écoles ; dans

les universités françaises, L'humanisme avail conquis la majeure partie Ar< étudiants, quelques rares prélats, des

(l) Jaussein /. Allemagne à la /in >iu nu

professeurs <'t plusieurs membres des parlements mais le plus grand nombre des maîtres et des magistrats restait, avec la masse du pays, fidèle à la scolastique.

Il v avait alors en France seize universités autonomes : Paris, Toulouse, Montpellier, Avignon, Orléans, Cahors, Abgers, Grenoble, Orange, Dole, Poitiers, Gaen, Valence, Bourges et Bordeaux. Toutes étaient largement pourvues de chaires dans leurs diverses facultés. Des dotations spéciales assuraient le traitement des maîtres et l'entretien des bâtiments, sans qu'il fût jamais nécessaire de recourir au trésor public.

L'Italie était justement fière de ses douze universités : Bologne, Xaples, Padoue, Rome, Pérouse, Pise, Florence, Pavie, Sienne, Païenne, Turin et Parme.

L'Allemagne, en possédait huit; l'Espagne, sept; l'Angleterre, quatre; les pays Slaves, trois; le Portugal et la Suisse, deux; les Pays-Bas, une.

Toutes ces universités avaient entre elles des relations incessantes; car le monde des écoles formait une patrie d'un ordre tout spécial, où régnait une activité merveilleuse; jamais le cosmopolitisme ne fut plus en faveur qu'à cette époque; malgré les difficultés de communication, amenées par l'absence complète de routes et de voitures publiques, les

iits humanistes se rencontraient souvent et se connaissaient tous; ils passaient d'une université dans une autre avec une aisance étonnante; les élèves arrivaient nombreux, des pays étrangers, pour suivre les cours d'un régent célèbre, et les étudiants ambitieux ne croyaient pas avoir convenablement terminé leurs études, s'ils n'avaient pas été dans quelque pays étranger chercher une place d'élite chez le réil le plus renommé pour son savoir et son éloquence. Ce

amopolitisme exagéré fit trop souvent disparaître, au cœur de tous les humanistes, le bienfaisant esprit provincial, qui jusqu'au siècle dé la Renaissance avait dirigé toutes les forces vive- de la jeunesse vers le progrès de la province, pour le plus grand profit du royaume.

I I el L'Italie conservaient les préférences des ré-

gents et des élèves, malgré les divers obstacles qui paraissaient s'opposer à la prospérité intellectuelle el morale d< ces deux peuples.

Les Italiens, sans cessée envahis par les armées étrao souffraient cruellement de ces luîtes interminables, el les Français à peine reposés de la guerre de Cent Ans. donnaient à leur jeune idiome national son premier essor el ses premières lois; la persévérante sollicitude de François I"1 et d'Henri II ne lit que préparer le triomphe définitif de la langue d'oïl sur la langue d'oc. Toulouse parlait encore le roman gascon sous Henri IV et sous Louis Mil : il est vrai que cette considération ne devait pas exercer une influence prépondérante sur le monde des écoles, puisque les universités avaient leur langue spéciale, le latin, comme elles avaient leur législation.

François Ier s'efforça toujours d'appeler en France les régents les plus célèbres d'Europe et les étudiants des pays étrangers; il s'était constitue le protecteur énergique el Qdèle de tous les hommes d'étude. Au cours de la rivalité violente des scolastiques et des humanistes, il oublia parfois son devoir souverain d'impartialité, pour aitler au triomphe de l'humanisme; on sait que pendant toute cette belle période de la Renaissance, il suitisail d'adresser au monarque un madrigal, une ode. un sonnet bien rimé, pour obtenir aussitôt les faveurs royales, prélude habituel des faveurs populaires.

Grâce aux encouragements continuels de la Couronne, les universités de France virenl bientôt se développer, dan- de brillantes proportions, 1»' talenl des professeurs el le nombre des élèves. Étudiants el maîtres venaienl avec enthousiasme chercher la science dans nos écoles <"t revendiquer en même temps les privilèges décernés aux hommes d'étude par le roi, justement proclamé Rère des lettres. Une ordonnance de Philippe de Valois avail assimilé les régents aux nobles, en les exemptant de toul impôt publie el en leur donnant le droil de porter l'anneau d'or : ils pouvaient même être ei velis, comme les harons, avec l'ispée ni les éperon- doi

non- verrons que François 1er mille comble à ces avantages féodaux, en accordant aux maîtres le pouvoir lucratif (!) et glorieux d'armer dos chevaliers.

