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CHAPITRE IV

Première conduite et première condamnation (1526 à 1528)

Le Précurseur'. — La Barbarie. — Mélanchton et Clément Marot. — Le Protestantisme et l'Inquisition. — Boijsson condamné.

Paré de l'anneau d'or, favorisé d'une brillante fortune et plus riche encore de talents que de revenus, Jehan de Boysson commençait, à vingt ans, sa noble carrière avec un généreux enthousiasme. Il adopta, dès sa première leçon, la méthode d'enseignement qu'Alciati pratiquait depuis plusieurs années. Au lieu de lire, comme ses collègues, quelques pages d'Accurse ou de Bartole, pour faire sortir ensuite de ce commentaire la série de syllogismes qui menait à de rigoureuses conclusions, Boysson suivait audacieusement toute la méthode humaniste. Après avoir précisé le texte de loi qu'il devait étudier, il l'examinait sous ses divers aspects, en développant les interprétations données par les grands jurisconsultes de Rome ; il expliquait les divergences sur des considérations de mœurs ou de coutumes et, de ces diverses comparaisons, il faisait jaillir la conclusion logique.

Trois professeurs encourageaient cette innovation ; c'étaient ( ruillaume Budé, l'ami d'Aléandrc, l'italien Othon et Mathieu du Pac, régent en droit pontiiical. Le jeune humaniste toulousain aimait à s'appuyer sur les opinions formulées par Gicéron, par saint Paul et saint Augustin; sa brillante élo- '•iition et la hardiesse de ses raisonnements excitaient l'admiration des étudiants, qui venaient chaque jour, de plus en plus nombreux, écouter ses leçons de droit civil; il attirait la jeunesse autour de sa chaire par sa parole élégante et fa-

cile; il la retenait par la clarté de son système, basé sur la morale et sur L'histoire.

« Tontes les sciences, disait-il souvent, ont besoin d'être « soutenues par 1 éloquence; mais ce secours esl particuliè- « renient indispensable à L'étude du droit ».

Parmi ses premiers disciples, nous pouvons citer Jean de Goras, qu'il traitait en ami plutôt qu'en élève et qui manifestait déjà des sympathies exagérées pour La reforme: Antoine de Gastelnau, neveu du cardinal de Gramonl el qui sera bientôt évéque de Tarbcs ; Jean de Caturce qui recherchait les titres ecclésiastiques en mémo temps que Les grades universitaires; Jacques Omphalius, d'origine allemande, qui jouera plustard un rôle important dans le grand Coi: de L'Empire, etc.

Boysson voyait également autour de sa chaire trois ftudiants qu'il retrouvera dans le parlement deChambéry; ils s'appelaient Jean de Trucbon, Jean Thierrée et Julian Tabouet.

Truchon, après avoir été régent en droit à L'université d'Orléans, deviendra vice-président du parlement de Savoir et premier président à Grenoble.

Thierrée sera L'avocat-général du roi à Chambéry ; Tabou originaire du Mans, remplissait à Toulouse Les fonctions d'assesseur à L'hôtel de ville; il suivait en même temps le cours de Jehan de Boysson. Apres avoir reçu les Leçons et les bienfaits (1) du jeune humaniste, il sera son calomniateur et son persécuteur haineux, comme procureur -général en Savoie.

• Tandis que la jeunesse laborieux* manifestait un réel enthousiasme pour le successeur de Luscus, quelques r magistrats du parlement et Jean de Pins, évéque de Rieux, encourageaient ouvertement l'audacieux novateur; mais la voie sur laquelle Boysson venait de s'qngager était parsemée dô dangereux obstacles; toutes Les innovations tout naître des oppositions jalouses et des critiques plus ou moins fon-

(!) Carmina, fui . • b'p, \ . \ I, M. li j Lalium,

dées. L'humaniste toulousain ne devait pas échapper à cette règle générale.

Nous savons que l'humanisme, enorgueilli par ses premiers succès, avait émis la prétention d'imposer sa méthode à l'église : or la jurisprudence peut sans danger subir les modilîcations indiquées par les coutumes locales ou par les propres de la civilisation, tandis que la doctrine catholique est invariable. Les partisans de la nouvelle école considéraient L'abus des syllogismes comme une argumentation digne des barbares, mais le clergé déclarait ce système pédagogique indispensable à l'étude du droit canon et de la théologie. Le saint siège avait favorisé le progrès des ides nouvelles, aussi longtemps que les novateurs s'étaient donné la mission d'améliorer renseignement des sciences profanes et de faire renaître les langues mortes de Rome et d'Athènes; le pape ne pouvait pas admettre que l'université s'arrogeât le droit de transformer les études religieuses.

