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CHAPITRE III Étudiant et Docteur (1520 à

Castres. — Toulouse. — Accurse et Bartole. — Les protecteurs de l'Humanisme. — Les amis de Boysson et ses maîtres. — Les Sodalités. — Docteur et clerc. — Régent en droit civil. — Les

Pèlerins de la science.

Jehan de Boysson, destiné peut-être A devenir un homme d'église, était âgé de quinze ou seize ans, lorsqu'il vint .1 Toulouse pour y faire ses études de droit. 11 avail appris, dans la petite Université de Castres, la langue d'oïl, qu'il employait rarement dans ses conversations, el la langue latine, pour laquelle il ressentait une véritable passion, il avail appris aussi la logique, qui resta pendant tout le nio\ ru âge le but essentiel de l'instruction publique; un l'enseignail d'après la méthode Scolastique el dans un latin corrompu, en portant jusqu'au ridicule la manie du syllogisme, des formules barbares, de- distinctions et de- subdistinctions. Clémenl Marol faisait allusion ,'i cette période classique, lorsqu'il disait :

l'.u effect, c'estoienl de grans bestes Que /es régens 'lu temps jadis ;

Ju)ililis je n'en Ire en }';i r&dii

s'/7s ne m'ont perdu ma jeunesse l .

Pendant toute sa vie. Jehan de Boysson éprouva le même sentiment d'aversion pour ses premières éludes; il u sou- \ent exprime le remet de n'avoir pas, m débul de son existence, mieux appris les belles-lettres grecques el latii -

(1) Clément Gfarol Ipitn du l 'oq ù l'Ane.

En arrivant de Castres à Toulouse, il fut reçu par son oncle, Jean de Boysson, qu'il appelait Luscus(i); cet oncle, docteur et relient en droit, occupait dans l'Université la chaire fondée par un de ses aïeux, peut-être par son bisaïeul Hugues, capitoul en 1444. Il jouissait d'une grande considération dans la ville, aussi bien pour son talent de jurisconsulte que pour le généreux emploi de sa fortune (2).

Luscus accueillit son jeune neveu avec la plus affectueuse bienveillance et dirigea ses études de droit civil et de droit canon.

Grâce à la haute influence du célèbre professeur Girolamo Aléandre, l'humanisme commençait à pénétrer dans les Universités françaises. Cet illustre régent était venu d'Italie, pour mettre en honneur dans les écoles de Paris et d'Orléans renseignement du grec et du latin ; ses amis, Charles Brachet et Guillaume Budé, qui furent aussi ses meilleurs élèves, propagèrent sa méthode ; nous les verrons devenir, tous les deux, les fidèles collaborateurs de Jehan de Boysson. Nous savons que les auteurs généralement adoptés, dans les Universités, pour les leçons de droit, étaient Accurse et Bartole, qui, prenant pour base le code de Justinien, arrivaient par des syllogismes successifs, à des solutions rigoureusement acceptées sur toutes les questions de jurisprudence. Cette méthode fatiguait l'esprit de Boysson qui, passionné pour les belles-lettres et pour l'histoire, se repolit en lisant les grands écrivains de Rome et d'Athènes; il aurait volontiers dit. comme Rabelais : « La glose d'Accurse -l tant salle, tant infâme et punaise, que ce n'est qu'ordure et villenie(3). » Il a d'ailleurs qualiiié lui-même les œuvres de Bartole, « mares d'eaux infectes (4). »

Dans une lettre à son ami Jean de Fargues(5), il gémit sur la trop grande précipitation avec laquelle on le lit entrer

Lettre u' 149 à Jean de Goras.

L "i" n" 19 à Antoine liaptendier.