Des les premières années du seizième siècle, le titre et les fonctions de régent étaient très recherchés par les cadets de familles nobles ; les derniers vestiges de l'ancien régime venaient de disparaître pour toujours; les seigneurs, ne pouvant pins revendiquer leurs droits suzerains, prirent la sage resolution de mettre leurs instincts d'autorité au service du monarque, en participant au gouvernement du royaume. Les uns ambitionnaient le droit de rendre la justice; d'autres voulaient acquérir des grades dans l'armée; ceux-ci demandaient des titres universitaires, alin de se consacrer à l'instruction de la jeunesse.

Lorsque Jehan de Boysson était régent en droit civil à Toulouse, il avait auprès de lui Mathieu du Pac comme rétt en droit pontilical, et Guillaume d'Exéa professait à Montpellier: pendant la seule année 1529, nous verrons siéau Gapitole trois régents appartenant à la noblesse : .lean de Teula, Pierre de Malenfant et Pierre de Gargas(2). Des legs généreux et des fondations princières avaient permis de construire, dans plusieurs villes du royaume, de vastes editices parfaitement appropriés au but du fondateur ; des chaires plus ou moins nombreuses et largement rétribuées avaient été crées ; les titulaires, choisis par leurs collègues, enseignaient suivant leurs idées personnelles, à la lie condition de ne rien professer qui fût contraire à la nïne de l'église.

Lorsqu'un régent avait acquis une certaine renommée, les principales universités d'Europe s'efforçaient de l'attirer; nous verrons les professeurs illustres aller de ville en ville <■!• les diverses frontières de leur patrie avec une surprenante facilité; ils prenaient des engagements d'une sez courte durée. Dans le langage des écoles, ces engage-

! Rpistola n" :>, Ferrerius ad. .1. de B.

chronologique des, . . capitouls,

ments s'appelaient conduite ou conduction, on les prenait habituellement pour une période dé trois années successi

L'éloquence du régent, son savoir et sa méthode d'enseigner étaient bientôt connus ubique terrarùm : les élèves arrivaient en foule près du maitre renommé : certaines facultés acquéraient ainsi une réputation qui s'étendait sur tout le continent : Paris étail célèbre pour les études théologiqui Toulouse pour le droit; Montpellier pour la médecine; Parloue jouissait d'une grande vogue sur toutes .

Au début du quatorzième siècle, les élèves de nos premières universités, Paris, Toulouse, Montpellier, Orléans, riaient assemblés dans le pré'au de l'école : accroupis sur des nattes «le paille, ils écoutaient en prenant des notes; le régent, assis sur un escabeau, enseignai! d'après la méthode scolastique, toujours aride el compliquée.

Sous François I"'. de vastes salles, largemenl aérées el pourvues de bancs en amphithéâtre, recevaienl les étudiants sans aucune distinction relative à la naissance el à la nationalité; on y voyait les jeunes bourgeois el même les enfants du peuple confondus avec les représentants des plus nobles familles. Le roi voulaitquela concorde existai toujours dans ce monde turbulenl des écoles; sa volonté fui rarement méconnue. La plus grande émulation enflammait cette ardente jeunesse, car un violent désir «le s'instruire avait pénétré dans tous les rangs de la société.

Ramus était arrivé à Paris, dépourvu «le toutes ressources; il gagnai I sa vie comme domestique d'un riche écolier du collège de Navarre; son service l'occupail pendant toute hi journée : mais il étudiai! pendant la nuit, el il devint un «les plus profonds philosophes de son siècle.

Guillaume Poslel, qui fui un célèbre philologue, n'était aussi qu'un pauvre valel du collège de Navarre: il apprit le latin, le grec et l'hébreu, pendant les rares moments de repos «pie lui laissaienl ses fond ions.

Ronsard <-t son ami [Jaïf vécurent ensemble pendant leurs

années « 1 i' 1 1 o h-s ; épris tous les 'leu\ '11111 égal amour pour

les belles-lettres, « Ronsard qui avoit été nourri à la Cour, a accoustumé à veiller tard, continuoitlestude jusqu'à deux a ou trois heures après minuict et, se couchant, réveilloit Baïf, qui se levoit et prenoit la chandelle et ne laissoit re- « froidir la place (1). »

Ce noble amour de la science attirait vers les centres universitaires un nombre prodigieux de jeunes gens venus de toutes les provinces européennes, pour apprendre les diverses sciences. Les connaissances humaines étaient, au début du seizième siècle, beaucoup moins étendues qu'aujourd'hui, de sorte qu'un homme intelligent et laborieux réussissait parfois à les acquérir toutes. On sait qu'à l'âge de vingt ans, Pic de la Mirandole, Béroalde l'Ancien, Guillaume Budé. etc. discutaient habilement de omni re scibili. Le savoir était devenu le plus sur moyen d'améliorer les positions sociales ; c'est pourquoi l'on vit alors, pour la première fois depuis la chute de l'Empire romain, des groupes nombreux d'hommes du monde se réunir, en dehors de l'église, pour se livrer à l'étude.

