DE L HOMME
Politiquement parlant, l'homme est la base de la Société. Ceci serait faux si par homme nous n'entendions pas trois personnes : un homme, sa femme, son enfant
Homme veut dire famille10.
L'homme a-t-il été seul, étant sauvage11 ?
Cette question est tiès importante, car beaucoup de philosophes, tcus les philosophes qui ont voulu conclure de l'homme à la société, de la société à la religion, se sont mis tout d'abord à examiner l'homme sauvage, afin de savoir s'il était ou bon ou mauvais, et si la société le dépravait ou le perfectionnait.
Hobbes 12 a dit : l'homme est né mauvais et la société le perfectionne.
J.-J. Rousseau a dit: l'homme est né bon, la Société le déprave.
La Religion dit : l'homme est né sous l'empire d'une faute originelle et la religion tend à réprimer toute*
ses passions pour le rendre digne de Dieu qui a le secret de sa destinée.
Examinons ? Aujourd'hui l'histoire et la science 13 nous ont démontré que les plateaux de l'Asie ont été le berceau de l'homme, que l'homme y a été tout aussitôt en société.
Dans les lieux où l'homme était rare, la nature forestière, et où il a été trouvé à l'état improprement dit sauvage 14, dans quelle situation a-t-il été observé : la femme était son esclave, l'enfant était soumis, la vieillesse respectée. La famille était la base des tribus, la propriété formait le droit entre les tribus, et il y avait guerre à propos de la possession. La nature traitait l'homme comme elle traite les animaux : les faibles périssaient ; il ne restait que les êtres forts. Partout il y avait trace de religion. La langue était concise comme la langue hébraïque. La religion du serment et le culte des ancêtres était (sic) extrême, l'obéissance aux lois et coutumes sans discussion. Partout des distinctions visibles. Des assemblées pour concéder au chef le plus d'autorité dans le danger. Des inimitiés entre tribus à cause de la possession des territoires, ou des manquements à la morale de peuple à peuple. La monogamie quand les hommes et les femmes étaient en nombre à peu près égal, la polygamie quand la femme abondait, la
LE CATÉCHISME B N i Al. 1 1 1
polyanthropie quand l'homme surabondait. L'antropo-
phagie (sic) là où il n'y avait pas de bestiaux, mail produits incertains de la chasse et de la pécbi
Partout des lois en harmonie avec les besoins. En l'absence de connaissances médicales, on tuai! lei vieillards pour leur éviter les souffrances, et, comme ils n'avaient aucune succession à transmettre, cette mesure était l'amour fdial bien entendu comme chez la nature la vie refusée à l'enfant faible ou mal conformé est la paternité de la providence15.
Ces faits authentiques sont le résumé de deux ou trois mille récits publiés par les voyageurs et les choses sur lesquelles ils sont unanimes16.
Si tel est l'homme à l'état improprement appelé sauvage, il est évident que l'état sauvage offre les éléments grossiers de toute société : la famille, la nécessité d'obéir, recours dans les dangers à une extension du pouvoir.
Lisez de bonne foi les voyages et vous trouverez sur cent peuplades ou tribus soixante-dix où le pouvoir du chef est héréditaire.
Il résulterait que dans l'état naturel, expression plus juste que celle d'état sauvage, l'homme n'est ni absolument bon, ni absolument méchant, mais qu'il est, sous le rapport individuel et politique essentiellement imparfait 17, d'une admirable perfection
de sens selon les milieux où il opère, et plus voisin de Tanimal que du penseur; mais déjà penseur profond, en ce sens qu'il n'admet rien que de mathématiquement juste et que, combinant des éléments exacts, la combinaison doit être toujours lumineuse. De là l'Éloquence des Sauvages18.
Dans les pays récents comme formation ou comme habitation, on a trouvé partout un langage ou les rudiments d'un langage, et quelquefois la numération n'existait pas encore quand le langage était déjà suffisant.
Si le pays avait été peuplé par un homme sorti d'une des nations mères de l'Asie ou de l'Europe, il y aurait eu quelques mots qui eussent pu trahir l'origine, mais les travaux philologiques sur les racines faits par un homme qui avait compris l'importance d'un détail, feu Klaproth 19, ont prouvé que l'analogie entre les mots appliqués aux premiers besoins n'existent que chez les langues fraternelles.
Ainsi, la question du langage est tranchée entre Bonald, J.-J. Rousseau et les philosophes ; la parole n'est pas révélée ; elle est le résultat d'acquisitions lentes. Car, si elle avait été révélée, il y aurait des racines communes aux langages des mille tribus diverses observées sur le globe et les langages européens. Les similitudes rares viennent de la simi-
litude des organes modifiés par les climats 20.
Reste donc l'opinion de la déchéance de l'homme, opinion religieuse qui (1) a cet avantage qu'elle est universelle là où rien ne relie les gens les uns aux autres. L'Assemblée, chez les sauvages, ne comprend que les guerriers ; ils sont tous égaux ; il n'y a point de domaines ; la nature ne laisse vivre que les forts ; la seule inégalité qui existe est entre les forts et les vieillards, elle est à l'avantage des vieillards et prouve qu'on rend hommage à la pensée : l'expérience est supérieure à la force.
