En toutes choses. Cf. note
26. Le phénomène de la longévité. — Balzac avait pu méditer sur ce phénomène pendant sa jeunesse, car il en avait un vivant exemple sous les yeux en la personne de son père. Cet homme avait des principes d'hygiène très compliqués, grâce auxquels il espérait bien devenir centenaire. Spéculant sur sa fort belle santé et sur son hygiène qu'il croyait parfaite, il avait souscrit de nombreuses actions à la fameuse Tontine Lafarge qui lui valait chaque année des revenus plus abondants. Cette question de longévité, au dire de tous ceux qui l'ont connu, était un de ses sujets de conversation préférés. Balzac, vingt ans plus tard, n'avait pas oublié les discours de ce vieillard original.
27. Où nous sommes nés. — Sur la philosophie sociale de Balzac, Cf. notre Introduction. Nous ne pouvons naturellement songer à faire ici un examen critique de cette philosophie. Remarquons seulement le jour que de telles phrases projettent sur l'ensemble de l'œuvre romanesque de Balzac et sur sa véritable signification sociale.
28. Lamennais, page VI, Esquisse. — ■ Nouvelle citation par Balzac de la préface de l'Esquisse d'une philosophie. Lamen-
nais, dans ce passage, s'attaque aux philosophes qui, reléguant la philosophie hors du monde physique dans la région des pures idées, ont brisé l'harmonie et l'unité de la création et dès lors aussi l'harmonie et l'unité de la science. Ils l'ont même rendue impossible, car tout ce qui a une place nécessaire dans le tout en a une également nécessaire dans la science de ce tout, où rien n'est explicable qu'en tenant compte de la totalité des éléments essentiels dont il se compose, et il conclut par la phrase que cite ici Balzac :
Ainsi les lois des êtres organiques sont étroitement liées aux lois des êtres intelligents dans la création, où aucun être intelligent n'existe que sous les conditions de l'organisme (P. 6).
29. Par des révolutions. — Cette idée d'un rapport direct de génération entre la liberté de conscience et la liberté politique, entre la Réforme et la Révolution, le Protestantisme et la République, est une idée chère à Balzac. Elle lui a inspiré tout un livre sur Catherine de Médicis, mais il l'a exprimée en bien d'autres passages de son œuvre.
En 1834, dans les Aventures administratives d'une idée heureuse :
« Les idées de Luther ont engendré Calvin, qui engendra Bayle, qui engendra Voltaire, qui engendra l'opposition constitutionnelle, enfin l'esprit de discussion et d'examen. Elles se conçoivent les unes par les autres, filles de la même graine, comme les hommes, fils d'une première femme. Les idées de Luther étaient celles des Vaudois ; les Vaudois étaient issus des anciennes et primitives hérésies de la première Église ; puis ces hérésies avec leurs microcosmes d'idées, recommençaient les théosophies des plateaux de l'Asie » (Œ. C, t. XX, p. 348).
En 1839, dans Un grand homme de province à Paris (2e partie d'Illusions perdues) :
« Mon livre est très sérieux, dit Lucien de Rubenpré — qui est ici sans doute le porte-parole de Balzac ; — il s'agit
de peindre sous son vrai jour la lutte des catholiques qui tenaient pour le gouvernement absolu, et des protestants qui voulaient établir la République» (éd. Conard, T. II, p. 60).
Et plus loin, page 61 :
« Monsieur, c'est une œuvre historique dans le genre de W. Scott, où le caractère de la lutte entre les protestants et les catholiques est présenté comme un combat entre deux systèmes de gouvernement et où le trône était sérieusement menacé. J'ai pris parti pour les catholiques. »
En 1840, dans la Revue parisienne, il présente enfin une justification politique de la révocation de l'Édit de Nantes :
« La Réformation, en France, a expiré sous le coup d'État de Louis XIV et il le fallait. Il ne s'agissait pas de savoir si Luther, si Calvin, Knox, continuateurs des Vaudois, des Hussites, continuateurs eux-mêmes des mille hérésies des seconds temps de l'Église, avaient raison ou tort. Il s'agissait du gouvernement temporel des sociétés, attaqué dans sa base, dans son essence, dans ses principes, par l'esprit d'examen auquel rien ne résiste et avec qui tout pouvoir est impossible » (Œ. C, t. XXIII, p. 641).