(3) Kabelais, Pantagruel, liv. 2, ch. 5. Lettre n* lit à Jean do Cor;is.

n" |(1 h Jean (Je Fargues,

dans le labyrinthe du droil alors que, loul jeune encore, il ne possédait qu'une irfsumsante connaissance des belleslettres; il avait déjà dit à Salmon Maigret I), dans une jolie poésie latine :

« Il m'est difficile, après aVoirsi longtemps étudié Accurse « et ses livres, d'avoir un style correct. J'ai consacré ma <c jeunesse à. m'abreuver de cfi^ niaiseries, el je donnais très <* peu de temps aux auteurs latins (2). »

Cependant l'Université de Toulouse commençai! à subir la bienfaisante influence de la Renaissance Italienne; le premier président du parlement, Jacques de Minut, Italien de naissance, favorisait de toute son autorité les succès de l'humanisme et voyait ses goûts partagés par les plus distingués magistrats de son parlement. Les trois présidents : Jean de Bertrand, Pierre du Faur et Guy de Masencal étaient de fervents humanistes comme lui : seul le quatrième président, Georges d'Olmières, semblait être absorbe par d'autres préoccupations. Le plus ardent protecteur de l'Humanisme et de la Renaissance, en Languedoc, étail alors Jean de Pins; après avoir étudie pendant trois ans à Bo logne, sous l'illustre régent Philippe Béroalde, dont il a raconté la vie dans un fort intéressant volume, Jean de Pins était devenu conseiller-clerc au parlement et plus tard ambassadeur du roi François Ie': il était sn ce moment évèque • le Rieux(3), et il faisait construire à Toulouse un superbe hôtel que Ton peut admirer encore au numéro 16 de la rue du Languedoc.

Guillaume Budé, le savant ami d'Aléandre, appelé par L'Université toulousaine comme régenl en humanités, encourageait et dirigeail avec un suce.-- remarquable l'étude «les orateurs et Ar^ poètes de L'Antiquité grecque et latine.

Les notables d<> la ville, tiers des progrès de leui

( I ) Jean Salmon (1490-1 £7), surnommé Horace français, a l r,s>.' plu< sieurs volumes il p< lésies.

( „') < ';irniin;i. I.uiiIm-s ir 2.

(3) Chef-lieu de canton >i< I arrondi: --nient <in Baint-Gaudens il » I ironne).

ne se préoccupaient guère des méthodes d'enseignement;

mais ils se plaisaient à récompenser les régents les plus apprécies, en les appelant au capitoulat; pendant que Jehan de Boysson faisait ses études de droit, de 1520 à 1525, , il vit siéger au Capitule plusieurs de ses professeurs, tels que Raymond Sabathier, Jean Deygua, Durand de Sarta, etc., etc. (1).

Parmi ses condisciples, plusieurs resteront ses amis fidèles et s'attacheront fortement, comme lui. à la culture incessante des belles lettres, tels que Michel de l'Hôpital, Arnaud du Ferrier, Jacques du Faur, Pierre Bunel et Jean Daffis; presque tous occuperont plus tard dans l'Etat des situations importantes, ainsi que Jehan de Boysson. Humanistes avant tout, ils se montreront très tolérants sur les questions religieuses. L'Hôpital et du Ferrier porteront même cet esprit de tolérance jusqu'à devenir les propagateurs des idées nouvelles.

Fils du médecin et fidèle ami de Charles de Bourbon, Michel de l'Hôpital, âgé de dix-huit ans, étudiait le droit civil à Toulouse, lorsque se produisit la funeste trahison du connétable; il fut aussitôt appréhendé et banni, parce que -mi père avait suivi le connétable de Bourbon; nous le retrouverons à Padoue. Grâce à la protection du cardinal de (ii amont et de Marguerite de Valois, il ne tardera pas à rentrer en France; il deviendra bientôt après conseiller au parlement de Paris, et plus tard il sera, pendant huit ans, le chef de la magistrature et du gouvernement. Tandis que le pays tout entier voyait dans la Réforme un véritable plan de révolte, L'Hôpital, entraîné peut-être par un regrettable atavisme, inclina toujours vers l'hérésie luthérienne.