Devant ce dépouillement de toutes les connaissances sérieuses et exactes acquises par les voyageurs, il en résulte qu'aucun argument contre les Sociétés ne saurait être pris de l'état naturel.
Les coutumes que nous appelons barbares sont nécessaires. Manger les prisonniers est une nécessité.
Les rendre serait une absurdité. Les sauvages n'ont pas de prison, et l'adresse est plus forte que tous les liens ; employer un homme à la garde d'un autre un affaiblissement; tuer (2) est une loi de nécessité:
(l)En marge de ce feuillet O*olio 11, verso), Rilzac a écrit : «The du pouvoir. — De la Sainteté. » Puis, il a etTaré ces tit;
(2) En marg- de ce folio (folio 12, recto), Balzac a écrit : • Essai de Philosophie sociale ».
de tuer sans profit à profiter de la chair, il y a la différence de rien à quelque chose.
Cette coutume est venue ainsi. Supposez des Iroquois à cent lieues de leur territoire contre des Mohicans, ils sont en guerre cinq contre cinq, ils ont été de part et d'autre sans manger, les Iroquois ont tué un Mohican dans le combat et sont restés maîtres du champ de bataille ou de l'ennemi; ils l'ont mangé. De la nécessité à la coutume, il n'y a qu'un pas. La coutume engendra l'abus, comme dans la Société.
La Religion a eu pour but de réprimer les mauvais penchants et de développer les bons et la Religion est toute la Société. Cela ne serait pas d'institution divine : ce serait une nécessité humaine21.
On a eu de tout temps le désir de rechercher les lois de la Société dans celles de la nature 22, mais celles de la nature, bien observées, justifient complètement les lois sociales, telles que toutes les sociétés les ont imaginées et qui font de l'Égalité la plus terrible chimère.
La terren'estpas terminée par sa strictegéométrie(l),
(1) Balzac avait d'abord écrit : « sa stricte configuration géométrique ».
elle ne peut pas être séparée de l'atmosphère qui l'entoure et il est démontré qu'aucune de ses productions, ni l'homme, ni l'animal, ni les plantes n'existeraient dans leurs conditions sans cette ceinture de gaz d'où ils tirent leur nourriture et qui leur donne leurs formes, leurs variétés.
Ainsi la nature a donné à toutes ses créations terrestres le droit de vivre dans cette enveloppe, le droit d'en tirer des substances élémentaires (1). Voici bien la plus complète image du droit social. Le droit social pris dans son acception la plus étendue est bien le droit de vivre moralement et physiquement dans un certain milieu, sur une certaine étendue, sous un réseau de coutumes.
L'analogie n'est passeulement exacte, elle est parfaite.
Que résulte-t-il de la loi naturelle, visible, qui régit les créations terrestres du droit de se développer dans le milieu atmosphérique ? L'inégalité la plus frappante, la variété qui fait le beau spectacle de l'univers (unité variée) a3.
Chacun puise dans l'atmosphère suivant sa force, y vit selon les lois de sa propre organisation et subit les conditions de l'endroit où il se place, y consomme ce qu'il peut absorber.
(1) Ou « alimentaires » (Lovenjoul).
Le résultat est si visible dans 1 faut accepter le problème des espèc
La vitalité, la longévité, le port, grosseur sont-elles les mêmes dar d'arbres, chez aucun animal de la r
Ce dernier fait prouve l'inégalité dai
Le but de la nature ne serait-il insensée si nous n'apercevions que d en toutes choses 26 ?
Quittons l'atmosphère, entrons milieu cù tout pouvait être fatal, le r Océans cù la société était forcée :
le fort et le faible, l'abondance des des forts, une terrible inégalité. Inéj dans la durée, dans la vie, le respec eux ; les requins ni les morses ne s'at les lions et les loups entre eux.
Le requin consomme les petits poi!
cèdre, comme un chêne ne laissent ri zone d'air où ils se développent, d£ peur leur existence. Ils laissent de saircs entre eux ou, s'ils naissent sei
Chez l'homme pris en masse, il y a le p de la longévité 28, la plus écrasante des iné£ à elle seule constitue un privilège dans i égalitaire, privilège de fortune, privilège d mation, privilège d'instruction, de sagess moire : en ne nous en tenant qu'à cette fla£ galité, remarquez tout ce qu'elle constitue
Après le phénomène de la longévité, < une loi naturelle, vient celui de la force inte qui résulte de la perfection des organes, de cité, qui leur permet d'absorber dans le mi sphérique plus de gaz, plus de lumière que t par des lois fatales, au-dessus de toute c humaine.
Puis le troisième phénomène, celui de le du mâle et de la femelle réunis, ce qui c plus terrible inégalité sociale et qui résulte lois fatales inappréciables.
Ces trois inégalités sont modelées sur les naturelles dans les deux règnes, animal
droit, celui de nous développer dans le milieu social où nous sommes nés 27.
Si c'est là un état de guerre, c'est l'état de guerre naturelle, qui existe dans les forêts, dans les mers, dans les airs et sur terre, parmi les créations terrestres.