Avons-nous besoin d'ajouter que ces idées étaient alors courantes dans le parti royaliste 7 Elles se trouvent longuement développées dans un ouvrage de Clausel de Coussergues : Histoire des deux systèmes de la souveraineté du peuple depuis leur origine jusqu'à nos jours, paru en 1832 et dont le Rénovateur (I, p. 249 et suiv.) avait donné de longs extraits ; mais, sans doute, c'est surtout chez Bonald qui l'a maintes fois développée dans son œuvre que Balzac a puisé cette théorie.
« L'événement qui, au xvie siècle, divisa la société religieuse porta le même désordre dans la société politique et établit à la fois la religion presbytérienne et le gouvernement populaire ; et, tantôt, le presbytérianisme politique ou la démocratie naquit au sein du presbytérianisme religieuxou delà Réforme ; tantôt le presbytérianisme religieux
au sein du presbytérianisme politique » (Démonstration, ch. XX, p. 224 et p. 235) :
t La Réforme, ouvrage, en Allemagne, de la cupidité des princes, en Angleterre, de l'amour d'un roi pour une maîtresse, en France, du goût des nouveautés, la Réforme a été l'événement des temps modernes, le plus funeste à la société et la cause prochaine ou éloignée de toutes les révolutions qui, depuis le xve siècle, ont agité l'Europe et de toutes les guerres qui l'ont ensanglantée ; et, si la société doit finir, je n'hésite pas à la regarder comme le premier coup de pioche de cette dernière catastrophe »
Cf. encore État actuel.., page 368 :
« Le catholicisme s'allie naturellement à l'unité du pouvoir politique parce qu'il est un aussi, et le protestantisme penche vers la démocratie parce qu'il est populaire comme elle et qu'il établit dans cette Église l'autorité des fidèles, comme la démocratie établit dans l'État l'autorité des sujets ou leur souveraineté, car c'est le presbytérianisme, le premier, qui en a fait un dogme politique. Le presbytérianisme est donc une démocratie religieuse et la démocratie est un presbytérianisme politique ; et c'est précisément ce qui a fait naître, en Europe, tantôt la Réforme au sein de la démocratie et tantôt la démocratie au sein de la Réforme, etc., etc.. (Cf. encore Essai analytique, p. 64-65 et p. 192).
Il n'est pas sans intérêt de constater que, sur ce point comme sur tant d'autres, Bonald et Balzac se trouvent d'accord avec les saint-simoniens. Comme les traditionnalistes, les saint-simoniens rêvent d'une société fortement hiérarchisée et d'un pouvoir fort et légitime qui la dirige. Comme eux encore, ils voient dans la proclamation des idées de liberté une machine de guerre destinée à abattre les anciens pouvoirs, les anciennes hiérarchies ; seulement ils se séparent des traditionnalistes en ce qu'ils considèrent que ces hiérarchies anciennes ne pouvaient plus subsister ; par conséquent, ce libéralisme, dans son œuvre destructrice, a fait une bonne œuvre, mais ce n'est là qu'un premier travail
de déblaiement et de libération et il faut maintenant constituer un nouveau pouvoir légitime (Cf. Exposition, de la doctrine, éd. Bouglé-Halévy, p. 151).
« Pour détruire un ordre social qui n'était plus possible, on a proclamé la liberté et nulle idée ne pouvait être plus puissante contre des hiérarchies justement déchues dans l'estime des peuples ; mais, lorsqu'on a voulu appliquer cette idée, soit en Europe, soit en Amérique, à la construction d'unnouvel ordre social, on a produit l'état que nous venons d'esquisser. On a semblé croire que la solution du problème consistait à mettre le signe moins devant tous les termes de la formule du moyen âge et cette étrange solution n'a pu engendrer que l'anarchie. »
Et l'auteur conclut à la page 155 :
« Nous n'attendons rien de leurs efforts pour l'organisation des peuples ; car, semblable en tout à la guerre, la critique n'a de force que pour détruire, et aujourd'hui la critique a rempli sa mission. Le temps approche où les nations abandonneront les bannières d'un libéralisme irréfléchi et désordonné pour entrer avec amour dans un état de paix et de bonheur, pour abdiquer la méfiance et reconnaître qu'il peut exister sur la terre un pouvoir légitime.