pernicieuse influence s'exerça particulièrement sur Arnaud du Ferrier ; nous verrons Arnaud prendre une chaire de droit à Toulouse et devenir le maître écouté de Gujas; il arrivera, jeune encore, au parlement de Paris, où le fatal

uiple de L'Hôpital le fera pencher vers l'hérésie; mais il ira plus loin que son puissant protecteur et quand il sera

i ibleau chronologique des capitouls.

mis en disgrâce, ù cause de son apostasie, Henri de Navarre le prendra comme garde des sceaux; il mourut, âgé de quatre-vingts ans, avanl l'avènement d'Henri IV au trône de France.

Jacques du Faur, frère du président Pierre, fui pris, en 153;}, comme vicaire général par le cardinal de Gramont, archevêque de Toulouse, qui mourul en 1534; le nouvel archevêque, Odel de Chatillon, garda près de lui l'ami de Jehan de Boysson; après l'apostasie de ce célèbre cardinal, Jacques du Faur, qui résidai! habituellemenl à Paris, fui nommé maître des requêtes el conseiller d'État.

Jean Daffîs, seigneur de Belvèze, fui appelé, en 1534, dans l'Université de Toulouse et dès lors il resta fidèle à sa ; vince; il devint en 153G conseiller au parlement; c'esl là qu'il termina sa belle carrière, en 1581, après avoir rempli, pendant pins do vingt ans, les hautes fonctions de premier président.

Pierre Bunel, fils d'un modeste potier, élevé par les soins de Jean de Pins, fui un latiniste remarquable, en mênie temps qu'un savant jurisconsulte; le président Pierre du Faur le donna connue précepteur à son fils, l'illustre auteur i\r* quatrains. Boysson voyait dans cette charge une déchéance qui paraît avoir refroidi ses relations avec Bunel.

Nous retrouverons souvent les six .unis de Toulouse communiquant leurs espérances et leurs épreuves, se soutenant el s'entr'aidanl toujours; les uns seront fidèles l'Eglise; les autres deviendront plus ou moins luthériens,

sans que soient jamais brisés les liens ;ill'eetueii\ qui les

unissaient. Tandis que du Ferrier se déclarail franchement hérétique, L'Hôpital essayait de dissimuler Bes tendani mais Bes contemporains catholiques l'accusaient d'avoir trahi le roi, comme l'avait fait son père, el d'avoir soutenu toujours les pires protestants* dans leurs plus audacieuses entreprises. Rien dans les lettres t\<- Jehan de Boysson ne nous laisse supposer qu'il ait jamais blâmé l'apostasie plus ou moins réelle de son ami.

Bunel mourul jeune et ne vil pas la plus triste péril

— Mil —

la Renaissance. Jacques du Kaur resta fidèle à Rouie comme au roi; moins fidèle à sa. province, puisqu'il passa les vingtcinq dernières années de sa vie soit au parlement de Paris, soit au Grand-Conseil. Seul, entre les six amis de Toulouse, Daflis conserva jusqu'à sa mort le culte de son pays natal ; il en fut recompensé par une longue carrière, aussi paisible qu'honorable.

Biaise Auriol, clerc et docteur en droit civil, auteur de poésies françaises très appréciées par ses contemporains, était alors recteur de l'Université de Toulouse; il écrivait et parlait la langue d'oïl et le latin mieux que la plupart de ses collègues; le Collège du gai-sçavoir l'avait choisi comme l'un des VII mainteneurs, et nous verrons bientôt le roi François Ter lui décerner des lettres de noblesse.

Parmi les régents en droit qui donnèrent des leçons à Jehan de Boysson, la correspondance ne nous parle que de Iaiscus, qui par son savoir et son éloquence ouvrait largement les voies ta l'humanisme; d'autres maîtres érudits enseignaient aussi le droit, pendant cette même période; nous pouvons nommer Nicolas de Bertrand, frère du président; Jean Deygua, Raymond Sabathier, Durand de Sarta, Mathieu du Pac, Pierre Daflis, père de Jean, etc., etc.