Luther attaquait depuis déjà dix ans l'église et ses dogmes avec une farouche audace et l'humanisme paraissait faire cause commune avec lui; un choc violent devait fatalement se produire ; il ne se lit pas longtemps attendre.

Le pape Clément VII supprima brusquement toutes les faveurs précédemment accordées aux humanistes: Andréas Alciati fut mis en demeure d'abandonner sa chaire d'Avignon ; l'éloquent jurisconsulte se rendit aussitôt à Nérac et Marguerite de Navarre lui fit une place de choix dans son université de Bourges.

Devant ce changement subit d'attitude, les humanistes redoublèrent de violence dans leurs attaques contre les scolastiques; ils les traitaient sans cesse de Barbares et les accusaient à tous propos de se conduire comme des adversaires itématiques du progrès des lettres et des sciences. II était d'usage, en ce temps là, d'employer dans les dis eussions de toutes natures, les expressions les plus énergiques; il ne faudra donc, pas nous étonner quand nous verrons l'épithète de Barbares revenir fréquemment sous la

plume des humanistes, dans leurs querelles av< tiques.

Le mut de Barbarie écrit ou prononcé par Erasme el par Aléandre avait la même signification que dans les vers de Boysson et de Vuulté; il désignait « cette coalition d'erreurs « et de préjugés, de routines et de passions, qui opposèrent '< au mouvement de la renaissance ^^^ résistance heureuse « quelquefois, toujours opiniâtre et violente (1). »

Mais il était souverainement injuste de reprocher à L'église son opposition systématique; elle seule avait qualité pour renoncer à la scolastique, « cette symétrie el cet ordre sem « b labiés à ceux d'une armée en bataille, ces définitions el « distinctions lumineuses, cette solidité d'argumentation el « cette subtilité de controverses, par lesquelles la lumière « est séparée des ténèbres, le vrai distingué du faux et les « mensonges de l'hérésie, dépouilles du prestige <■! des lic- « lions qui les enveloppent (-2). »

Cependant, pour tous les partisans de la méthode historique, l'église romaine était devenue le plus méprisable foyer de barbarie; l'humanisme composait chaque jour contre file de mordantes satires el ses attaques coïncidaient avec celles, plus violentes et plus acerbes, que Luther formulait contre la papauté. Ces deux mouvements révolutionnaires préoccupaient les parlements de France plus que lé roi Lui-même. \ Paris et à Grenoble des condamnations capitales avaient rie prononcées contre i\<^ clercs <-t des laïcs, accusés d'hérésie,

François tei affectai I parfois une grande indifférence devant ces tendances subversives ; mais sa sœur, Marguerite de Navarre, plus favorable aux novateurs, lit venir d'Allemagne Philippe Mélanchton, humaniste très Béduisanl par son savoir, son éloquence et sa douceur, afin qu'il amenât le roi de France à tempérer la ligueur «les parlements.

Mélanchton, premier lieutenant de Luther, était en même temps un ami fidèle d'Erasme; en allant .1 Nérac, voir la

(l) Tt. Guibal. .1. de B, fit la renaissanci « r/oulouse, ch. il ?) 1 ■ ri \ 1 1 1 encyclique Ktorni patris du l aofti iN

reine de Navarre, il voulut voir aussi Jehan de Boysson et, depuis, il resta toujours en relations alï'ectueuses avec lïmmaniste toulousain.

Vers celte même époque Clément Marot sortit de la prison de Chartres, où l'inquisiteur Bouchart l'avait fait enfermer pour crime d'hérésie; il s'empressa d'aller remercier la reine Marguerite qui, par sa bienveillante intervention, avait obtenu du roi de France la mise en liberté du poète. En allant à Nérac, ainsi qu'à son retour, Marot dut s'arrêter à Toulouse pour visiter quelques amis, tels que Guillaume Budé, régent en belles-lettres et le poète quercynois Hugues Salel, secrétaire du premier président Jacques de Minut; il fut mis par eux en relation avec Jehan de Boysson, qui se plaisait à le recevoir dans son logis de la rue Boulbonne, ainsi que le [trouve le dixain suivant, adressé par le jeune humaniste toulousain à son ami Villars, humaniste et poète comme lui.

Puisque Marot, comme Von dit, arrive, Il nous faut mettre en la main notre plume Et que chascung, de son quartier, escrive. Forgeant ouvraige, affiné sur Venclume De purilè. Sus, Villars, qu'on allume Tous les forneaulx de rhétorique fine!

Et ces métaulx sortant de rude myrte.