30. 77 faut tuer l'homme pour l'empêcher de penser à sa guise (Cf. Ballanche, le Vieillard et le jeune homme, Œ. C, éd. in-16, III, p. 33).
« La liberté inhérente à l'homme, c'est la liberté morale. Encore ne se développe-t-elle que par la société elle-même ». C'est ce dernier point que Balzac va développer à la page suivante : « La pensée a ses lois et ses lois sont dues à la société »:
Remarquons au passage l'influence de la pensée de Ballanche sur celle de Balzac. Selon nous, cette influence s'est exercée sur le romancier bien avant celle de Bonald, et, jointe à l'influence saint-simonienne, c'est elle sans doute qui est à l'origine de ce qu'on peut appeler la conversion de Balzac vers 1831-1832.
31. M. de Lamennais. — Allusion à l'une des thèses de l'ouvrage le plus fameux de Lamennais, l'Essai sur l'indifférence. Balzac l'avait lu comme tous ses contemporains et en avait été vivement frappé.
« Nous demanderons à M. Ancillon, dit-il dans un article paru dans le Feuilleton des Journaux politiques, le 7 avril 1830, sur un ouvrage d'Ancillon Essai sur la science et la foi philosophique, s'il a lu l'abbé de Lamennais et s'il a pris dans ses ouvrages les principes qu'il trace. Il aurait pu au moins leur donner la sanction de l'autorité... Il est très curieux de voir comment un protestant a été conduit par la philosophie au mysticisme de saint Thomas et de Mme Guyon et au dogme sur l'autorité de MM. de Lamennais et Gerbet » (Œ. C, t. XXII, p. 80).
Remarquons que c'est la troisième fois dans le Catéchisme que Balzac fait allusion à Lamennais. Pourtant, en 1840, leurs deux systèmes de philosophie sociale sont aussi opposés que possible. Mais Lamennais garde un très grand prestige aux yeux de Balzac. N'oublions pas d'ailleurs que celui-ci avait adopté quelques-unes de ses idées sur les rapports de l'Église et de l'État (Cf. l'article sur le Gouvernement moderne, note 55).
32. Robinson, dans son île, Cf. Sur la fortune littéraire de Robinson Crusoé en France, la thèse de M. P. Dottin (Daniel de Foë et ses romans. Paris, Presses universitaires, 1924, p. 395 et suiv.). — Nous ne savons pas à quelle date exacte Balzac prit contact avec l'œuvre de de Foë, mais nous pouvons retenir qu'une des principales et des plus sérieuses traductions de Robinson, celle de Petrus Borel en 1835, fut rééditée l'année suivante avec une préface biographique de Philarètc Chasles, grand ami de Balzac à cette époque et qui, en 1831, avait écrit la fameuse ipJroduction aux contes philosophiques. Il est en tout cas assez frappant de voir que cette œuvre n'a exercé aucune influence sur son œuvre de romancier. Cependant Balzac ne peut pas ne pas penser à elle lorsqu'il
COMMENTAIRES Jlo
évoque ici « l'état naturel absolu, l'homme seul dans son île ». M. Dottin a montré d'ailleurs comment le xvnr» siècle français avait utilisé Robinson à des fins philosophiques sociales et pédagogiques.
33. Selkirck qui est le Robinson vrai. — Ce Selkirck es1 en effet un personnage historique. Marin écossais abandonné dans l'île déserte de Juan-Fernandez près de la côte chilienne, il y vécut tout seul de 1704 à 1709. A cette date,il fut recueilli par la capitaine Woodes Rogers qui, à son retour à Londres, en 1711, publia sa Croisière autour du monde, où se trouvait le récit de la manière dont Alexandre Selkirck vécut quatre ans et quatre mois seul dans son île. C'est sans doute ce récit qui donna naissance a Robinson Crusoé (Cf. sur ce point P. Dottin, op. cit., p. 299 et suiv.).
34. Complètes, absolues. — On voit ici que Balzac n'est pas formellement opposé à toute idée de progrès. Il est trop nourri d'idées du xvine siècle et il a trop subi l'influence des philosophies de l'histoire, comme celles d'Auguste Comte et de Saint-Simon, pour y échapper tout à fait. Cependant, il admet que, dans le domaine politique et religieux, il y a des vérités éternelles au delà desquelles on ne peut aller. Ballanche, quoique grand champion de l'idée de progrès, avait lui aussi formulé des réserves, mais uniquement au sujet de la religion : il affirmait en effet que l'attente d'une religion dans laquelle semblait vivre son siècle était vaine, le catholicisme ayant atteint sur ce point la perfection définitive.