11 fallait ordinairement cinq années d'études régulières pour arriver au doctorat; lorsque le titre de docteur était décerné par la fameuse Université, il permettait d'enseigner dans toute l'Europe, ubique terrarum; aussi les étudiants venaient à Toulouse des pays les plus éloignés; ils suivaient, presque tous, les cours de belles-lettres et surtout le coin- dos lettres latines. Guillaume Budé attirait autour de sa chaire un grand nombre d'élèves, qui paraissaient -h ivre avec un vif intérêt les progrès de l'Humanisme. L'ardente jeunesse de l'Université toulousaine se laissait aisément séduire par la nouvelle méthode d'enseignement, que préconisail auprès d'eux le célèbre ami d'Aléandre; mais le teur, les régents el la plupart des membres du parlement nt d'enrayer ces tendances qui leur paraissaient

Ti

subversives; tes groupements scolaires ne Larde ronl pa troubler le repos des scolastiques.

L'esprit d'association, qui produisil â cette époque de si merveilleux résultats dans tous les rouages de l'activité humaine, avait profondémenl gagné le monde des écoles. Les étudiants «les principales Universités d'Europe è taie ni organisées en corporatibns spéciales, qu ils appelaienl en latin Sodalitates. Tous les élèves d'une môme province ou d'un même pays appartenaient à la même sodalité, el chaque sodalilé choisissait, par voie d'élection, son chef ou imperalor, sou trésorier et ses conseillers. Biles adoptaienl généralement les plus orgueilleuses qualifications; celle de rile-de-Francel ou de Paris était honoranda; celle de Normandie, ceneranda; celle de Flandre, fidelissima; celle d'Allemagne, constantissima, etc., etc.

Les recteurs et les régents devaient nécessairement tenir compte des aspirations généreuses de leurs élèves, groupés en de puissantes corporations. La salutaire influence des sodalités était d'ailleurs sensiblement accrue par l'inévitable concurrence que se faisaisnt entre elles les Universités auto nomes.

Il ne semble pas que des révoltes sérieuses aie ni eu lieu, dans la ville de Toulouse, pendant les cinq années scolaires de Jehan de Boysson, et rien ne nous apprend si ses .nuis el lui jouèrenl un rôle quelconque dans leurs sodalités; mais nous savons que Michel de L'Hôpital l'ut «'lu deux fais conseiller, ;'i Padoue, par la sodalité de Bourgogne I .

Jehan de Boysson avait moins de vingt ans lorsqu'il fut proclamé docior utriusque juris, c'est-à-dire docteur en droit civil et en droit canon; ce titre, décerné par l'Université toulousaine, permettait d'enseigner le droit ubique terl'uriun; cependant l'ambition de notre jeune humaniste

lestait alors concentrée dans sa province; c'était là qu'il

voulait passer sa vie, en cultivant tout a la fois les be lettres et la jurisprudence.

(1) Dupré-Laeale, Michel de / Hôpital, p

li reçut les premiers grades de la cléricature en même temps que le doctorat; mais il resta toujours clerc tonsuré, sans aspirer au sacerdoce. Aujourd'hui, dans le langage ecclésiastique, on appelle clerc celui qui a reçu la tonsure, et la tonsure n'est conférée qu'à ceux qui se disposent à prendre les ordres. Avant la Révolution, les cadets de familles nobles obtenaient souvent la tonsure sans avoir le désir d'arriver à la prêtrise ; ils voulaient uniquement pro- Bter des avantages attachés à l'état ecclésiastique, parmi lesquels les deux plus importants, sous le rapport matériel, étaient :

1 Le privilège du for, c'est-à-dire le droit d'être jugé par les tribunaux de l'Église et non par les juges civils; 2° l'aptitude à recevoir des bénéfices, tels que abbayes, prieurés, canonicats. Le simple clerc pouvait les obtenir et en toucher les revenus. S'il était nommé à un bénéfice simple, il n'avait aucune obligation spéciale à remplir; s'il était appelé à un bénéfice avec charge d'âmes , cure ou évêché, il devait prendre le sacerdoce ou fépiscopat dans le délai d'un an.