Que Von les purge avant que présenter Au grand forgeur Marot; qu'on les affine Si nous coulons tel ouvrier contenter (!).

Clément Marot aimait également à recevoir Boysson ; nous en trouvons un témoignage dans cette délicate invitation qu'il lui fit parvenir au cours d'un de ses voyages à Toulouse :

Demain que Sol veut le jour dominer (2), Viens Boyssoné, Villars et La Perrière (3),

(1) Dixain n" lu de la première centurie. (■.') Le jour que Sol domine est le dimanche.

La Perrtère a publié les Annalesdc Foix et plustard le Théâtre ■ \gins, dédié à Marguerite de Navarre.

Je vous convie avec moy à disner.

Ne rejetez ma semonce en arrière, Car, en disnant, Phèbus^ par la verrU

Sans la briser viendra voir ses suppôts

Et donnera faveur à nos propos,

En les faisant dedans nos bouches naistre.

/•'i du repas (pli, en })aix et repos,

Ne sait l'esprit aoec le cœur repaître I .

L'amitié de M a rot et de Boysson naquit d'un égal amour pour hi poésie. L'humanisme ne pouvait pas les rapprocher, car il résulte d'une lettre adressée par Jehan de Boysson, eu 1547, à Jacques Daléxi, avocat àChambéry, que Clément Marot ne connaissait pas la langue latine: « ...Marottes Latine nescivit, et si quantum ad rythmos gallicos attinet, nemo fuerit illo felicior (2). »

Les relations de l'humaniste toulousain avec Mélanchton et Marot devaient nécessairement attirer la vigilante attention de l'offici alité. Il y avait alors, comme archevêque Toulouse, le petit-fils du célèbre Dunois, Jean d'Orléans, cardinal de Longue ville. Très rigide sur les questions de foi, il ('.'lisait activement surveiller par son inquisiteur, Raymond de Gaussins, tous les personnages de son diocèse, soupçonnés d'entretenir des relations suspectes.

Etienne Dolet raconte qu'en cette même année 1527, Jean de Pins, évêque de Rieux, avant envoyé un livre à Erasme, fui accusé de tendances hérétiques et traduit pour ce fait devant le parlement.

« 11 dut lire une lettre saisir par les gardiens qui faisaient « le ^uct autour de la ville. Le nom maudit d'Erasme avait « fait naître, chez les vautours, L'espoir de saisir cette pn « et de La dévorer. Jean de Pins était évidemment coupable, « puisqu'il avail correspondu avec Erasme!! Sa Lettre « lue très attentivement; on reprit plusieurs fois cette lec-

« lure fort oinkirassaiite pour des barbares habitues a leur

(1) c. Marot, Epigrammet Livre l. \\n lvii. (*2) Epistolt, ii* 183 : Jacobo 0

•ïo —

« langage grossier (1) et ne connaissant pas la langue latine. « Cependant on vit bien qu'Erasme avait demandé à Jean « de Pins un exemplaire de Josèplie; tous les termes étaient « inattaquables, choisis avec autant de soin que de prua dence... (2). »

Les poursuites engagées contre Févêque de Rieux furent abandonnées ; mais les gardiens continuaient à faire le guet autour de la ville, et les relations de Jehan de Boysson avec Clément Marot et Philippe Mélanchton furent bientôt surprises.

Cette rigoureuse surveillance de l'Inquisiteur était justiliée par de graves symptômes ; la propagande luthérienne avait déjà porté le trouble dans le monde bruyant des écoles, et particulièrement à Toulouse, où la querelle des humanistes contre la Barbarie associait trop souvent les revendications pédagogiques avec les idées de réforme religieuse.

Vers la lin de Tannée 1527, l'agitation devint tout à coup pins générale et plus violente ; deux moines imprudents, Flavius et de Nuptiis, étaient venus prêcher dans les diverses paroisses de la ville ; ils insistaient, tous les jours, sur l'évidente nécessité d'apporter des réformes dans l'organisation de l'Eglise catholique; quelques étudiants, encouragés par ces discours, se livrèrent à des manifestations telles que l'oiïicial et le parlement durent intervenir. Le cardinal de Longueville jugea nécessaire d'arrêter, dès le premier signal, toutes les manœuvres qui semblaient pouvoir amener une entente avec les hérétiques, et le parlement n'hésita pas à suivre l'archevêque dans la voie rigoureuse qu'il avait adoptée. Les deux moines Flavius et de Nuptiis, sévèrement réprimandés et privés du droit de prêcher, durent faire publiquement amende honorable de leurs erreurs; le procureur du roi fit arrêter plusieurs étudiants, ei trois régents furent poursuivis pour avoir provo-

1 Dolet, originaire d'Orléans, appelait la langue d'oc langage grosqu'il ne la connaissait pas.

Orationes habitœ in Tholosani, p. 60,

que 'les troubles dans la ville; ces trois régents élaienl Boysson, Mathieu du Pac el Otho.