35. De l'esclavage. — Balzac aborde ici un problème qui préoccupe tous les penseurs politiques, tous les écrivains sociaux et même tous les littérateurs aux environs de 1840- 1848. Nous ne pouvons naturellement passer ici en revue toute cette littérature à tendances sociales. Rappelons seulement que Balzac lui-même a abordé la question sociale dans plusieurs ouvrages contemporains du Catéchisme social (Cf. Introduction, p. 79 sqq.).
Les saint-simoniens avaient abordé la question dix ans plus tôt' et prononcé déjà le mot d'esclavage à propos des ouvriers modernes (Cf. Exposition de la doctrine, éd. Halévy et Bougie, p. 238), mais ils s'étaient montrés beaucoup plus modérés dans le ton que ne l'est ici Balzac. Cela s'explique par la différence des époques. En 1830, l'industrie commence à peine à faire sentir ses effets et la France se trouve dans une période de grande prospérité économique. De 1830 à 1840, la crise se révèle profonde et grave. Le développement industriel provoque un afflux des paysans vers les villes et les salaires diminuent progressivement. De là une misère effrayante, surtout dans certains centres comme Lyon ; de là aussi des insurrections sévèrement réprimées, qui ne pouvaient manquer de frapper un esprit aussi attentif que celui de Balzac à la réalité sociale contemporaine (Cf. sur cette question des salaires l'enquête d'Agricol Perdiguier sur le Salaire des Ouvriers (Revue démocratique et sociale, 1849). L'auteur conclut en affirmant que le prix de la vie n'a cessé d'augmenter depuis trente ans et que les salaires de certaines catégories d'ouvriers n'ont pas changé, tandis que ceux de certaines autres ont nettement baissé (ceux des ouvriers d'usines et des ouvriers et ouvrières à façon). La misère fait des progrès évidents. L,a Statistique de la France (t. XII et XIII) donne les chiffres suivants :
Bureaux de bienfaisance 6 275 9 336
Dépenses des bureaux de bienfaisance. 10 315 000 17 000 000 Indigents 695 000 1 329 000
Quant à la criminalité, sa progression suit naturellement celle de la misère. Tocqueville note de 1827 à 1841 une augmentation des délinquants de 3 à 17 p. 100.
On voit donc que Balzac, dans le tableau si noir qu'il trace ici de la misère sociale, n'exagère rien. On ne sera pas étonné de le voir s'insurger contre l'industrie et plaider en faveur de l'agriculture : cela rentre dans son système gêné-
rai, et, d'ailleurs, une fois de plus, comme on le verra dans les notes suivantes, il se rencontre avec son maître Donald. Peut-être convient-il de signaler cependant ici une autre source desa pensée: Lamennais, qui publia en décembre 1839, chez Pagnerre, un pamphlet violent intitulé : de VEsclavage moderne, où il soutient la même thè.>e que Balzac, à savoir que les prolétaires, esclaves modernes, sont infiniment plus malheureux que les esclaves antiques (Cf. note 37).
36. A un autre. Cf. Bonald (Pensées, p. 366) : « L'esclavage n'est, à le bien prendre, que le travail fait tout entier au profit d'un autre ».
37. En prison, Cf. Lamennais (de l'Esclavage moderne, p. 37). — « Mais dans l'état présent des choses, la condition du prolétaire, supérieure moralement, est, en ce qui tient à la vie physique, souvent au-dessous de celle de l'esclave.