Boysson resta toujours sous la loi commune des clercs, qui lui permettait d'exercer la plupart des fonctions publiques.

Aussitôt qu'il eût été proclamé docteur, il posa sa candidature à la chaire de droit civil que son oncle Luscus allait abandonner en sa faveur; il avait très certainement acquis, pendant ses années d'étude, l'estime de l'Université, des capitouls et du parlement, car, malgré son jeune âge, il fut immédiatement admis comme régent en droit.

A cette époque, on voyait assez souvent des jeunes gens,

sortant à peine de l'enfance, posséder la science et l'autorité

lires a l'enseignement : Philippe Béroalde, dont Jean

Pins a raconté la vie, ouvrit à dix-neuf ans une école qui

réunit bientôt un grand nombre d'élèves; Andréas Alciati

ît, à vingt ans, considéré comme un jurisconsulte émi-

Dent, par touies les Universités de France et d'Italie; Jean

ras, élève de Boysson, était à dix-huit ans, professeur

libre i Toulouse et, deux ans après, l'Université de Padoue

lui donna l'une de ses chaires de droit civil; Robert Estienne, dès l'âge de dix-huit ans. corrigeail les épreuves en £rec el en hébreu, aussi bien qu'on français el en latin, etc., etc. ( I ).

M. Y. Mugnier dit qu'après avoir été reçu docteur en droit, " Boysson alla recevoir la consécration de ses études « en Italie, à Padoue, probablement » (2).

11 est certain qu'au xvie siècle, aucun régcnl français n'était réputé habile en l'art d'enseigner, s'il n'avait suivi pendant quelque temps les cours professés dans l'une des grandes Universités d'Italie: aussi voyait-on fréquemment des groupes plus ou moins nombreux de jeunes étudiants, qui se rendaient de France à Turin, Bologne ou Padoue, avec un léger bagage sur les épaules, pour terminer leurs études au pays do la Renaissance et de l'Humanisme : cependant rien dans les lettres ou dans les poésies de Jehan de Boysson ne permet d'affirmer qu'il soit aile visiter ces Universités avant de professer à Toulouse. Nous ne contestons pas que le jeune régent eh droit, déjà résolu à pratiquer, dans son enseignement, la méthode historique, avait dé préparer d'avance à sa délicate mission . mais il aurait pu recevoir par écrit les conseils d'Alciati, qui fut certainement l'un des premiers jurisconsultes avec lesquels il ait échange des correspondances; d'ailleurs, pour entendre professer l'illustre régent humaniste, Boysson n'avait pas besoin d'aller eu Italie, car en 1525 et I52G, Alciati privé par le souverain pontife, de la chaire d'Avignon, enseignait dans l'Université de Bourges, où l'avait appelé la bienveillance de Marguerite de Navarre, toujours favorable aui novateurs.

Toulouse était alors un des l'overs i ntollecl uel> les plus

appréciés de toute l'Europe. Tandis que, au début du w1' siècle, cette Université n'a pas plus de 2,500 étudiants, elle en comptait plus de m. ooo au temps ou Boysson fais

(h a. Chevtlior,

(2) V. Mugnier, J . dû B. w îe parlement <lc Chêmbéry} p. il.

cours de droit. « A cette époque 10,000 étudiants

venaient chercher, dans l'Université toulousaine, une ins- « truction profonde. Le désir de mériter les nobles fleurs

décernées par le collège de la gaie science, animait une « foule de jeune talents; et les femmes recherchaient des « triomphes littéraires, plus durables que ceux qu'elles de- « vaient à la beauté (1). »

Boysson ne nous a pas renseignés d'une manière positive el directe sur ce nombre extraordinaire d'étudiants assemblés, au commencement du xvie siècle, dans une ville qui n'avait pas 100,000 habitants; mais nous trouvons, dans une de ses poésies latines, une phrase qui nous permet d'accepter ce chiffre de 10,000 comme très vraisemblable, en nous apprenant qu'il y avait alors, à Toulouse, six cents professeurs, et six cents était, dans le langage du temps, synonyme d'innombrable.

