‹ Un inédit de BalzacChapitre 12 sur 26 · Empiétait sur les attributions de la Chambre des pairs · texte numérisé non relu

Empiétait sur les attributions de la Chambre des pairs

— Allusion à cette situation paradoxale en effet qui, durant les années 1821-1828, fit delà Chambre basse le champion des mesures réactionnaires et de la Chambre haute celui de la Charte. Le fait le plus significatif fut le rejet par la Chambre des pairs (mars-avril 182G) par 120 voix contre 94 du projet de loi sur le droit d'aînesse, favorablement accueilli par la Chambre des députés. De même la loi draconienne sur la presse proposée par Peyronnet en février 1826 et votée par la Chambre des députés, rencontra une telle opposition dans la Chambre des pairs que le gouvernement retira le projet le 17 avril. Le peuple illumina et manifesta sa joie en criant : « Vivent les pairs, à bas les ministres, à bas les jésuites ».

Balzac, comme Bonald, trouve cette attitude étrange de la part des deux Chambres et, comme il critique ici la Chambre des députés, il critiquera aussi plus loin celle des pairs, qui a, selon lui, failli à son devoir.

41. C'est la fameuse distinction entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. On sait combien facilement l'un empiète sur les attributions de l'autre. Balzac tourne ici la difficulté en organisant une véritable mainmise du gouvernement sur la Chambre, comme on le verra dans les pages suivantes. Il est assez curieux de constater que, dans le Médecin de campagne, au lieu de développer cet aspect de son programme, il s'efforce plutôt de limiter les pouvoirs de la Chambre, exactement comme le feront plus tard les théoriciens modernes de la monarchie. Et il s'oppose même à lui accorder le pouvoir législatif (Cf. Médecin, p. 158): «Le législateur, messieurs, doit être supérieur à son siècle. Il constate la tendance des erreurs générales et précise les points vers lesquels inclinent les idées d'une nation ; il travaille donc encore plus pour i'avenir que pour le présent, plus pour la génération qui grandit que pour celle qui s'écoule. Or, si nous appelons la masse à faire la loi, la masse peut-elle être supérieure à elle-même ? Non. Plus l'assemblée représen-

tera fidèlement les opinions de la foule, moins elle aura l'entente du gouvernement, moins ses vues seront élevées, moins précise, plus vacillante sera sa législation, car la foule est et sera toujours ce qu'est une foule. La loi emporte un assujettissement à des règles, toute règle est une opposition aux mœurs naturelles, aux intérêts de l'individu ; la masse portera-t-elle des lois contre elle-même ? Non. Souvent la tendance des lois doit être en raison inverse de la tendance des mœurs... Qu 'est-il arrivé depuis quarante ans que les collèges électoraux mettent la main aux lois ? Nous avons quarante mille lois. Un peuple qui a quarante mille lois n'a pas de loi. Cinq cents intelligences médiocres — car un siècle n'a pas plus de cent grandes intelligences à son service — peuvent-elles avoir la force de s'élever à ces considérations ? Non. Les hommes incessamment sortis de cinq cents localités différentes ne comprendront jamais d'une même manière l'esprit de la loi, et la loi doit être une. »

Et page 160 : « Enfin il existe une véritable urgence de réduire les assemblées à la question de l'impôt et à l'enregistrement des lois, en leur en enlevant la confection directe ».

42. Billets de confession. — Allusion aux procédés de la Congrégation, si violemment critiqués par toute la presse libérale avant 1830. Balzac les a, lui aussi, blâmés dans certains passages de ses romans (particulièrement dans les Employés) (éd. Conard, p. 253-54), mais il s'est efforcé de réduire à de justes proportions le rôle de cette société secrète dans l'administration, sous la Restauration.

Page 1