Jehan de Boysson, en sa qualité de clerc, étail justiciable de l'oliieialiié : il fui réclamé par l'archevêque, qui ordonna sa mise immédiate en jugement.

Notre jeune, humaniste n'avait pas occupé pendant plus de dix huit mois la chaire, ancestrale, dans laquelle il avait espéré conquérir aisément les succès et la gloire; sa carrière et sa vie sont tout à coup menacées pour un crime qu'il n'avait pas eu peut être l'intention de commettre. II est toutefois probable qu'avec son tempérament audacieux de novateur, encouragé par les applaudissements de Bes nombreux élèves, par la chaude approbation de célèbres humanistes, tels que Mélanchton, Marot, Jean de Pins, et par une grande popularité trop rapidement acquise. Jehan de Boysson, âgé de vingt-deux ans à peine, aura professe quel* que thèse peu canonique. L'Inquisiteur de la foi, Raymond de (iaussins, ne lui pardonnait pas ses relations avec le premier lieutenant de Luther et surtout avec Clément Marot qui, dans des vers connus de la ville entière, critiquait sancesse les mœurs et l'avidité du clergé; le parlement voulait aussi sans aucun doute modérer la hardiesse de son enseignement et combattre la grande influence qu'il avait prise

sur les étudiants, parmi lesquels un grand DOmbre vivait dans ses maisons.

Lafaille a raconte, dans les Aitu;il<'.< de Toulouse, que Jehan de Boysson fut arrêté h' ->\ mais I.VJN, pendant les cérémonies du saint jour de Pâques; il fut mis en jugement au moment où le grand synode de Sens venait de rappeler .1 l'épiscopal français ses devoirs de Surveillance devant l*hé« résie menaçante.

« l'ai- sentence de l'otiicial ou des grands- vicaires, il l'ut condammé à faire publiquement abjuration de ses erreurs, « avec l'amende de mile livres envers les pauvres et confis*

« cation de sa maison: ce fusl aparamuiil pour J avoil fii-

« Beigné les faux dogmes.

« Ces abjurations, quand ell< lient ordonnées par la

« justice se faisoient avec une terrible solennité, qui avait . quelque chose d'ignominieux ; on dressoit un échafaud . joignant le mur et près de la porte de 'église Saint- . Etienne sur lequel on faisoit monter celui qui devoit . rairerabiuration,vêtud'unerobegrise,latestenueetrasée.

. L'Inquisiteur de la Foy, monte sur une chaise joignant , l-echafaud, faisoit un discours, adressant la parole tantost . au peuple et tantost au pénitent; après quoy, on lui fai- . soit abjurer les erreurs à haute voix et signer ensuite son . abjuration, qu'on indiquoit en écrit. Tout cela s'exécutoij . en présence des magistrats et de tout le peuple qu on « appeloit au son de la grosse cloche.

< Ce fust dans cette manière que Boissoné fit l'abjuration a qu'il avoit été condamné de faire; estant monté sur l'écha- « faud, et s'estant mis à genoux, l'Inquisiteur de la Foy, prenant la parole

« Le discours fini, on lui fit prononcer à haulte voix « l'abjuration de ses erreurs, laquelle fust rédigée en écrit , et on la lui fit signer; après quoy le grand-vicaire l'ayant « introduit dans l'église, lui donna l'absolution devant le « maître-autel.

« Boyssoné esloit fort savant et d'un mérite distingué. « Tous" mes mémoires témoignent qu'il estoit regretté de „ tout le monde, et qu'au point où il parut sur l'échafaud, , en Testât que j'ay dit, il arracha des larmes de compas- « sion à tous les spectateurs (1). »

Jehan de Boysson a très rarement fait allusion dans ses poésies ou dans ses lettres, au supplice infamant qu'on lui lit subir, en 1528, sur la place Saint-Étienne de Toulouse ; nous le verrons cependant avouer plus tard qu'en apprenant, dans son exil, la mort du cardinal de Longueville, il ressentit au fond de son cœur un indicible sentiment de joie ; mais Le parfait humaniste ajoute aussitôt que la vie de cet homme

1 I i lille, Annules de Toulouse, t. II, p. 77.

ne pouvait pas se prolonger sans causer un réel préju aux belles-lettres (1).