« Car, enfin, l'esclave était au moins toujours assuré de la nourriture et du vêtement, d'un abri pour s'y réfugier le soir, de soins pendant la maladie, à cause de l'intérêt que le maître avait de le conserver ; et le même intérêt empêchait qu'on ne l'accablât sous le poids d'un travail excessif ; tandis qu'on peut impunément accumuler sur le prolétaire les fatigues les moins tolérables et que jamais il n'est sûr du lendemain. S'il souffre, qui s'en inquiète ? S'il meurt, qui le sait ? Un autre lui succède : tant les rangs sont pressés, tant la faim est prompte à remplir les places. »
Pour cette critique de l'industrie du point de vue moral, Cf. aussi Bonald (Pensées, p. 94) :
« Les fabriques et les manufactures qui entassent dans des lieux chauds et humides des enfants des deux sex?s altèrent les formes du corps et dépravent les âmes. La famille y gagne de l'argent, des infirmités et des vices ; et l'État, une population qui vit dans les cabarets et meurt dans les hôpitaux.
38. Cf. sur cette opposition classique entre l'industrie et l'agriculture, l'ouvrage de Lullin de Châteauvieux : Voyages agronomiques en France (1843, ouvrage posthume résultat
d'enquêtes menées en 1841, Paris, Bureau de la maison rustique, 2 vol. in-8, t. 1, p. 226-227) :
« Si, d'un côté, l'élévation des prix est le plus puissant stimulant des améliorations rurales, de l'autre, cette élévation nuit au développement des industries qui doivent à leur tour, en consommant les produits agricoles, en soutenir la demande par l'effet même de cette consommation.
a A cet égard, les économistes sont dans un dilemme perpétuel dont il leur est impossible de sortir, et chacun d'eux ne le résout que dans un sens, suivant qu'il envisage la question de face ou dans ses conséquences... »
Bonald, suivi par Balzac, sort du dilemme en prenant nettement parti contre un développement excessif de l'industrie (Cf. Pensées, p. 328-336) :
« Qu'est-il résulté en Angleterre de l'extension prodigieuse donnée à l'industrie et au système manufacturier ? Une population excessive, une immense quantité de prolétaires, une taxe des pauvres qui écrase les propriétaires, une guerre interminable entre l'agriculture qui veut vendre ses denrées à un haut prix pour atteindre le haut prix des frais de culture, et les fabricants qui voudraient acheter à bon marché pour pouvoir baisser les prix de leurs salaires et soutenir la concurrence dans les marchés étrangers. »
39. Abaisser l'impôt. — C'est le grand souci de Balzac. Il en trouve l'indication dans Bonald (Pensées, p. 40-41).
« La fortune publique ne peut que gagner à une quotité modérée d'impôt territorial, parce que le propriétaire emploie en améliorations de culture ce qu'il ne paye pas.
« ...Je crois qu'il ne faudrait pas aujourd'hui d'impôt foncier chez un peuple agricole, mais seulement des impôts indirects. L'État qui impose la terre prend sur son capital ; quand il impose le consommateur, il vit sur son revenu. »
40. Pour le commentaire de toutes ces idées d'améliorations agricoles de Balzac, on se reportera au Curé de village, où il les a exposées plus en détail et où il les fait réaliser
par le curé de Muntégnac, le jeune ingénieur Gérai' Véronique Graslin. Ce qu'il y a de plus remarquable Ici, c'est l'insistance de Balzac sur la nécessité de développer le bétail et pour cela les prairies et les irrigations. Le romancier se rencontre sur tous ces points avec l'économiste Lullin de Ghâteauvieux (op. cit., I, préface, p. xx et raiv.) qui signale la nécessité de développer la production du bétail qui reste trop au-dessous de l'augmentation de la population et pour cela de créer un corps d'ingénieurs irrigateurs chargés de diriger scientifiquement les travaux d'irrigation et la création de prairies artificielles dans les terrains restés jusqu'ici improductifs (Cf. aussi sur tous ces points la thèse déjà signalée de M. Marc Blanchard).
41. Attaque contre les philanthropes fréquente chez Balzac (Cf. l'article du Gouvernement moderne, note 34).
42. Remarquons que Balzac donne une solution purement économique et surtout purement agricole au problème du salariat qui est un problème industriel, politique et social. Pour appliquer cette solution, à qui Balzac fait-il appel ? A l'État, c'est-à-dire, dans son esprit, au dictateur qui seul peut avoir une « vue d'ensemble ». Par là, il se rapproche de Saint-Simon, mais il s'en écarte absolument sur la question de la propriété individuelle — source d'égoïsme et d'anarchie pour les saint-simoniens — et que lui Balzac ne songe pas un instant à supprimer.
Remarquer aussi le nationalisme économique qui anime tout le passage.