« ...Toulouse, dit-il, préfère les fuseaux, les fils, les que- « nouilles, les étoffes soyeuses et les tissus préparés, apa- « nages des femmes et de la plèbe, aux deux cents, que « dis je? aux innombrables maîtres de l'Université (2) »

L'humaniste toulousain dut contracter son premier engagement avec le recteur Biaise Auriol, au mois d'octobre 1520, avant l'ouverture régulière des cours, qui avait lieu le jour de la fête de Saint-Luc ; ce fut sans aucun doute une conduite de trois ans.

Il ne prit pas seulement la chaire de son oncle Luscus ; il put s'installer aussi dans sa maison et entrer aussitôt en jouissance d'une grande partie de sa fortune, car nous avons 'I •■rouvert, d;ms les archives de la Cour d'appel de Toulouse, un ;icte passé le 9 janvier 1527 devant Me Céleri (3), notaire, par lequel Jean de Boysson, dit Luscus, donne à son neveu Jehan de Boysson, régent en droit :

1" Une maison lui servant de demeure dans la rue Boul-

(1) Mémoire^ de l'Académie des sciences morales de Toulouse, t. Il, p. 26p.

' irmina, Hendicasyllabe XXXIV, voir chap. M- Céleri, notaire, lut élu capitoul en 1532.

bone ; c'était le numéro 24, qui a été démoli, depuis, par le tracé de la nie de Metz, à la hauteur du Graud-Hôtel : ;)0 ('ne autre maison dans la même rue;

3° Une troisième maison dans la rue de Monsen Astruc (1);

ï* Une métairie sur la paroisse «le Lalande :

.">" D'autres immeubles situés dans L'intérieur de la ville ou dans le gardiage (2 .

Jehan de Boysson lit toujours un noble usage de cette fortune: nous avons déjà vu que les maîtres et les étudiants allaient avec une facilité remarquable d'une Université dans une autre, pour le seul bonheur de suivre les cours d'un professeur éloquent et d'apprécier sa méthode d'enseigner, semblables à ces apprentis des divers métiers qui, sous le nom de compagnons, allaient de ville en ville étudier les divers procédés de fabrication. Ces fervents amis des belles- Lettres et des arts, qu'on appelait Pèlerins de ta sciei liaient toujours sûrs de trouver chez notre humaniste toulousain une large et souriante hospitalité.

« Les humanistes voyageurs apportaient le tribul de leurs a talents et de leur savoir aux villes assez habiles el assez « généreuses pour tixer, quelques instants, leur humeur a errante. C'est au sympathique et libéral accueil l'ait par « Boysson à ce* étrangers, que Toulouse dut le privilège de « recevoir leurs féconds enseignements (3 . »

Tandis que Jehan de Boysson prenait possession de chaire anceMi aie, ses amis et condisciples du l-'eiiiei . Daffls, du Faur et Bunel allaient a Padoue pour terminer leurs • Indes; Michel de L'Hôpital, toujours frappé de bannissement, se joignit bientôt à eux; nous ne tarderons pas à Les retrouver.

(1) Nous n'avons pas pu découvrir le nom actuel de la rue (u'on ipptlail .durs rue de M. Asl rue.

(î) Archives des Not. de roulouse . Céleri : •• livre des Ordon

fJuib.il, ./. '!>• />' ci la Renaissance ù fouloi

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