Othon et Mathieu du Pac, dépouillés par le parlement de leur droit d'enseigner, furent en outre bannis de France.

Les étudiants arrêtés en même temps que Jehan de Boysson furent rasés ou soumis a la question : Jean de Coras subit l'une et l'autre peine. Ces premières luttes n'avaient compromis qu'un très petil nombre de régents; elles ne portèrent aucune atteinte aux rapports toujours courtois bourgeois de Toulouse envers le monde des écoles, car pendant cette même année 1528, trois régents en droit, Jean de Teula, Pierre de Malenfant et Pierre de Gargas furent élus capitoùls pour 15-29 ('2).

Quel fut le crime commis par Boysson? quelle erreur avait-il enseignée à ses élèves? Nous n'avons pu rien découvrir à cet égard : Etienne Dolet a dit : « J* affirme, avec toute « la sincérité de mon âme, que la hante science de Boyss « et sa grande fortune furent les seules causes de sa con- « damnation (3). »

Boysson, dans une lettre à Jacques de Minut, dit : « Toute « ma faute a consiste dans mes rapports affectueuj et fré- « ijiienls avec divers amis, à qui je donnais l'appui de mes « ressources personnelles (4). »

Guidé par nu généreux sentiment de délicatesse, il n'a pas dit les noms de ces amis compromettants; mais sa déclaration ne peut évidemment désigner ni Marot. ni Mélanchton, ni les principaux fondateurs de L'hérésie. Jehan de Boysson n'a certainement pas connu Luther el Calvin; le nom de

Calvin ne paraît pas nue seule fois dans se> œuvres, <'t celui

de Luther n'est cite qu'une fois, d'une manière très indiffé-

rente, dans une poésie latine.

Le premier lieutenant de Luther. Philippe Mélanchton,

(1) Lettre i)u ;>} à .Licques du Faur.

(2) Tableau chronologique dea .. capitoùls.

(3) Ltienne Dolet, Orttiones in Tholoêâ,

(4) Lettre ic Jt. JàCObo MinutU .

était alors appelé le doux Mélanchton, bien à Lort assurément, car son libéralisme apparent le rendait plus dangereux que les violents chefs de l'hérésie; mais l'humaniste toulousain ne voyait en lui que l'ami d'Érasme et le protecteur éloquent des belles-lettres, sans se préoccuper de ses idées religieuses. Cependant, quand Erasme, édifié sur les tendances révolutionnaires du protestantisme, eût rompu toutes relations affectueuses avec les hérétiques, la plupart des humanistes français suivirent son exemple; déjà le pape Paul III avait chargé l'élite des cardinaux de préciser les réformes à faire dans l'Église ; Sa Sainteté ne craignit pas de faire entrer dans cette importante commission les cardinaux Sadolet et Aléandre, qui avaient été regardés comme les promoteurs infatigables de l'Humanisme ; Érasme lui-même allait être revêtu de la pourpre lorsque la mort le surprit. Aléandre, en quittant Paris, était devenu archevêque de Brindisi et bientôt après cardinal. Parmi les régents qu'il avait honorés de son amitié, l'un des plus distingués était Lefèvre d'Étaples, qui fut le chef des humanistes français alliés aux protestants, comme I^rasme avait été le chef des humanistes allemands fraternisant avec les disciples de Luther.

En formulant son jugement sur Lefèvre d'Etaples, Aléandre a dit :

Ses erreurs sont peu de chose, bien qu'au début la nou- « veauté les ait fait paraître grandes. C'était alors un fait « inouï que de changer la moindre syllabe ou même de cor- « riger un texte altéré par la faute des copistes, dans Tan- « cienne version dont se sert l'Eglise. Mais aujourd'hui qu'il -agit de tout autre chose que de traduction, il semble « qu'une version nouvelle, où ne se trouve introduite nulle mauvaise doctrine, est une affaire de minime importance (1). »

Les 'fîmes de Jehan de Boysson nous permettent de porter sur lui le même jugement; mais nous aurons l'occasion

I J Paqoier, Jérôme Aléandre : Revue des Q.H., t. LXV, p. 171.

de consulter souvent que nuire humaniste toulousain ne linl aucun compte du sévère châtiment de 1528. Il noua a 'lit que l,i seule faute par lui commise avait consisté dans sea relations suivies avec des amis compromettants; il ne se corrigea pas de celte tendance, car bien qu'il fût attache à L'église par la cléricature, il eut toujours parmi ses meilleurs amis des libre penseurs, comme Etienne Dolet, ou i\r< propagateurs de l'hérésie luthérienne, comme Clément Maint. l'Hôpital et du Ferrier.

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