Les universités de France furent bientôt les plus fréquentées de l'Europe entière; la vie matérielle était déjà saine et confortable dans presque toutes nos villes, où le climat était plus séduisant que dans le Nord et le centre du continent: en Allemagne, comme en Italie, le monde des écoles ne vivait pas mieux qu'au temps d'Albert le Grand; les élècomparaient la misère générale de ces universités, avec le bien-être des universités françaises; ils allaient à Bordeaux. Toulouse ou Montpellier terminer leurs études, près d un régent célèbre, sous le réjouissant soleil d'Aquitaine ou de Provence ; ils étaient souvent recueillis chez les régents eux-mêmes, qui leur donnaient la nourriture et le gîte, ainsi que cela se fait encore en Angleterre. Nous verrons que Jehan de Boysson réservait à cet usage, avec le concours d un régisseur spécial, une des maisons que lui donna son

ude Binet, Vie de Horftard, Arch, Cur. t, X, p. 1%,

oncle LuscuSi et pendanl son professerai à Grenoble il en prit une en location, pour L'affecter 3 ce même service.

Grâce à l'invention de L'imprimerie, Les écoles s'étaient multipliées dans toutes Les provinces, aécessitanl ta fondation de petites universités secondaires, qui répandaient dans tout le royaume les bienfaits de l'enseignement. François 1 ' fut singulièrement récompensé de la protection qu'il donna, pendant tout sou règne, aux progrès de^ études littérain scientifiques; Lorsque les sciences el Les arts prospèrent, la poésie prend toujours un grand essor et se l'ait entendre connue un chant de triomphe. Aucun siècle n'a vu plus de poètes qu'on en vit en France pendant la belle période de la Renaissance : « Ce fut, suivant L'expression d'Etienne Pas- « quier, La grande Hotte de poètes produite par Le règne « d'Henri II »; mais la langue française êtail alors en formation et nous voyons aujourd'hui dans La grande (lotte

d'Henri II beaucoup plus de versificateurs que de | les;

les œuvres qu'ils nous ont transmises laissenl deviner trop souvent les efforts accomplis pour trouver le mot juste ou la rime et pour donner à la phrase une forme correct»'.

demis par ces difficultés, presque tous les humanistes ont exprimé leurs sentiments poétiques en latin, idiome ordinaire des Lettrés : quelques-uns, tels que Jehan de Boysson, en nous permettant de comparer Leurs talents dans les deux langues, nous ont l'ait constater qu'ils rendaient beaucoup mieux leur pensée en latin qu'en français,

Il n'est pas utile de l'une pbserver que Chez les écrivainoriginaires des provinces méridionales, la préoccupation grammaticale est beaucoup plus apparente que «die/, h-- écrivains de langue d'oïl; cependant les poètes du Midi n'ont

rien tente, pendant toute la période de la Renaissance, pour faire revivre L'idiome t\i>< troubadours. I.e collège du scavoir, qui depuis l-'c'i avait remplacé Les anciennes Cours d'amour dans la distribution des Heurs décernées aux poètes,

continuait a favoriser le .Mille de la poésie; mai- il >ul>i>>ait

trop docilement L'impulsion royale, car Ll avait formellement

exclu de ses concours les œuvres écrite? en langue «l

Entre Géraud Riquier, de Narbonne et Pierre Goudouli, de Toulouse, trois siècles se sont écoulés de 1300 à 1600, sans qu'aucun poète ait essayé de chanter dans la langue harmonieuse de Bertrand de Boni, de Giraud de Borneil et de Bernard de Ventadour.

Le Limousin n'était donc plus qu'une langue morte, et tandis que les humanistes faisaient renaître le grec et le latin, le gai scavoîr ne fit rien pour réveiller le beau parler des troubadours. «

Jehan de Boysson, au lieu d'exercer sa verve poétique dans Le bel idiome qu'on chantait autour de son berceau, préféra composer ses dixains en cette langue d'oïl qu'il connaissait à peine.

Ses nombreuses poésies lui feront décerner la violette et l'Églantine; elles lui permettront de devenir l'un des Vil mainteneurs des jeux floraux; elles le feront même admettre dans le cénacle de Marguerite de Navarre; mais elles ne nous autorisent pas à lui donner une place d'élite dans « la mande Hotte des poètes, produite par le règne d'Henri II. »

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